Juha Kujala, éleveur de rennes en Laponie finlandaise, est dépité. Alors qu’il s’accroupit près de la carcasse de l’un de ces cervidés emblématiques du Grand Nord, celui dont la famille pratique cette activité depuis plus de quatre cents ans assure à CNN : “C’est la pire année que l’on ait connue ici.”
Les rennes de la région, connue pour abriter le “village du père Noël” et attirer les touristes, ne sont pas ici victimes de maladies ou du changement climatique, mais du loup, raconte le média américain dans un reportage publié le 22 décembre. D’après le ministère de l’Agriculture et des Forêts, sa population est passée de 295 au printemps 2024 à 430 cette année, “du jamais-vu depuis plusieurs dizaines d’années”. Et l’Association des éleveurs de rennes estime qu’il a tué au moins 1 950 rennes en 2025, en hausse de près de 70 % par rapport à 2024.
Marqueurs génétiques
Pour l’expliquer, les locaux avancent une cause surprenante : la guerre en Ukraine. “Bon nombre de rennes finlandais seraient victimes des loups russes qui traversent les [plus de 1 300 kilomètres] de frontière entre les deux pays”, les canidés étant moins chassés en Russie “depuis que de nombreux hommes valides – notamment les chasseurs – se sont engagés dans l’armée ou ont été mobilisés pour aller combattre en Ukraine”.
Finlande et Russie partagent 1 340 kilomètres de frontière commune.. COURRIER INTERNATIONAL
La théorie fait écho à une “hostilité généralisée envers la Russie chez les Finlandais, qui se préparent à une éventuelle guerre avec leur voisin depuis plusieurs dizaines d’années”, concède CNN. Mais elle est étayée : en analysant des milliers d’échantillons d’excréments ou d’urine de loups, le Centre des ressources naturelles de Finlande a récemment constaté “une hausse significative du nombre d’individus présentant des marqueurs génétiques jamais observés en Finlande”, concluant que les canidés venaient probablement de l’autre côté de la frontière.
Dans ce contexte, souligne CNN, le gouvernement finlandais souhaite autoriser partiellement la chasse au loup pour réguler sa population, bien que l’espèce reste en danger critique d’extinction. À ceux qui s’y opposent, Juha Kujala répond : “Qu’ils viennent se mettre à notre place. Ils verront comme c’est douloureux de perdre ses rennes.”
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