Maladie virale pouvant évoluer vers des formes sévères potentiellement mortelles, la dengue a tendance à progresser au gré du réchauffement climatique. Une question importante se pose : pourquoi n’existe t-il toujours pas de traitement à cette maladie connue depuis le 17e siècle ?
Un médicament qui pourrait changer la donne
Pour rappel, la dengue est la plus fréquente et la plus répandue des infections virales transmises par des moustiques. Le plus souvent, cette fièvre tropicale est bénigne avec peu ou pas de symptômes mais cette dernière peut évoluer vers des formes sévères potentiellement mortelles, avec hémorragies ou syndrome de choc. Côté chiffres, la dengue concerne aujourd’hui potentiellement 4 milliards de personnes en termes d’exposition et infecte pas loin de 400 millions de personnes par an. Environ 10 à 12 000 personnes perdent la vie chaque année à cause de cette maladie, avec des taux variables selon les pays.
Sans doute inconnue des européens avant leur découverte de l’Amérique, la dengue aurait fait des ravages chez les colons à partir du 17e siècle. Néanmoins, la première trace écrite de la maladie daterait de 1779 et une épidémie au Caire (Égypte). La dengue est donc connue depuis longtemps mais jusqu’à aujourd’hui, aucun remède n’existe. Comment cela est-il possible ? Par ailleurs, la question se pose de plus en plus dans la mesure où sous l’effet du réchauffement climatique, la maladie touche des zones qui n’étaient pas concernées auparavant, notamment le sud de l’Europe et des Etats-Unis. Dans ces régions, le virus ne voyage plus seulement avec les humains mais circule aussi localement.
Il faut dire que face à la dengue, les structures de santé publique montrent leurs limites. En effet, lorsque la maladie se déclare, les médecins prodiguent des soins de soutien en attendant une suite souvent incertaine. Cependant, un médicament pourrait changer la donne : le mosnodenvir, du géant pharmaceutique étasunien Johnson & Johnson. Il y a peu, ce traitement avait donné des résultats encourageants après des essais de phase II, ayant permis de guérir la moitié des patients infectés. Pour les chercheurs, le mosnodenvir peut être un bon moyen de prévention, voir une bonne solution de traitement après des décennies d’échecs.
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Des recherches soudainement abandonnées
Seulement voila, Johnson & Johnson a soudainement abandonné la poursuite des travaux en vue d’une éventuelle commercialisation et ce, avant même la publication des résultats. La multinationale avait déclaré vouloir se recentrer sur ses priorités qui seraient la recherche de traitements contre le cancer et l’obésité. Autrement dit, l’un des traitements les plus prometteurs contre la dengue se retrouve désormais sans aucun soutien financier. Les raisons de ce curieux abandon ont fait l’objet d’un article publié dans la revue Science le 28 novembre 2025.
Surtout, il s’avère que cette affaire n’est pas un cas isolé. Par le passé et ce jusqu’à récemment, d’autres sociétés ont lâché prise au niveau de certaines recherches pour se concentrer sur des maladies dont les possibles retombées économiques devraient être plus importantes. Sans surprise il est ici question de maladies touchant davantage les pays riches.
En attendant, bien que le taux de mortalité soit finalement assez faible, la dengue fait toujours des victimes. Comme l’expliquait un article du New York Times en 2019, certaines modèles ont montré que d’ici 2080, pas moins de 60% de la population humaine pourrait vivre dans des régions où le virus circule activement. Rappelons enfin que les actuels principaux vecteurs de la dengue sont les moustiques Aedes aegypti (régions tropicales et subtropicales) et Aedes albopictus (régions tempérées).