Par

Thomas Bernard

Publié le

23 déc. 2025 à 17h33

Dans son 30ᵉ rapport, la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-fondation Abbé Pierre) a recensé 350 000 personnes sans domicile en France. À Nantes, Dominique Arrouet est bénévole depuis trois ans au sein de l’association Fraternité l’Écoute de la Rue. Une association qui rencontre des personnes sans domicile, pour un accompagnement solidaire. Le Nantais vient de publier La rue en plein cœur, un recueil de 20 témoignages (12 personnes à la rue et huit bénévoles), aux éditions d’Orbestier. Les profits générés par la vente seront reversés à l’association nantaise. Un ouvrage de 217 pages dans lequel Dominique Arrouet veut « casser les préjugés ». Rencontre.

À Nantes, il voulait « casser les préjugés »

L’auteur a toujours eu une vocation d’aider les autres. C’est à la retraite que l’ancien employé de banque veut accentuer son engagement solidaire. Son frère lui parle de l’association Fraternité l’Écoute de la Rue. Depuis près de trois ans, Dominique y est bénévole.

« On a un local, rue de Coulmiers, où on accueille, par demi-journée, les personnes de la rue. On leur propose à manger et on échange avec eux s’ils le souhaitent. Notre deuxième vocation, c’est de rencontrer ces publics dans la rue lors de maraudes », explique Dominique Arrouet.

Au cours des maraudes, le Nantais rencontre des personnes de la rue. À chaque interaction, Dominique retient les visages et les histoires de ces « oubliés de la société », cabossés par leur parcours de vie. « Ce sont des gens comme vous et moi (sic). Ils ont les mêmes envies et les mêmes besoins, sauf qu’à un moment donné, il s’est passé quelque chose qui ne s’est pas passé chez nous », détaille Dominique Arrouet.

À chaque fois, je me demande ce que je peux faire pour les aider. Je me sens un peu démuni parce que, malgré l’envie, je ne suis pas un sauveur, ni mes collègues, d’ailleurs. On voit bien qu’on est limité. Le logement, ce n’est pas à notre main. La nourriture, on peut leur donner de la nourriture, on peut leur donner du temps, mais c’est à peu près tout ce qu’on peut leur donner.

Dominique Arrouet, auteur de La rue en plein cœur

Passionné d’écriture, Dominique Arrouet a écrit quatre livres. Roman rocambolesque, recueil de poésie ou récit sur son père décédé, le Nantais varie les genres.

En tant que bénévole et auteur, l’écrivain confie pratiquer la « communication non-violente ». Une méthode théorisée par Marshall Rosenberg, psychologue clinicien américain, où la bienveillance est mise en exergue et où le processus amène à ne pas être dans le jugement. Cette philosophie est le point de départ de la narration du livre. « Je voulais casser les préjugés. Qui de mieux que les gens de la rue pourrait donner leur vérité ? Ce n’est pas une vérité universelle, mais au moins, c’est la leur », argumente le bénévole.

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« Je me suis mis à pleurer »

Pour ce projet éditorial, le Nantais interroge 12 « accueillis », comprenez les personnes sans abri, et huit bénévoles de l’association. Avec une oreille attentive, Dominique recueille les témoignages avec bienveillance : l’histoire des uns, l’engagement des autres.

Chez les accueillis, chaque parole narre des histoires différentes, mais le traumatisme est souvent commun. « Il y a souvent un dénominateur commun, c’est l’enfance », observe le natif de Saint-Sébastien-sur-Loire.

Les récits content les déceptions amoureuses, les violences familiales ou les déceptions professionnelles qui sont à l’origine de la marginalisation des « accueillis ».

« Il y a plein de gens que j’ai interviewés qui seraient sans doute en capacité de travailler. Sans doute, ils sont en manque de confiance en eux et de valorisation. Au bout d’un moment, on s’installe dans une espèce de routine. Ce n’est pas génial mais il y a pire, c’est ce qu’ils se disent », note l’auteur.

Deux rencontres ont touché le bénévole de l’association Fraternité l’Écoute de la Rue. Dominique a rencontré un quadragénaire qui s’est drogué une bonne partie de sa vie à l’héroïne. L’auteur confie avoir été particulièrement ému par l’histoire d’une jeune femme.

Avec sa sœur jumelle, elle est arrivée dans une famille après le décès de ses deux frères. Elle a été reniée. Son père les appelait « les non voulues ». Pour échapper à cette enfance difficile, cette jeune fille est partie vivre dans la rue à 15 ans. Elle a d’abord été protégée dans la rue puis s’est droguée jusqu’à une rencontre amoureuse. Malheureusement, elle a été victime de violences conjugales au cours desquelles elle a souffert d’un traumatisme crânien. La garde de ses enfants lui a été retirée ensuite car elle devait subir une grosse intervention chirurgicale au cerveau.

Dominique Arrouet, auteur de La rue en plein cœur

À l’évocation de cette histoire, Dominique Arrouet n’a pu retenir ses larmes.
« Je me suis mis à pleurer en l’écoutant. Elle m’a demandé pourquoi. Je lui ai dit que sa vie me touchait. Elle m’a répondu : j’aime cette vie, je l’ai choisie », confie avec émotion le grand-père de sept petits-enfants. Outre l’émotion des entretiens, l’auteur a également ri lors de l’écriture de son ouvrage, notamment en pensant à un homme « au jargon de Jean Gabin dans un film d’Audiard ».

Les fonds récoltés par ce livre seront entièrement reversés à l’association Fraternité l’Écoute de la Rue. L’auteur souhaite contribuer à une prise de conscience de la société sur la marginalisation des personnes sans abri. « La vocation de ce livre, s’il n’y avait qu’une ambition, ce serait de faire changer le regard des gens vis-à-vis des personnes qui sont dans la rue. »

La rue en plein cœur, Dominique Arrouet, Éditions d’Orbestier, 271 pages. Prix : 20 €.
Le livre est disponible à la librairie Siloé (3, rue du Général-Leclerc-de-Hautecloque à Nantes) ou en s’adressant directement à l’auteur : [email protected]

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