On croirait des lutins s’activant dans le chalet du Père Noël. Pourtant, dans cet entrepôt de la zone du Pouverel à La Garde, pas d’oreilles pointues ni de clochettes. Et si un vieux barbu vêtu de rouge est bien aperçu conduisant un transpalette, cette fois, ce sont les chasubles orange siglées « Banque alimentaire » qui tiennent le premier rôle. Ou plutôt les bénévoles qui les arborent. À quelques heures du réveillon, ils mettent tout leur cœur à préparer les denrées qui seront ensuite distribuées à travers le Var.

Avec un petit bonus. « Nous avons fait en sorte d’avoir des produits surgelés de fête, se réjouit Joël Gattullo, le président de la Banque alimentaire. Des crevettes, des noix de Saint-Jacques… Et puis à cette époque, les grandes surfaces nous donnent pas mal de chocolats. » Les 84 associations fournies par la structure pourront ainsi distribuer à leurs bénéficiaires de quoi concocter un repas amélioré pour Noël.

Comme ici à Carrefour Mayol, quelque 130 magasins varois recevaient les bénévoles de la Banque alimentaire venus récolté des denrées.

« La sensation d’être utile »

Depuis 5 h 30, ce pluvieux mardi 23 décembre au matin, une quarantaine de bénévoles est à la manœuvre : pour aller récupérer les palettes de produits surgelés à l’entrepôt de La Farlède, pour préparer celles que viendront chercher les associations, pour confectionner les paniers acheminés par des chauffeurs de la Banque alimentaire jusqu’aux confins du département.

Et puis, il y a la « ramasse » : les invendus de la grande distribution donnés chaque jour à la Banque alimentaire et qu’il faut réceptionner.

La mécanique est bien huilée. Serge, bénévole depuis onze ans, a fait le menu, autrement dit la liste des produits de chaque chargement, tandis qu’Arlette, présente depuis quinze ans, accueille les structures partenaires venues en prendre possession.

« L’ambiance est conviviale, assure Serge, et on a la sensation d’être utile. » « On est là, lance à son tour Arlette, et on y reste jusqu’à ce que tout soit fini pour la journée. » Ce sera vers 14 heures. Avant de revenir le lendemain, jour de réveillon : Noël ou pas, des bénévoles seront encore là ce mercredi matin.

362 jours par an

La Banque alimentaire du Var ne ferme que trois jours par an : le 25 décembre, le 1er janvier et le 1er mai. Un choix de Joël Gattullo, concerté avec les bénévoles, lorsqu’il a pris la présidence de l’association voilà huit ans. « Avant, se souvient-il, on fermait un mois en été et deux semaines en hiver. Mais comment faisaient les gens alors ? »

En l’occurrence, quelque six mille personnes qui, chaque semaine, bénéficient de paniers de 7 kg de légumes frais ou en conserve, de pâtes, de riz, de légumineuses, de poisson, poulet ou viande.

Le tout d’une valeur d’environ 100 euros, pour un coût d’à peine quelques euros. Sans le soutien de la Banque alimentaire du Var et de ses associations partenaires, soixante mille personnes seraient privées de 2.600 tonnes de nourriture chaque année.

Des communes peu mobilisées

Mais pour fonctionner, la structure a, elle aussi, besoin de soutien. Elle table à 50 % sur la participation de solidarité des associations qu’elle sert. Elle compte aussi, à 40 %, sur des soutiens institutionnels. Parmi eux, les communes – à peine une vingtaine sur les 153 qui constituent le Var – représentent tout juste 0,5 % du budget de la Banque alimentaire.

Elle doit donc aussi compter sur des sponsors privés : des entreprises, voire des associations comme En Chemin. « On aurait bien aimé, grince Joël Gattullo, que Bernard Arnault partage son don de 10 millions d’euros au Restos du cœur (en 2023, Ndlr) avec nous, qui sommes le premier réseau d’aide alimentaire en France, ainsi qu’avec la Croix-Rouge et le Secours populaire. » Ça aurait fait un sacré cadeau de Noël !

« La précarité ne se brade pas, elle se combat ! »

Un coup de gueule. À la veille de Noël, c’est, en plus des traditionnelles agapes, ce que veut partager Joël Gattullo. « Parmi les associations que nous fournissons, certaines diminuent le nombre de leurs bénéficiaires, regrette le président de la Banque alimentaire du Var. Dans le même temps, la précarité augmente. »

Il pointe particulièrement les étudiants, « premiers à souffrir de cette baisse ».

Or, s’exclame-t-il, « la précarité ne se brade pas, elle se combat ! ». Et pour ça, assène-t-il encore, « on ne peut pas compter que sur l’argent public, surtout dans le contexte budgétaire actuel ». Comme une réponse anticipée aux associations qui arguent de baisses de subventions. « Si on est dans un esprit de combat, on trouve des solutions. Pour ça, il faut être proactif. »

C’est ce que la Banque alimentaire tente de faire. Elle réfléchit par exemple à mettre à profit ses fourgons qui redescendent vides du Haut Var. « On travaille avec la préfecture, évoque Joël Gattullo, à pouvoir proposer un service de transport à des agriculteurs : pour eux, ce serait très intéressant financièrement ; pour nous, ce serait l’occasion de créer un revenu. »