Le 17 décembre, Jeanne Barseghian est officiellement entrée en campagne pour faire de Strasbourg une ville « juste et vivante ». L’occasion de réaliser une revue des troupes qui l’accompagnent dans son objectif de réélection, alors que la maire se positionne comme la candidate de gauche qui rassemble, et contre LFI et Catherine Trautmann.
« Notre ADN c’est vraiment le collectif. » Ce 17 décembre, Jeanne Barseghian avait des airs de Liam Rosenior [le coach du Racing, ndlr]. Bien installée dans le salon de son local de campagne récemment inauguré, la maire de Strasbourg a décidé qu’il était temps de lancer officiellement la campagne pour sa réélection.
Pourquoi maintenant ? Selon l’édile, le vote du dernier budget de la Ville de Strasbourg le 8 décembre dernier permet désormais de se concentrer sur la campagne. Les esprits plus contradicteurs remarqueront que cette conférence arrive deux jours seulement après l’annonce du ralliement des communistes à la liste de Jeanne Barseghian, la dernière grosse force politique qui leur manquait. Car si la maire-candidate s’est posée en rassembleuse, ce n’est pas pour rien.
© Nicolas Kaspar / Pokaa
Jeanne Barseghian, présentée comme la candidate de la gauche unie
Cette conférence de presse avait un but précis : montrer toutes les forces de gauche réunies derrière Jeanne Barseghian, allant de Place Publique au Parti communiste français (PCF). Dans les faits, cette union s’est ressentie par les prises de parole de chaque force politique ou citoyenne qui a rejoint la démarche de rassemblement.
C’est une candidature autour d’un rassemblement pour porter un projet pour les Strasbourgeois(es) pour les 6 prochaines années.
Jeanne Barseghian
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On en dénombre 9 : Strasbourg citoyenne, Les Écologistes, le PCF, Place Publique, Génération.s, Debout ! [parti de François Ruffin, ndlr], L’Après [association politique fondée notamment par Clémentine Autain et Alexis Corbière après leur départ de LFI, ndlr], Génération écologie et le Parti Animaliste. De quoi faire une jolie photo de famille… à laquelle manquait néanmoins Hülliya Turan, adjointe communiste du mandat actuel.
Une union de la gauche qui a inspiré le « logo » de la campagne. Selon la maire-candidate, il représente « la pluralité représentée par les différentes couleurs politiques, autour d’un projet commun, le cercle, une planète ». D’autres y verront plus un ballon de volley de plage ou un fruit souvent associé au mandat écologiste. Les goûts et les couleurs…
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« Strasbourg, juste et vivante » : un projet pour une ville qui a changé
Rassembler la gauche n’est jamais une mince affaire, donc il est naturel que Jeanne Barseghian s’en félicite et veuille le mettre en avant. Mais la maire-candidate avait également un projet à présenter : « Strasbourg, juste et vivante ». Une ambition qui ne sera pas un « copier-coller de 2020 » ; car si le cap autour de la justice sociale et de l’écologie sera conservé, « la Strasbourg en 2026 n’est pas celle de 2020 ».
La maire évoque la hausse de la précarité, mais aussi « l’aspiration très forte au niveau écologique, avec un renforcement de l’accompagnement nécessaire pour qu’elle soit la plus juste et équitable possible ». Elle souhaite tirer les leçons des échecs du mandat écoulé, notamment sur la méthode des participations sur les grands projets urbains et sur les questions de proximité.
« Strasbourg, juste et vivante », c’est une ville qui bouge, qui refuse de s’arrêter ou reculer, une ville qui assume d’avancer.
Jeanne Barseghian
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Enfin, dans un grand inventaire à la Prévert, Jeanne Barseghian évoque son souhait pour Strasbourg : « Une ville qui protège face aux difficultés de la vie, où l’on se sent pleinement en sécurité. Une ville abordable où l’on peut se loger dans de bonnes conditions, où l’on peut se déplacer facilement. Une ville qui est le cœur battant de la démocratie européenne pour la paix et la défense du droit international. » Tout un programme… qui sera d’ailleurs présenté au mois de janvier.
Dans les prises de parole de ses allié(e)s, on peut retenir la volonté du PCF [qui aura une place plus importante sur la liste qu’il y a 6 ans, ndlr] de lutter pour une alimentation saine de qualité, le déploiement des services publics, et de travailler le sujet des gratuités, que cela soit pour les transports en commun ou d’autres services. Pour continuer de faire de Strasbourg « une ville qui s’adapte régulièrement aux mouvements de la société ».
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Jeanne Barseghian vs Catherine Trautmann et Florian Kobryn
Après cette « démonstration de force » derrière une gauche rassemblée, Jeanne Barseghian s’est positionnée face à deux de ses rivaux : Catherine Trautmann et Florian Kobryn. Pour la première, la maire-candidate a déjà dévoilé, non sans gourmandise, que « des socialistes qui ne se reconnaissent pas dans la campagne de Catherine Trautmann souhaitent nous rejoindre ». On a bien quelques noms en tête, qui ont plutôt été dans les critiques envers l’ancienne maire PS.
Concernant la favorite des sondages, Jeanne Barseghian s’inscrit en faux : « Je n’interprète pas les sondages parce que ceux de 2020 étaient tous faux. » Elle se pose plutôt la question du « positionnement de Catherine Trautmann sur l’échiquier politique, elle qui s’est beaucoup rapprochée des positions tenues par la droite macroniste et républicaine ». Si l’ancienne maire avait besoin d’une veste chaude pour l’hiver, elle l’a désormais.
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Quant à LFI, alors que Florian Kobryn se préparait à sortir sa fameuse vidéo, Jeanne Barseghian a répété qu’elle ne regrettait pas une liste LFI autonome : « C’est sain qu’il puisse y avoir au premier tour une présentation des projets politiques. Cela permettra de clarifier les positions et valeurs des uns et des autres. J’ai besoin de les entendre sur les sujets locaux. »
Sur le sujet, la maire-candidate ne s’est néanmoins pas privée de critiquer leur proposition de rendre le marché de Noël payant les week-ends et leur opposition à la ZFE [les communistes s’étaient abstenus en 2021 à l’Eurométropole, ndlr]. Avec une partie de la gauche prête à partir derrière elle, Jeanne Barseghian se sent donc pousser des ailes. Reste à voir jusqu’où elles pourront l’emmener.