Les représentations de Casse-Noisette, le célèbre ballet de Tchaïkovsky, s’enchaînent à guichet presque fermé depuis le 17 décembre. Une date qui est celle de la première représentation de cette version modernisée par le chorégraphe Benjamin Millepied.

Mais aussi celle où les artistes de l’opéra de Nice ont lancé un cri d’alerte pour dénoncer la « grande précarité » des jeunes recrues avec des salaires proches du Smic (1).

« Il y a trois ans, il y avait eu une mobilisation des trois corps de métier (orchestre, chœur et ballet) pour dénoncer le manque de revalorisation salariale depuis quarante ans, rembobine Violaine Darmon, violon solo de l’orchestre philharmonique de l’opéra. On avait alors obtenu un rattrapage partiel du retard avec une augmentation d’environ 10 %. »

La référente CGT poursuit : « à ce moment-là, le ballet gagnait à peine plus de 1.600 euros net, un salaire bas quand on sait que Nice est la deuxième ville la plus chère de France. »

Casse-Noisette est joué jusqu’au 31 décembre à l’Opéra de Nice.

« On ne veut pas deux miettes de plus sur les salaires »

Les artistes s’étaient alors « engagés », à ne pas attendre à nouveau quarante ans pour agir. « Nous avons un statut contractuel très particulier avec une grille de salaire comme pour la fonction publique, partage Violaine Darmon. Mais rien n’a été fait pendant trois ans. »

Aujourd’hui, tous déplorent des accès difficiles au logement avec de faibles salaires. « Les solistes du ballet de Nice touchent jusqu’à 1.000 euros de moins qu’à Toulouse, par exemple, souligne la musicienne. Il y a de nombreuses différences salariales sur les postes les plus qualifiés. Comment peut-on attirer des personnes de ce niveau-là dans ces conditions ? »

La représentante syndicale évoque également des salaires qui ne correspondent pas à l’ancienneté. « On a un sentiment de déconsidération. Et on ne veut pas obtenir seulement deux miettes de plus sur nos salaires. »

« L’artistique ne devrait pas être une variable d’ajustement »

Dans le viseur également : les contrats à durée déterminée. « Le plus souvent, les jeunes danseurs passent six ans en CDD avant de pouvoir accéder à un CDI, révèle la violoniste. Et après ces six ans, on leur dit parfois au revoir pour prendre d’autres danseurs plus jeunes. »

Autant de griefs qui ont poussé les artistes à s’exprimer devant le public, le 17 décembre. « Nous avons envoyé un courrier au maire à l’automne pour entamer de nouvelles négociations salariales et le syndicat a proposé de nouvelles grilles, fait savoir Violaine Darmon. L’artistique ne devrait pas être une variable d’ajustement. Encore moins pour une ville qui ambitionne le label national. »

La Ville souhaite maintenir le dialogue

« La Ville et son opéra ont engagé depuis 2023 une réforme ambitieuse pour améliorer les conditions de carrière et de rémunération des artistes, revendique le directeur de l’opéra de Nice. Alors qu’un dialogue permanent a toujours été maintenu avec les organisations syndicales, il est important de rappeler que des mesures concrètes ont déjà été mises en œuvre. »

Une revalorisation des salaires a été opérée entre 2023 et janvier 2025 « en tenant compte de chaque corps de métier », poursuit Bertrand Rossi, avec en moyenne « plus de 250 euros par mois pour les musiciens, plus de 137 euros pour les choristes, et jusqu’à 328 euros pour les danseurs, soit un effort budgétaire annuel de 570.000 euros pour la collectivité. »

Des mesures « prises en lien avec les organisations syndicales » et qui « démontrent le soutien indéfectible de la Ville de Nice en faveur de l’opéra et de ses artistes, qui en 2024-2025 ont permis 365 événements et l’accueil de 80.000 spectateurs », constate le directeur.

Concernant l’intervention des artistes lors de la première et leurs revendications, Bertrand Rossi se veut rassurant : « Très attachés au dialogue social, nous sommes en train d’étudier ces propositions et sommes prêts à en discuter. Nous souhaitons que le dialogue permanent, qui existe déjà, soit maintenu ».

« L’opéra est une fierté niçoise. Il incarne notre ambition culturelle : exigeante, vivante, profondément ancrée dans notre territoire et résolument ouverte sur le monde », conclut-il.

1. Salaire minimum interprofessionnel de croissance.

« Casse-Noisette », jusqu’au 31 décembre à l’opéra de Nice. 19 à 47 euros. 04.92.17.40.40.