Du haut de ses 115 sélections et de son statut de capitaine des Pumas, le talonneur argentin Julián Montoya est la très belle prise de la Section paloise cette saison. En exclusivité pour Midi Olympique, il a accepté de revenir sur une année 2025 au cours de laquelle il a mené mille batailles avec les Pumas et changé de vie en s’installant en France.

Quel bilan faites-vous de cette saison internationale pour les Pumas ?

Je pense que c’était une saison exigeante, mais bonne dans l’ensemble. J’ai l’impression que l’on commence à être constants sur notre comportement. Bien sûr, notre réalité en tant qu’équipe d’Argentine, c’est que nous avons des joueurs dispersés dans le monde entier. Il faut donc faire du mieux possible avec ce que nous avons. En juillet, beaucoup de joueurs ont fait leurs débuts, ce qui a élargi notre base. Nous avons commencé à être plus constants. Nous avons battu le pays de Galles, puis l’Écosse, une équipe que ce groupe n’avait jamais battue auparavant. Nous avons aussi tenu tête à l’Angleterre jusqu’à la dernière minute. Les nouveaux joueurs ont pris de l’expérience, et nous sommes devenus plus réguliers. Bien sûr, il y a encore beaucoup à améliorer, mais nous avons aussi battu les Lions. C’était une belle année, même si je n’ai pas encore eu le temps de me poser pour y penser. Désormais, ma priorité c’est Pau.

Parlez-nous de l’atmosphère à Buenos Aires lorsque vous avez battu les All Blacks pour la première fois là-bas, le 13 septembre dernier (29-23)…

C’était incroyable. À chaque fois que nous jouons en Argentine, c’est spécial. Nos supporters sont fantastiques, et nous voulons toujours leur faire plaisir. Nous parlons souvent de partager le maillot et d’inspirer la nouvelle génération. Cette victoire était d’autant plus émouvante que c’était le dernier match de Nahuel Tetaz Chaparro (pilier de 36 ans qui évolue à Trévise, N.D.L.R.), un joueur emblématique de notre équipe. Nous avons bien joué, nous étions en contrôle. Pour autant ce n’était pas une surprise, car nous croyions en nos capacités. C’était une nouvelle page dans l’histoire de l’équipe : attention, ce n’était qu’une petite page parce que le livre est plus grand. Le maillot existait avant nous et continuera après nous : nous essayons simplement de le laisser dans un meilleur état.

Sur les deux dernières années, les Pumas ont prouvé qu’ils pouvaient battre tout le monde : les All Blacks, l’Australie, les Springboks… Est-ce important sur le plan psychologique ?

Oui, bien sûr. Nous jouons pour inspirer les jeunes, pour montrer notre manière de faire les choses. Parfois, on se focalise trop sur le résultat, mais la performance et le comportement comptent autant. On peut gagner en jouant mal, ou perdre en ayant bien agi. L’important est de rester fidèle à nos valeurs. Bien sûr, nous jouons pour gagner, toujours. Quand Michael Cheika était notre sélectionneur, il nous avait parlé de l’importance de faire ces « premières fois ». Alors nous avons commencé à les faire, une à une : battre la Nouvelle-Zélande à Christchurch en 2022, l’Angleterre pour la première fois depuis 2005, ou encore les Springboks en Argentine… toutes ces premières fois nous ont donné de la confiance. Cela montre que nous avançons dans la bonne direction. Même si le résultat ne reflète pas toujours la performance, cela prouve que nous sommes compétitifs et prêts à saisir les opportunités quand elles se présentent.

Vous avez aussi subi une terrible défaite en juillet dernier, contre l’Afrique du Sud (67-30). Comment était l’ambiance dans le vestiaire après cette déroute ?

C’était douloureux, bien sûr. Très douloureux même. Mais à l’heure des réseaux sociaux et de l’ultra-communication, je reste persuadé que certaines choses doivent rester dans le vestiaire. Ce que je peux dire, c’est que c’était dur, et que l’ambiance était lourde Le plus douloureux, c’est que nous ne nous sommes plus battus pendant les quinze dernières minutes. Ça, c’était dur à avaler. L’avantage, c’est que nous avons appris de cette défaite. La semaine suivante, nous avons affronté la même équipe et montré un autre visage (défaite 27-29, N.D.L.R.). Même si nous avons perdu à nouveau, le sentiment était très différent. Nous ne parlons pas seulement de résultats, mais de performance et de caractère. Il n’en reste pas moins que nous avons perdu ces deux rencontres qu’on va les garder dans un coin de notre tête. Cela montre que nous pouvons être une équipe fantastique ou médiocre donc on doit rester vigilants et exigeants envers nous-même en permanence.

À ce propos, comment faut-il s’y prendre pour mettre les Springboks sous pression ?

L’Afrique du Sud est la meilleure équipe du monde actuellement. Ils sont très bien coachés et savent comment gagner. Pour les affronter, il faut saisir chaque opportunité, imposer son plan de jeu et répondre à leur dimension physique. Là où ils font une énorme différence, c’est une conquête directe. Cela nous rappelle d’ailleurs que le rugby est gouverné par la conquête. Ils gèrent aussi très bien leurs matchs, même en infériorité numérique. C’est toujours un immense défi de jouer contre eux. Mais il n’y a pas de recette miracle…

Ils sont aussi connus pour leurs jeux psychologiques, leurs déclarations avant les matchs, leurs stratégies atypiques, leurs compositions étonnantes. Comment gérez-vous cela ?

Honnêtement, tout cela, c’est du bruit blanc pour nous. Ce n’est que pour les médias. Nous essayons de ne pas y prêter attention. Ce qui compte, c’est de croire en les gens autour de nous, et rester honnêtes quand nous jouons bien ou mal. Le reste, c’est du bruit blanc. Nous devons rester concentrés sur notre travail interne.

On insiste : quand vous préparez un match, vous devez anticiper leurs stratégies, et en ce sens les Springboks peuvent entrer dans la tête de leurs adversaires…

Je vois ce que vous voulez dire, mais je préfère me concentrer sur ce que nous pouvons contrôler. D’ailleurs, on le fait pour chacun de nos adversaires : on veut imposer notre plan de jeu, pas réagir à celui des autres. Bien sûr, il faut s’adapter pendant le match, mais je ne perds pas d’énergie à penser à ce que je ne peux pas maîtriser : l’adversaire et ses jeux psychologiques, les médias, ce que les gens disent de nous, ou l’arbitre… L’important, c’est notre préparation et notre réaction aux erreurs ou à ce qui se passe sur le terrain.

Est-ce que cette mentalité très tournée vers l’adaptation vient aussi du fait que les joueurs argentins sont dispersés dans le monde et ne vivent pas comme d’autres sélections ?

Exactement. C’est notre réalité. Ce n’est pas facile, mais nous faisons avec et nous ne voulons surtout pas en faire une excuse. Nous faisons le maximum avec ce que nous avons. Nos entraîneurs et managers travaillent bien avec les clubs étrangers. C’est une situation particulière, mais elle nous pousse aussi à nous adapter et à progresser.

C’est la deuxième année de Felipe Contepomi comme sélectionneur, comment évolue-t-il ?

C’est un excellent entraîneur. Il a commencé avec Michael Cheika, donc sa présence s’inscrit dans une forme de continuité dans le processus. Son QI rugby du jeu est incroyable, et il est très attaché au maillot argentin. Enfin, sa double expérience en Argentine et en Irlande lui donne un bon équilibre entre notre façon de joueur et la tradition anglo-saxonne. Je pense qu’il est un bon mélange de ces deux traditions. Nous sommes très heureux d’être coachés par lui.

Parlez-nous de Justo Piccardo, un jeune joueur très prometteur qui a signé à Montpellier…

Oui, c’est un jeune très talentueux et puissant. Il a fait ses débuts l’année dernière en novembre et a beaucoup progressé. Jouer dans le Top 14 va beaucoup l’aider. C’est un bon choix pour lui et pour Montpellier.

En venant en France, vous allez affronter plusieurs coéquipiers de votre sélection, presque à chaque week-end…

Clermont, Montpellier, Bayonne, Toulouse, Racing 92… on est partout en effet ! Après, je peux vous dire que le temps du match, on est plus copains. Mais après…

Avez-vous hâte de jouer contre Marcos Kremer par exemple, qui est connu pour être l’un des joueurs les plus rudes au monde ?

C’est toujours un plaisir. Tu veux toujours jouer contre les meilleurs, et Marcos en fait partie. Tu veux toujours te mesurer aux meilleurs pour progresser. Je vois donc ça comme un défi et une opportunité. J’ai hâte de jouer contre lui.

On dit les Argentins chambreurs, cela vous concerne ?

Non, ce n’est pas mon truc. Je n’aime pas chambrer sur le terrain. Je préfère rester concentré sur ce qui est vraiment important.

L’autre bonne nouvelle pour le rugby argentin est la montée en puissance de sa sélection à 7, qui fait partie des meilleures au monde. On a d’ailleurs vu Rodrigo Isgró vous rejoindre avec les Pumas. Comment s’est passée son adaptation ?

L’équipe à 7 argentine fait un travail fantastique. Ils nous rendent fiers. Passer du 7 au XV n’est pas facile, mais Rodri s’adapte très bien. Il devient meilleur à chaque match. C’est un athlète exceptionnel, et nous sommes heureux de le voir réussir.

Parlons un peu de vous. Pourquoi avoir choisi de venir à Pau ?

J’ai passé cinq ans à Leicester. J’avais envie de me développer, de progresser, et c’était le bon moment pour changer. Quand j’ai parlé avec Sébastien Piqueronies et les dirigeants du club, j’ai aimé le projet. C’est un club avec une belle histoire et de bonnes personnes, qui a bien progressé lors des deux dernières saisons. J’en ai aussi beaucoup parlé avec Nacho Calles (pilier de la Section de 2016 à 2025 et aujourd’hui à Bayonne, N.D.L.R.) qui a longtemps joué ici, et il m’en a dit beaucoup de bien. J’ai aussi vu les jeunes talents qui ont depuis été appelés avec l’équipe de France. Pour toutes ces raisons, j’ai voulu faire partie de ce projet et donner le meilleur de moi-même pour l’équipe. Je crois profondément qu’il n’y a rien de plus grand que le collectif.

Le style de jeu des Tigers de Leicester est très différent de celui de Pau. Est-ce difficile de s’adapter ?

C’est un défi, mais c’est ce que j’aime. Leicester a une culture de jeu très structuré, orienté sur la conquête et le jeu d’avants. Ce n’est pas pareil ici mais justement, on veut être un pack respecté dans le Top 14. Le rugby reste un sport de contact, donc la dimension physique et la conquête restent essentielles. Je dois aussi m’adapter à une nouvelle langue, une nouvelle culture, un nouveau club. C’est à moi de m’intégrer et d’apporter ma contribution le plus rapidement possible.

Le projet du futur centre de performance, le « Honha Camp » vous a-t-il aussi convaincu ?

Oui. Honnêtement, le projet est très impressionnant. Cela montre la direction que prend le club, et son ambition dans le futur. Je veux participer à cette aventure et apporter ma pierre à l’édifice. Je suis fier de faire partie de ce club.

Avez-vous eu le temps de découvrir la région, comptez-vous découvrir les Pyrénées ?

Pas encore, non. Tout est allé très vite depuis mon arrivée. Je vois bien que la ville est magnifique, entourée de superbes montagnes avec en prime la plage qui n’est pas loin mais ma priorité est le rugby. Je suis venu ici pour jouer, pas pour faire du tourisme. J’aurai le temps plus tard de découvrir davantage. Pour l’instant, je me concentre sur l’équipe. Mais je suis très heureux de ma décision, les gens sont formidables et les supporters incroyables.