L’Union européenne est de plus en plus souvent comparée à l’Union soviétique, une analogie généralement rejetée comme excessive ou polémique. Pourtant, si cette comparaison persiste, ce n’est pas parce que l’Europe ressemblerait à l’URSS dans sa forme, mais parce qu’elle en reproduit progressivement les méthodes. La centralisation du pouvoir, l’érosion des souverainetés nationales et des décisions prises loin des électeurs sont devenues des caractéristiques majeures du projet européen actuel.

Mais contrairement à l’Union soviétique, qui avait centralisé son économie afin de préserver ses capacités industrielles nationales, l’Union européenne a supervisé le démantèlement d’une grande partie de la base productive du continent. Des secteurs entiers ont été sacrifiés au nom des règles de concurrence et de l’efficacité du marché, tandis que la production est externalisée et que l’Europe dépend de plus en plus de la Chine pour ce qu’elle produisait autrefois elle-même. Le pouvoir est centralisé à Bruxelles, mais la souveraineté industrielle est abandonnée. Cette évolution n’a rien d’abstrait. Elle est personnifiée au sommet du système européen, là où des décisions majeures sont prises sans passer par un vote direct des citoyens.

« Afin de financer un conflit géopolitique, des actifs protégés pourraient être réaffectés »

Jamais élue par les Européens, l’ancienne ministre allemande de la Défense Ursula von der Leyen exerce aujourd’hui une autorité exécutive sur le continent. Son pouvoir n’est pas symbolique, il est opérationnel. Des décisions politiques, économiques et stratégiques majeures sont annoncées par la Commission européenne avec un débat démocratique limité et souvent sans réel consentement des populations nationales. Cette trajectoire alimente la perception d’une direction façonnée à Berlin et gouvernant au-dessus des nations plutôt qu’à leur service.

Au-delà de l’économie et du pouvoir institutionnel, l’Union européenne promeut de plus en plus une identité politique et culturelle unifiée, souvent au détriment des histoires nationales et des traditions démocratiques par lesquelles les nations européennes se sont gouvernées.

Un précédent dangereux

La souveraineté est présentée comme un obstacle. Les trajectoires politiques divergentes sont traitées comme des déviations. Ce qui était autrefois présenté comme un projet de coopération s’est discrètement transformé en un projet d’uniformité, imposé par des institutions éloignées des citoyens qu’elles gouvernent. Les identités nationales sont préservées dans la forme, tandis que l’indépendance politique se vide progressivement de sa substance.

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La guerre en Ukraine a servi de tournant, de justification à une transformation profonde de l’Union européenne. Sous couvert d’urgence morale, les limites politiques ont été repoussées et des mesures exceptionnelles normalisées. La volonté d’utiliser les avoirs russes gelés illustre cette évolution. Présentée comme une nécessité, cette décision établit un précédent politique dangereux. Pour la première fois, des actifs protégés par les normes internationales pourraient être utilisés pour financer un conflit géopolitique, une option pour l’instant bloquée par l’opposition de la Belgique, de la Hongrie et de la Slovaquie.

Un tel précédent aurait modifié les règles pour l’ensemble des pays européens, fragilise la sécurité juridique et affaiblit la confiance dans le système financier européen. Une fois ce principe rompu, les réinterprétations futures deviennent plus faciles. Ce faisant, l’Union européenne fragilise son propre système financier, puisque ni les États ni les investisseurs ne peuvent plus considérer leurs actifs comme durablement protégés de décisions politiques.

Ces choix sont faits au nom de l’Europe, mais leurs conséquences seront supportées par les nations. Il ne s’agit plus d’une coopération entre États souverains, mais d’une absorption dans une structure centralisée où l’autorité s’accroît tandis que la responsabilité s’efface. Le danger n’est pas un autoritarisme brutal, mais un système plus subtil où le pouvoir se concentre et où la démocratie subsiste dans la forme, mais se vide de sa substance.