La mairie de Lyon vient d’adresser une demande de fermeture administrative de l’établissement à la préfecture. 

Motif officiel ? Une terrasse non conforme, installée « en dehors de l’emprise autorisée », et une « exploitation en dehors de la période permise ».

Ce qui, selon les termes très sérieux du courrier officiel, « aurait des conséquences négatives sur la qualité de vie des habitants et des usagers » et « menacerait l’harmonie du cadre de vie » de cette zone piétonne.

Rien que ça.

La terrasse de la discorde

Tous les Lyonnais qui connaissent le Café 203 vous le diront : il est difficile d’imaginer plus joli et plus harmonieux que cette terrasse végétalisée, parfaitement entretenue, bordant un immeuble classé du Quai Fulchiron. Un modèle de ce que la ville prétend vouloir promouvoir : de la fraîcheur, du végétal, du lien social, et un respect du patrimoine lyonnais.

À l’heure où l’on cherche à rafraîchir la ville et revégétaliser l’espace public, cette terrasse pourrait être l’exemple à suivre. On aurait pu imaginer lui décerner un prix du café citoyen.

Au lieu de cela, la mairie choisit l’arme fatale : la fermeture administrative.

Car derrière cette mise en demeure pour un supposé dépassement de quelques mètres carrés, c’est une entreprise lyonnaise, un commerce indépendantplusieurs dizaines d’emplois qui sont menacés.

Un de plus, dans la longue série des fermetures et des mises en péril que Lyon connaît depuis quelques années.

De quoi parle-t-on vraiment ?

Peut-on sérieusement croire qu’un cafetier légèrement hors des clous sur la taille de sa terrasse constitue un péril majeur pour l’ordre public ?

Surtout à l’heure où les violences, les trafics, les incivilités, les tags prolifèrent à Lyon, sans que des mesures aussi radicales soient brandies à chaque coin de rue.

Le Café 203 n’est pas un problème : c’est un havre de paix, un lieu de rencontre sécurisé et vivant.

Et lorsque le patron explique que le tiers de son activité dépend de cette terrasse, l’acharnement prend un goût amer.

Un pilier des indépendants et des esprits libres

Le patron du Café 203 n’est pas un commerçant anonyme. C’est un indépendantUn esprit libre. Une grande gueule à la lyonnaise, comme il en existe de moins en moins.

Membre actif du Collectif des Défenseurs de Lyon et du Grand Lyon, il n’a cessé de dénoncer, avec d’autres, les aménagements chaotiquesla désorganisation urbaineles impacts dévastateurs sur les commerçants et les habitants.

Indocile ? Oui.

Manœuvrable ? Non.

Et c’est précisément ce qui dérange.

À Lyon, on tolère mieux les allégeances silencieuses que les voix irrévérencieuses.

Mais depuis quand, dans une démocratie locale, être poil à gratter justifie-t-il l’acharnement administratif ?

Pas une tête brûlée, un idéaliste

Ceux qui connaissent le patron du 203 savent qu’il est tout sauf un casseur.

Idéaliste, généreux, engagé pour les autres, pour le respect du patrimoinela solidaritél’achat localla qualité de l’assiette et la cohésion sociale.

Son impact positif est bien supérieur à celui de nombreux programmes publics. Il incarne le tissu vivant de Lyon, celui qui fait la différence entre une ville sans âme et une ville qui respire.

Une règle oui, un discernement aussi

Oui, la règle est la règle.

Mais encore faut-il l’appliquer avec intelligence, discernement et équité.

Pas en instrumentalisant l’administration contre ceux qui osent penser autrement.

Le Café 203, c’est un des derniers sanctuaires de liberté, un espace d’irrévérence joyeusele symbole de la résistance des indépendants dans une ville de plus en plus verrouillée.

Et que l’on soit partisan ou pas de ses combats, nous aurions tous à perdre s’il venait à fermer ses portes pour quelques centimètres carrés de terrasse.

Si fermer un café comme le 203 est devenu une priorité, alors Lyon risque de devenir une ville qui ne pense plus.

Alexandra Carraz-Ceselli

Professionnelle des médias et des politiques publiques.

Fondatrice de L’équipe des Lyonnes