Après cinq ans de travaux, Notre-Dame de Paris est redevenue le monument le plus fréquenté de France, avec plus de 11 millions de visiteurs, soit 30 000 personnes par jour en moyenne, depuis sa réouverture au public, le 8 décembre 2024.
Les dégâts, les conséquences de l’incendie du 15 avril 2019 ne sont plus du tout visibles, ni sur la façade, ni à l’intérieur de la cathédrale.
Notre-Dame n’est pas pour autant complètement restaurée. Une immense grue et des échafaudages montrent que les travaux se poursuivent. Le chantier se concentre à l’arrière de la cathédrale sur les parties extérieures. Cela grâce à l’exceptionnelle générosité des donateurs : 846 millions d’euros avaient été collectés, dans le cadre d’une souscription nationale lancée par le président Emmanuel Macron, juste après la catastrophe.
Mais des fonds supplémentaires seront malgré tout nécessaires. Un nouvel appel aux dons vise à collecter 150 millions d’euros pour achever la restauration notamment de la sacristie, du presbytère et des trois grandes roses de la cathédrale.
Entretien avec Philippe Jost, le président de l’établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris, maître d’ouvrage du chantier.
Le président de l’établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris, Philippe Jost, devant le chevet de la cathédrale, le 4 décembre 2024. © Radio France – Benoît Grossin
Quel est le bilan des travaux entrepris depuis la réouverture de Notre-Dame ?
2025 aura été une année très dense, puisque nous avons d’abord et cela nous a occupé une bonne première partie de l’année, couvert la base et les étages médians de la flèche. Ce qui a permis d’achever cette partie de la restauration de la cathédrale, avec la pose des statues comme point d’orgue : les grandes statues du XIXe siècle de Viollet-le-Duc en juin et juillet. Cela suivi du deséchafaudage complet, de la dépose du grand échafaudage. Et maintenant, la flèche dans toute sa splendeur, et c’est vraiment le terme qui convient, s’élève à nouveau dans le ciel de Paris.
Et puis, nous avons aussi, dans cette première moitié de 2025, terminé tout un cycle de travaux dans les deux tours de la cathédrale. Ce qui a permis d’ouvrir le circuit de visite des tours pour les Journées européennes du patrimoine, le 20 septembre. Et puis nous avons vraiment engagé tout un nouveau cycle de travaux de restauration sur la cathédrale.
Il s’agit d’achever la restauration des parties extérieures ?
Voilà. Il s’agit, comme j’aime à le dire, d’aller jusqu’au bout d’une restauration complète de la cathédrale. Il s’agit maintenant de faire la dernière ligne droite, restaurer les parties de la cathédrale qui n’ont pas été touchées par l’incendie, mais qui étaient déjà en mauvais état lorsque l’incendie a frappé Notre-Dame de Paris.
« Aller jusqu’au bout d’une restauration complète »
Nous avons commencé par le chevet. Nous avons trois ans de travail sur le chevet, avec la restauration des murs extérieurs, la reconstitution de décors sculptés qui sont très abîmés, rongés par les intempéries, par la pollution. Nous remplaçons donc des pierres. Et il y a aussi la restauration, la reconstruction de certains de ces grands arcs boutants fragilisés. Il y a une vingtaine d’arcs-boutants tout autour du chevet qui jouent un rôle structurel, qui permettent aux voûtes de tenir.
« C’est plus un défi qu’en 2019 parce qu’aujourd’hui, il faut de nouveau mobiliser » : Sylvie Bretones, déléguée générale de la Fondation Notre-Dame, premier financeur de la restauration de la cathédrale et qui lance aussi une nouvelle campagne visant à réunir 6 millions d’euros supplémentaires d’ici cinq ans pour accompagner la phase finale du chantier.
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Comment financer la suite et la fin de cette restauration ?
Ces travaux que nous avons engagés cette année, ils ont leur financement parce que les donateurs ont été tellement généreux en 2019 que nous avons non pu couvrir tous les travaux que nous avons faits pour ouvrir la cathédrale. Mais en tenant notre budget, nous avons également encore 140 millions d’euros pour engager les nouveaux travaux. Mais ces 140 millions d’euros ne nous permettront pas de faire tout ce qu’il faut faire pour aller jusqu’au bout de ces restaurations extérieures.
Il nous faut maintenant nous intéresser à l’extérieur de la sacristie. Et puis, il y aura du travail sur des vitraux : les trois grandes roses de la cathédrale qui ont besoin d’être entièrement restaurées, c’est-à-dire déposées, restaurées en atelier, reposés avec la mise en place de verrières de doublage. Ce sont des travaux significatifs dont la cathédrale a vraiment besoin.
« Des travaux significatifs dont la cathédrale a vraiment besoin »
Et nous lançons donc un appel à la générosité de toutes celles et tous ceux qui aiment Notre-Dame de Paris, pour nous aider à donner à la cathédrale le visage qu’elle mérite. Maintenant que nous avons tous perçu l’attachement dont elle est l’objet dans le monde entier, c’est vraiment aller jusqu’au bout de tous les soins dont ce monument a besoin.
Avec pour slogan « Notre-Dame de Paris a encore besoin de vous ! », l’établissement public chargé du chantier de restauration lance un nouvel appel aux dons pour financer la fin des travaux sur les parties extérieures de la cathédrale. © Radio France – Benoît Grossin
Cela implique une importante nouvelle campagne de fonds ?
Il nous reste de l’ordre de 150 millions d’euros à réunir. Nous avons des études en cours qui vont nous permettre de préciser ces montants et puis aussi le calendrier de ces différents travaux. Nous savons que nous devons commencer par le chevet de la cathédrale. C’est ce que nous avons engagé en ce début d’année 2025. Nous savons aussi que nous devrons traiter l’extérieur de la sacristie qui viendra juste après et que nous espérons pouvoir engager l’an prochain, en début d’année 2026.
« Nous espérons terminer la restauration de la cathédrale d’ici 2032 »
Après, ce sera au tour des grandes roses de la cathédrale et puis beaucoup d’autres parties extérieures de la cathédrale, comme les arcs-boutants de la nef, comme l’arrière des tours, comme les façades des transepts nord et sud. Nous travaillons actuellement sur un schéma directeur qui va nous permettre de préciser le séquencement de ces opérations et leur calendrier. Nous espérons pouvoir, dès lors qu’on aura trouvé les financements, terminer tout ce que nous avons à faire sur la cathédrale dans un ordre de calendrier 2030–2032.
Et pensez-vous que les donateurs vont se mobiliser ?
Je suis confiant sur le fait que les donateurs vont se mobiliser, parce que l’attachement qui est porté à ce monument s’est révélé. Et on donne, je pense, on donne parce qu’on a envie de donner et qu’on est sensible à ce pourquoi on donne. Eh bien, je crois que Notre-Dame de Paris est un édifice qui, par son sens, par son âme, nous mobilise. Je crois réellement que cet appel aura un retentissement, et j’en attends le résultat qu’on escompte pour que dans quelques années Notre-Dame de Paris soit, dans toutes ses parties, pleinement restaurée.
« Restaurer Notre-Dame de Paris, c’est aussi assurer la pérennité et la transmission des savoir-faire »
Et puis, je voudrais dire aussi que cette aventure, elle a également montré tous ces métiers, ces savoir-faire fabuleux qu’on a en France, qu’on a la chance d’avoir en France, qui sont une fierté pour nous tous. Et restaurer Notre-Dame de Paris, c’est aussi assurer la pérennité et la transmission de ces savoir-faire. Je crois que c’est aussi quelque chose qui peut nous mobiliser.