Échangée à la naissance à la suite d’une erreur hospitalière, une Espagnole de 23 ans va recevoir 975.000 euros d’indemnisation. Une décision de justice qui reconnaît le préjudice moral subi par la jeune femme.

Vingt-trois ans après une erreur commise à la maternité, la justice espagnole a reconnu lundi le préjudice subi par une jeune femme échangée à la naissance avec un autre nourrisson dans un hôpital du nord du pays. La Haute Cour de justice de La Rioja a porté à 975.000 euros l’indemnisation qui lui est due, pour des «dommages moraux» liés à une confusion survenue en juin 2002 à l’hôpital San Millán de Logroño, rapporte El País .

À l’époque, deux nouveau-nés avaient été confiés aux mauvais parents à leur sortie de maternité. L’erreur n’a été découverte que quinze ans plus tard, à la suite d’un test ADN réalisé par l’une des jeunes femmes. Après plusieurs années d’enquête, les autorités sanitaires ont confirmé en 2021 que les deux enfants n’avaient pas grandi au sein de leur famille biologique, évoquant alors une «erreur humaine dans la gestion des incubateurs» dans la gestion du service.


Passer la publicité

Des circonstances aggravantes

Initialement, en 2022, la région de La Rioja avait proposé une compensation de 850.000 euros à chacune des victimes. L’une d’elles, estimant cette somme insuffisante, réclamait plus de trois millions d’euros pour des «dommages irréparables». Le tribunal a finalement décidé d’augmenter l’indemnisation de 125.000 euros, en tenant compte de circonstances aggravantes. Selon El Diario, la plaignante n’a jamais pu rencontrer sa mère biologique, décédée en 2018, et a connu une enfance marquée par une situation d’abandon, ayant été placée sous la tutelle de sa grand-mère.

«Le dommage moral est majoré en raison de l’impossibilité de rétablir le lien avec la mère biologique et de la situation d’abandon vécue pendant son enfance», souligne la décision de justice. La seconde jeune femme, également échangée à la naissance, a elle aussi engagé une procédure judiciaire. Elle réclame trois millions d’euros de dédommagement, auxquels s’ajoutent 1,3 million d’euros demandés pour ses parents non biologiques, estimant que l’erreur hospitalière a affecté durablement l’ensemble du noyau familial.

Leur avocat, José Sáez Morga, cité par la presse espagnole, rappelle que «ces femmes ont été privées de leur histoire, de leur famille» et «qu’aucune somme ne pourra effacer cela». Le gouvernement régional a annoncé accepter ce jugement. «Il est juste de reconnaître les dommages moraux dans ce genre d’affaires sensibles et délicates», a reconnu Alfonso Domínguez, porte-parole de l’exécutif de La Rioja. La décision reste toutefois susceptible d’un recours devant le Tribunal suprême.