Elle déchaîne les passions. Un an exactement après sa réouverture, la cathédrale Notre-Dame de Paris inspire simultanément deux spectacles à Paris : le retour de la célèbre comédie musicale éponyme au palais des Congrès, et celui du ballet chorégraphié par Roland Petit et mis en musique par Maurice Jarre à l’Opéra Bastille, jusqu’au 31 décembre.
Créé pour l’Opéra de Paris en décembre 1965, c’est ce dernier qui nous a intéressés. Par son casting prestigieux d’abord, puisque le rôle de Quasimodo a été confié au danseur étoile Hugo Marchand (en alternance avec Francesco Mura et Jérémy-Loup Quer), que les costumes sont signés Yves Saint Laurent depuis la création, et les décors du scénographe et cinéaste René Allio.
Une lecture en mouvement
Ensuite, pour la lecture en mouvement qu’il propose du roman de Victor Hugo, concentrée sur les quatre personnages principaux : Quasimodo, dont la bosse n’est pas reproduite par une prothèse dans le costume mais par un bras constamment maintenu à l’équerre par le danseur étoile (quelle prouesse !) ; Esmeralda, d’une grâce absolue sous les traits de la Sud-Coréenne Sae Eun Park le jour de notre venue (en alternance avec Roxane Stojanov et Amandine Albisson) ; l’archidiacre Frollo, méchant et ridicule, en proie à des sentiments contraires entre haine et désir pour Esmeralda ; et Phoebus, improbable prince charmant en cape bleu roi, mannequin trop parfait avec ses boucles dorées et son sourire de jeune premier.

Les danseurs Thomas Docquir (Frollo) et Roxane Stojanov (Esmeralda) lors d’une représentation de « Notre-Dame de Paris » à l’Opéra Bastille, Paris, 2019
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© Yonathan Kellerman / OnP
Outre ces quatre caractères, évoqués par Roland Petit dans une chorégraphie « sans pantomime, par le mouvement du corps qui traduit le mouvement intérieur », avait-il expliqué lors de la création, la cathédrale est convoquée en premier rôle grandiose par les décors spectaculaires de René Allio, qui font venir sur scènes ses cloches démesurées, avec lesquelles danse Quasimodo, sa charpente et sa façade gothique, devenant monument pictural.
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Un corps de ballet mis en valeur

Le ballet « Notre-Dame de Paris » par le chorégraphe Roland Petit à l’Opéra Bastille, Paris, 2019
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© Yonathan Kellerman / OnP
Les mouvements de foule, décrits avec lyrisme par Victor Hugo (« La place du Palais, encombrée de peuple, offrait aux curieux des fenêtres l’aspect d’une mer, dans laquelle cinq ou six rues, comme autant d’embouchures de fleuves, dégorgeaient à chaque instant de nouveaux flots de têtes »), sont ici retranscrits par un corps de ballet très « actif », comme le voulait Roland Petit, aux pas et sauts accordés-désaccordés, coordonnés-éclatés. Cette foule bariolée est aussi magnifiée par ses costumes aux couleurs franches – on reconnaît là le style du jeune Saint Laurent des années 1960, avec ses mini-robes courtes et ses motifs en bandes empruntées à Mondrian.
Très coloré au début, donc, le corps de ballet se pare ensuite de rouge puis de noir, menant les danseurs vers un final d’une insoutenable tristesse : la mort d’Esmeralda, héroïne malmenée, symbolisant tous les étrangers du monde, portée par un Quasimodo désespéré dans une nuée de fumée. Le rideau tombe sur un monument de danse qu’on ira revoir sous sa forme de pierres, en suivant la Seine jusqu’à l’île de la Cité, ou en se replongeant dans les pages d’Hugo, revivifiées par ce spectacle brûlant de désir. Deux actes entre la vie et la mort, le désir et l’opprobre, la lumière et l’obscurité.
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Notre-Dame de Paris
Du 6 au 31 décembre 2025 à l’Opéra Bastille
Plus d’informations sur le site de l’Opéra de Paris