Deux ans après l’annonce du « futur grand chantier » de Pierre Hurmic, la mise en œuvre des aménagements provisoires depuis l’automne n’en finit pas de diviser en cette fin 2025. Selon le principe inhérent à toute nouveauté où tout changement entraîne naturellement des réticences liées à une perte de repères.

La nouvelle estrade en bois voulue pour « porter un nouveau regard sur le quartier » ravit les plus jeunes qui y imaginent toutes sortes de jeux.

La nouvelle estrade en bois voulue pour « porter un nouveau regard sur le quartier » ravit les plus jeunes qui y imaginent toutes sortes de jeux.

A. M-R.

Plus de bouchons

Au-delà du cafouillage de la pose de bancs sur des places de stationnement, à la veille de Noël, l’installation de 724 mètres carrés de jardinières en bois ponctuées de platelages suscite des réactions antagonistes. Cette résidente du quartier et fidèle de l’esplanade où s’égaille son golden retriever ne « voit pas vraiment ce que ça change sur la circulation et le stationnement », alors qu’à l’approche des fêtes, les embouteillages engorgent le côté impair des allées. Sans prêter attention à l’exposition photos « Les 111 », dévoilant le trait de côte de la pointe de Grave au Ferret, la Bordelaise d’adoption avoue son « incompréhension du projet en cours », elle qui « aime bien les allées telles quelles ».

De tous les restaurants de la place, seule la Villa Tourny a investi son platelage de décorations de Noël. Non pour y déployer sa terrasse.

De tous les restaurants de la place, seule la Villa Tourny a investi son platelage de décorations de Noël. Non pour y déployer sa terrasse.

A. M-R.

À l’autre extrémité du site, Aychel et Suleyman profitent de « ces petites choses qui changent tout », assis sur l’un des nouveaux bancs, quand leur petit Matias gravit les pyramides de l’estrade érigée à proximité du carrousel. Face à ce « petit Louvre de bois » sur lequel « [ils] n’imaginaient pas que [leur] fils jouerait », comme tant d’autres.

Deux ans après l’annonce du « futur grand chantier » de Pierre Hurmic, la mise en œuvre des aménagements provisoires depuis l’automne n’en finit pas de diviser en cette fin 2025

Étonnamment, alors que les trottoirs grouillent de badauds en quête de cadeaux, aucun restaurateur de la place n’a investi les terrasses construites face à leurs établissements. Excepté La Villa Tourny qui a dressé ses décorations de Noël. « Mais ils y viendront, avec les beaux jours et quand la circulation sera plus apaisée », assure Didier Jeanjean, maire adjoint en charge de la nature en ville.

La sécurité des terrasses

Pas sûr, à en croire les propos fermes de Nicolas Cuny. Au nom de l’association RTL4, il affirme « rester droit dans ses bottes », selon l’expression consacrée de l’ancien maire bordelais, Alain Juppé, alors Premier ministre. Le président de l’association fédérant les six établissements de restauration de la place ne déroge pas de la proposition faite début 2024, d’implanter des kiosques au cœur de l’esplanade. Le dossier, depuis retravaillé, se veut « inspiré des colonnes Morris, dans un style plus Art déco s’intégrant à l’histoire de la place ». Il sera soumis en début d’année prochaine à l’architecte des Bâtiments de France.

Face à l’Hôtel de Sèze, à peine monté, le platelage a déjà fait les frais d’une collision d’un véhicule, ayant lourdement endommagé la structure de la terrasse.

Face à l’Hôtel de Sèze, à peine monté, le platelage a déjà fait les frais d’une collision d’un véhicule, ayant lourdement endommagé la structure de la terrasse.

A. M-R.

En attendant, la configuration actuelle des terrasses inquiète les restaurateurs en termes de sécurité – ce que tend à confirmer la collision, déjà, d’un véhicule dans le platelage au droit de l’Hôtel de Sèze. Elle interroge aussi sur l’expérience vécue par la clientèle installée « dans les gaz d’échappement des embouteillages » occasionnés par « le goulot d’étranglement » qui se forme régulièrement depuis la matérialisation d’une piste cyclable côté impair.

Ajoutez « la solidarité avec les commerçants qui ont perdu des places de stationnement en surface », plaidée au sein de l’association par Cédric Janvier, directeur de l’Hôtel de Sèze, on est loin d’obtenir l’adhésion et l’engagement des parties prenantes nécessaire à l’acceptation de tout changement.

1 500 participations à la concertation

Pourtant, en instaurant une concertation préalable des Bordelais durant le printemps 2024, Pierre Hurmic avait tout lieu de penser qu’il balaierait toute réticence, quant au « diagnostic des lieux et les solutions pour répondre aux attentes des Bordelais ». L’actuelle municipalité ayant préféré l’urbanisme pragmatique au concours d’architecture, dont avait usé l’ère Juppé pour requalifier les quais, la place de la Victoire et Gambetta, s’est donc appuyée sur les 1 500 contributions pour proposer des aménagements « temporaires et réversibles ». Et dont elle n’a de cesse de répéter qu’ils ne préfigurent en rien la physionomie de Tourny au terme du chantier annoncé en 2027. Car, répète Didier Jeanjean, ce n’est qu’au terme d’un usage durant l’année 2026 que « nous verrons si nous avons répondu à la demande sur les allées ». Ou pas, alors que le dossier ne manque pas d’alimenter la campagne des municipales de mars prochain.

« Du provisoire pour voir si ça ne plaît pas ? Esthétiquement c’est une véritable horreur »

« Du provisoire pour voir si ça ne plaît pas ? » questionne Arnaud Brukhnoff. Le photographe a tranché : « Esthétiquement c’est une véritable horreur. Tout ce fric dépensé pour du bois qui va en plus pourrir. » Pour cet amoureux de Bordeaux « il y aurait eu plus d’intérêt à aider les commerçants ».

Si les aménagements transitoires remportent l’adhésion d’ici 2027, leur esthétique sera revue avec « des matériaux pérennes, adaptés à ce site patrimonial »

Si les aménagements transitoires remportent l’adhésion d’ici 2027, leur esthétique sera revue avec « des matériaux pérennes, adaptés à ce site patrimonial »

Claude Petit / SO

C’est précisément pour répondre à cette problématique, comme aux nouveaux enjeux climatiques et de mobilité, que la mairie a placé « ce nouvel aménagement emblématique » sous le signe des « 3A », où arborée, apaisée et animée, la place gagnera en attractivité alimentant la dynamique économique. Et l’adjoint à la nature en ville de citer l’exemple de la rue Bouffard preuve selon lui que « la voiture n’amène pas plus de flux pour les commerçants ».