Claudie Haigneré, qu’emmèneriez-vous sur une île déserte ?
Je prendrais avec moi le livre de contes des Mille et une nuits, en compagnie de Shéhérazade, pour espérer le lendemain, pour garder confiance, en essayant tout, sans paniquer jusqu’à trouver l’issue.
Votre principal trait de caractère ?
La propension volontariste à ne conserver que les bons souvenirs. J’ai fait mienne cette phrase relevée dans le concours de poésie du métro parisien : « Qu’aux souvenirs poussent des ailes qui leur donnent la liberté d’être infidèles. »
Quel défaut vous inspire le moins d’indulgence ?
Sans aucun doute le mensonge, le poison de la défiance.
Qu’est-ce qui vous a mis mal à l’aise dernièrement ?
Être de plus en plus souvent une référence du passé, « figure » astronaute du siècle passé. Je l’assume volontiers mais je ne veux pas m’y laisser enfermer ; j’ai trop d’appétit pour aujourd’hui et pour demain.
Quel métier n’auriez-vous jamais pu exercer ?
Laveur de carreaux. Malgré tous mes efforts, il y a toujours des traces.
Qu’y a-t-il de gauche en vous ?
L’attention au bien commun.
Et de droite ?
L’attention à l’action responsable individuelle.
À quelle époque auriez-vous aimé vivre ?
Demain, par curiosité et défi.
Votre plus beau souvenir de l’espace ?
La prise de distance, de son regard, de son corps, de son âme et en trois dimensions, temporelle, holistique et toujours ancrée.
L’odeur qui vous ramène à votre enfance ?
L’odeur du gâteau marbré vanille chocolat de mon grand-père qui sentait si bon et était délicieux. Je trouvais les marbrures magiques.
Le rêve qu’il vous reste à accomplir ?
Trouver le temps et la sérénité pour écrire et transmettre mes réflexions sur les aventures de vie, ce en quoi je crois, et ce en quoi j’espère.
De quel luxe ne pourriez-vous pas vous passer ?
Sans être totalement addict, le smartphone pour rester connectée aux autres, au monde dans la diversité et les richesses de l’humanité.
Quelle personnalité politique pour une soirée en tête-à-tête ?
Simone Veil, en respect et admiration pour son engagement pour la dignité humaine et le potentiel du continent européen. Elle est une lumière à préserver, un exemple à méditer, et un modèle de plus grand que soi à transmettre.
Et si vous deviez choisir un super-pouvoir ?
Pouvoir guérir les maladies physiques et mentales, une résurgence de ma première carrière de médecin et de mon étonnement à découvrir les capacités insoupçonnées d’adaptation du corps et de l’esprit révélées dans un environnement contraint (microgravité ou maladies).
Votre livre de chevet ?
Christian Bobin parce que le poète nous rappelle que « la vie est lumineuse d’être incompréhensible ».
La dernière chose que vous faites avant de vous coucher ?
Lire quelques pages, puis éteindre la lumière.
Et Dieu dans tout ça ?
Mon éducation catholique m’a beaucoup apporté, je lui suis reconnaissante, mais je n’ai jamais espéré le rencontrer personnellement dans mes voyages spatiaux.
Propos recueillis par Johanna Decorse.
Sur la photo : Claudie Haigneré à la Cité de l’espace de Toulouse. Crédit : Hélène Ressayres-ToulÉco.