En tout cas, Tourny signe une jolie prouesse : ce projet annoncé par surprise par Pierre Hurmic en septembre 2023 (il ne figurait pas dans le programme de 2020) fait l’unanimité contre lui. Et pas qu’à droite. « Les millions mis dans cet aménagement auraient pu être utilisés ailleurs, surtout dans un moment où les finances publiques sont asséchées par l’État », résume Nordine Raymond, le candidat de La France insoumise (LFI), qui pointe « l’entêtement » du maire « à aller jusqu’au bout », alors que « ce n’était pas du tout la priorité ».
« Risée du pays »
Pierre Hurmic souhaitait « réinventer » Tourny en « espace de vie plus agréable », comme pour imprimer sa marque dans un des rares secteurs qui n’a pas été remodelé sous Juppé – tout un symbole. Façon, aussi, d’installer sa vision de la végétalisation et de l’urbanisme dans un quartier pourtant électoralement peu porteur. Et patatras : comme « l’arbre mort » – quand Hurmic avait ainsi qualifié le grand sapin de Noël qu’il allait supprimer – avait secoué le début du mandat et instruit le procès des écolos en « amateurisme », Tourny tourne à la polémique, servie sur la table des réveillons de Noël à la faveur du pataquès des bancs fixés sur la chaussée et démontés cinq jours plus tard… en attendant bientôt celle des « vaguelettes » vertes, qui doivent être peintes sur le bitume en avril (prudemment après les élections, donc).
« Il faut en finir avec ces je-m’en-foutistes écolos totalement irrespectueux de l’argent public »
« De nombreuses urgences auraient pu être traitées dans des quartiers plus populaires, moins ‘‘vitrines’’ », cingle Nordine Raymond. « Il faut d’urgence réorienter ce projet afin d’arrêter d’être la risée du pays. » L’épisode de la semaine offre un boulevard aux candidats pour remettre dans la balance tout le projet des allées de Tourny. « Douze millions d’euros, peut-être plus, sur une base de 45 000 euros bruts, ça paie 250 agents publics pendant un an », calcule l’économiste-candidat Philippe Dessertine, en faisant la leçon à Hurmic : « La question financière, dans un contexte de dette municipale qui augmente et de dotations de l’État qui diminuent – et vont encore diminuer –, oblige à avoir des priorités, alors que des questions très fortes se posent autour de la sécurité, du trafic de drogue, de la propreté. »
Votation
« Il faut en finir avec ces je-m’en-foutistes écolos totalement irrespectueux de l’argent public », peut aussi dérouler Julie Rechagneux (RN). « Ils ont fait de l’humour sur une ‘‘erreur’’ à 350 000 euros [en fait, le coût de tout l’aménagement « provisoire » actuel, NDLR] alors que c’est de l’argent public et donc de la taxe foncière. » Elle estime que « les allées de Tourny doivent rester telles qu’elles sont, cela fera économiser les millions d’euros prévus », et ajoute : « Ces projets d’aménagement doivent être conçus par nos agents territoriaux, de la Ville ou de la Métropole, qui ont la parfaite connaissance de leur ville. Nous n’avons pas besoin d’un cabinet de conseil nantais [allusion à l’agence d’architectes paysagistes en charge du projet définitif, NDLR] pour savoir les aménagements qu’il faut réaliser à Bordeaux. »