L’œuvre en question impressionne par ses dimensions — 303,5 × 342 × 105,5 cm. En fer noir, elle se dresse comme un massif monolithe cubique. Dans sa face avant s’ouvre une fente verticale, étroite, où une forme ondulante et bombée semble glisser en cascade. Son titre ? « Pervigiles Popinae », une formule latine évoquant les tavernes ouvertes toute la nuit, lieux de débauche, de danger et de vie nocturne dans la Rome antique. Un contraste se dessine entre l’allure monacale, presque sépulcrale de la pièce et l’idée d’un refuge clandestin, d’un espace de plaisirs interlopes. De quoi laisser libre cours aux imaginaires.
Réalisée en 1986, acquise deux ans plus tard par le Frac, l’œuvre a circulé dans la rétrospective européenne consacrée à Susana Solano en 1992-1993 : Musée national centre d’art Reina Sofía (Madrid), Magasin-CNAC de Grenoble, Malmö Konsthall (Suède), Whitechapel Art Gallery à Londres. Au début des années 2000, son nomadisme prend fin : hormis une présentation en 2006 à Talence, la pièce sommeille ensuite dans les réserves.
En dialogue avec Jorge Satorre
Elle en sort aujourd’hui pour lancer un nouveau cycle, déployé « sur cinq ans afin d’expérimenter toutes les dimensions du projet », explique Elfi Turpin : ressortir des œuvres tenues à l’écart, les redécouvrir, les documenter, les restaurer si besoin et rendre accessible au public un travail habituellement mené en interne. Avec une dimension supplémentaire : « Inviter un artiste dans ce processus pour comprendre comment une œuvre acquise il y a quarante ans est perçue aujourd’hui et comment d’autres générations dialoguent avec elle. »
Pour ce premier chapitre, Elfi Turpin a convié l’artiste mexicain Jorge Satorre. Installé à Bilbao depuis trois ans, il a travaillé en étroite confiance avec Susana Solano, qu’il connaît bien, ce qui lui permet certaines libertés quant aux œuvres soumises d’ordinaire à un protocole strict.

Pour l’occasion, Jorge Satorre a fait venir « Perpendicular al Garonne » (« Perpendiculaire à la Garonne »).
Jean-Christophe Garcia
Pour l’occasion, il a également fait venir « Perpendicular al Garonne » (« Perpendiculaire à la Garonne »), autre pièce imposante aux allures de wagonnets, réalisée en 1987 pour l’architecture du Capc.

Jorge Satorre a glissé parmi les sculptures quelques-uns de ses dessins.
Anthony Rojo
Dans l’espace du Grand Verre, il a choisi de saturer l’espace, comme si tout tenait encore du stockage et de l’étude, et a glissé parmi les sculptures quelques-uns de ses dessins : petits formats très discrets, sans lien direct avec les volumes, mais en résonance avec ses conversations avec Susana, à travers des insectes (poissons d’argent) mis en scène de manière anthropomorphe.