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Publié le 25/12/2025 22:23
Temps de lecture : 3min – vidéo : 3min

Les Glaçons : quand Claude Monet peint l’hiver
(France 2)
3min
Loin des étés ensoleillés et des jardins de Giverny, Monet trouve l’inspiration dans l’hiver. À Vétheuil, entre glace et Seine gelée, il peint Les Glaçons, une série qui marque un tournant dans son œuvre et annonce ses futures explorations des séries et des nymphéas.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Quand on évoque Monet, on pense à un pique-nique au soleil, à des coquelicots, à des plages normandes. Bref, Monet, c’est l’éternel été. Pourtant, l’hiver, avec son cortège de neige, de givre et de verglas, lui a inspiré certains de ses plus beaux tableaux, dont Les Glaçons, peints pendant l’hiver 1880 à Vétheuil, dans le Val-d’Oise. Une œuvre aujourd’hui exposée au Musée d’Orsay.
Claude Monet, 38 ans, est un jeune artiste fauché comme les blés. Ses toiles se vendent très mal et, pour continuer à peindre, il doit quitter Paris. Son choix va se porter sur Vétheuil, un village en bord de Seine, à un coup de pinceau de la capitale. Claire Vincent, propriétaire de la maison de Claude Monet et guide touristique à Vétheuil, raconte : « Claude Monet, quand il arrive à Vétheuil, loue une maison qui est sur le bord de la route de la Roche-Guyon. Il prend son matériel, il part à l’aventure, si je puis dire, parce qu’on est entouré ici de la Seine, des falaises de craie et des coteaux. »
Ce bonheur est de courte durée. La santé de Camille, sa femme et sa muse, ne cesse de décliner. Elle meurt un an après leur installation. L’hiver pénètre dans le cœur de Monet, et il va bientôt s’abattre sur tout le nord du pays. Imaginons les bulletins météo de l’époque : « Décembre 1879, un froid polaire, moins 24 degrés enregistrés à Paris. La Seine a même gelé. Aujourd’hui, les températures sont de nouveau positives, comme vous pouvez le constater. Mais attention, qui dit redoux dit aussi fonte de la Seine qui va charrier pendant plusieurs jours. Ces gros blocs de glace aussi, il est fortement conseillé de mettre vos barques et vos bateaux à l’abri. »
Pour immortaliser ce dégel, Monet, au mépris du danger, embarque dans son bateau atelier. Claire Vincent précise : « C’est une grosse barque en réalité. Il a fait apposer sur ce bateau une cabine en bois relativement grande dans laquelle il va pouvoir peindre, manger, dormir, se reposer. Il va naviguer tout simplement entre ces énormes glaçons qui flottent. »
Dans l’œuvre de Monet, Les Glaçons marquent un tournant. Pour la première fois, le peintre s’autorise une œuvre sans présence humaine. La seule chose qui l’intéresse désormais, c’est l’humeur de la nature. Une nature qu’il va peindre avec une toute nouvelle technique. Servane Dargnies-de Vitry, conservatrice de peinture au Musée d’Orsay, explique : « Il va utiliser une touche horizontale pour l’eau, alors qu’à l’inverse, ces gros blocs de glace, on dit glaçons, mais ce sont de gros blocs de glace, vont être peints avec une touche où on sent vraiment toute la matière. »
Avec Les Glaçons, déclinés 17 fois, Monet inaugure le principe des séries. Il y en aura d’autres, fameuses : les Meules, la Cathédrale de Rouen et les célèbres Nymphéas. Des nymphéas qui flottent sur le bassin de Giverny comme les glaçons, 20 ans plus tôt, sur le lit de la Seine.