l’essentiel
De l’école James Carles à Toulouse à Alvin Ailey à New York, l’autobiographie de Sarah Toumani « Je voulais danser, je danse et je danserai » dévoile les défis et les soutiens qui ont façonné sa carrière. Une leçon de vie.

Sarah Toumani est née à Béziers le 11 avril 1995. Habitée par le rêve de devenir danseuse professionnelle depuis son enfance, elle intègrera la fameuse école James Carles à Toulouse en 2013, avant de poursuivre sa formation dans la prestigieuse école Alvin Ailey à New York et d’entamer sa carrière aux États-Unis. Aujourd’hui, Sarah Toumani sort un récit autobiographique intitulé « Je voulais danser, je danse et je danserai ». Interview.

Le titre de votre livre, « Je voulais danser, je danse et je danserai », est une affirmation très forte. Quel message personnel cherchez-vous à transmettre à travers ce triptyque temporel ?
C’est un résumé condensé de ce que raconte le livre. Il y a d’abord cette première partie où je veux danser, avec la sensation que je n’y arriverai jamais. Ensuite, la partie où je danse pleinement, et enfin celle où je quitte la ville qui m’a fait exploser dans ma carrière, mais où je continue de danser. C’est un peu ça : « Je voulais danser, je danse et je danserai ». C’est aussi un clin d’œil à la chanson de Francis Cabrel, « Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai », parce que l’amour que j’ai pour la danse est très fort. J’ai voulu réunir ces deux liens dans le titre.

La couverture du livre de Sarah Toumani.

La couverture du livre de Sarah Toumani.
DR.

Votre parcours de danseuse professionnelle a débuté à Toulouse. Quel rôle l’école de danse James Carles a-t-elle joué dans la formation de l’artiste que vous êtes devenue ?
C’est ma première formation professionnelle. C’est là que j’ai appris toutes les bases du métier : connaître mon corps, travailler en compagnie, en groupe. J’y ai eu mes premiers contacts avec des danseurs professionnels lors de stages. C’est aussi là que j’ai rencontré un danseur de la compagnie Alvin Ailey, Solomon Dumas. Si j’étais passée par une autre école, je ne l’aurais jamais rencontré, car James Carles est la seule école française à recevoir des danseurs de cette compagnie pour des stages. Cette rencontre a été déterminante, sans elle, je n’aurais sans doute pas eu cette carrière.

Avez-vous un souvenir marquant de cette période à Toulouse ?
Oui, deux souvenirs. Le premier, c’est celui de me sentir enfin à ma place, entourée d’amis qui partageaient ma passion. Avant cela, je pensais ne jamais avoir d’amis. Le second, c’est ma rencontre avec Solomon Dumas donc : un moment magique, le plus beau cadeau que la danse pouvait m’offrir.

Vous dédicacez votre livre « Pour Papa et Maman ». Avant votre envol vers l’étranger, quel a été le soutien concret de votre famille pour vous permettre d’intégrer et de poursuivre cette formation exigeante ?
Dès qu’ils ont compris que la danse était vitale pour moi, leur soutien a été total, émotionnellement et financièrement. Ils se sont portés garants pour mon prêt étudiant, m’ont accompagnée à chaque audition. Je leur dois tout. Cette dédicace, c’est une façon de les faire voyager avec moi pendant ces dix années où je les ai peu vus.

Sarah Toumani avec ses parents à New York.

Sarah Toumani avec ses parents à New York.
DR.

Pour autant, cela a été long de leur faire comprendre votre choix ?
Oui, très long. En tant qu’adolescente malheureuse à l’école, j’étais en colère contre eux. Aujourd’hui, à 30 ans, je comprends leur position. Avec le recul, je les remercie, car ils m’ont poussée à obtenir le baccalauréat, ce qui reste important, même pour une danseuse.
Vous remerciez votre mari, Luis Conejo, « qui vous a accompagné et épaulé dans ce processus », allant même jusqu’à prendre votre photo de couverture au Ballet National d’Équateur. Comment ce soutien à la fois personnel et professionnel de la part de votre « amour » influence-t-il votre quotidien d’artiste et votre équilibre loin de la France ?
Il m’influence totalement. Il est lui-même artiste et m’a présentée au directeur du Ballet national d’Équateur. Nous travaillons tous deux pour cette institution. Il m’a ouvert les portes du monde artistique équatorien, ce qui aurait été bien plus long seule. Son soutien est total et naturel au quotidien.

Sarah avec son mari, le chorégraphe Luis Conejo. Le couple vit en Equateur depuis 2024.

Sarah avec son mari, le chorégraphe Luis Conejo. Le couple vit en Equateur depuis 2024.
DR.

La première partie de votre livre, « La Foi », a été rédigée à vos dix-huit ans. En repensant à votre adolescence à Toulouse, comment analysez-vous cette constance de la « foi » dans votre parcours ?
Oui. Je venais d’arriver à Toulouse quand j’ai écrit ces lignes, j’étais tellement heureuse après des années difficiles que j’ai ressenti le besoin d’écrire. La foi a toujours été présente. Je faisais sans cesse le même vœu : devenir danseuse professionnelle. À chaque occasion, bougies, heures doubles, passages symboliques, je formulais ce vœu. J’étais obsédée par ce rêve.

Comment la définition du verbe « danser » a-t-elle évolué pour vous au fil des années ?
Pour moi, danser, c’est être. C’est vivre dans ma forme la plus sincère, la plus vraie, la plus ouverte. C’est une manière d’exister pleinement.

Vous écrivez que vivre à New York n’a pas été facile. Est-ce que la formation reçue à Toulouse vous a préparée à la rigueur du monde de la danse internationale ?
Artistiquement, oui. Mais humainement, c’était très différent. Comme je l’écris dans mon livre : j’étais artistiquement comblée et humainement testée. À New York, tout est individualiste. J’étais préparée pour la scène, mais pas pour la solitude.

Sarah Toumani dans les coulisses du théâtre de New York.

Sarah Toumani dans les coulisses du théâtre de New York.
DR.

Vous faites alors preuve d’une force incroyable…
C’est la force des rêves. Quand quelque chose nous tient à cœur, la force devient spontanée. On ne s’en rend pas compte sur le moment. C’est en écrivant que j’ai réalisé tout ce que j’avais traversé.

Qu’est-ce qui vous a motivée à passer de l’expression par le corps à l’expression par les mots ?
J’ai toujours aimé lire et écrire. J’écrivais des poèmes, des chansons. J’ai voulu raconter mon histoire pour mes parents, pour moi, parce que j’aime écrire. C’est une passion parallèle à la danse. Et j’étais la seule à pouvoir raconter mon histoire de manière authentique.

Vous avez aussi demandé à vos parents et à votre mari d’écrire dans le livre ?
Oui. Je voulais leur regard extérieur. Ils ont accepté naturellement. Mon mari a même choisi de conclure le livre avec deux pages de sa plume.

La carrière de danseur implique beaucoup de sacrifices. Avez-vous eu des moments de doute après votre départ de Toulouse ?
Je n’ai jamais douté, mais c’était difficile de manquer les moments familiaux : les diplômes, les anniversaires. J’avais perdu mes grands-parents avant de partir, heureusement, car leur perte à distance aurait été insupportable. Il y avait toujours une petite culpabilité, même si j’étais comblée par ma vie à l’étranger.

Envisagez-vous de revenir à Toulouse pour une masterclass à James Carles et partager votre expérience avec les jeunes danseurs ?
J’aimerais beaucoup, mais je ne suis pas sûre d’être la bienvenue. Quand j’ai été prise chez Alvin Ailey, James Carles ne m’a jamais félicitée, contrairement aux professeurs.

L’affirmation finale « Je danserai » ouvre sur l’avenir. Quelles sont vos ambitions pour la décennie à venir ?
J’ai envie de créer mes propres spectacles, de danser en solo et d’écrire pour d’autres, notamment pour le Ballet national d’Équateur. Je veux explorer mon propre langage chorégraphique et faire une pause dans l’interprétation pour les autres.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui veut devenir danseur professionnel ?
Travailler très dur, le plus tôt possible. Se former, suivre des stages, rester curieux, ne pas se limiter à un style. Être pluridisciplinaire est essentiel. Il faut de la rigueur, de la discipline et ne jamais baisser les bras, car tout est possible avec de la volonté et du travail.

Votre père vous appelle toujours « ma petite Billy Elliot » ?
Oui, souvent. Il y a encore la cassette à la maison, et on la regarde parfois ensemble.

Vous envisagez d’avoir des enfants. Est-ce un frein pour votre carrière ?
Non. À 30 ans, mon plus grand rêve est de fonder une famille. Je suis consciente que cela change la vie, mais je sais qu’il est possible d’avoir une vie familiale et professionnelle épanouie. En Équateur, le Ballet national est à dix minutes de chez moi, ce n’est plus comme aux États-Unis. Ce sera le plus grand bonheur de ma vie.

Le livre « Je voulais danser, je danse et je danserai » de Sarah Toumani est disponible à compte d’auteur sur Amazon. 380 pages, 12,90 €.