Souvent mis en avant pour le trafic de drogue ou d’autres faits divers, les quartiers populaires sont aussi riches d’associations et d’initiatives qui mériteraient d’être davantage mises en lumière. C’est justement l’objectif du dispositif « Mon Quartier, Ma Life », porté par le Club de la presse Occitanie.
Né il y a trois ans à Toulouse (Haute-Garonne) d’une réflexion d’adhérents du club sur le traitement assez partiel de la vie des quartiers populaires par les médias, ce projet a deux objectifs, comme l’explique Agnès Maurin, la directrice générale du Club de la presse : « L’idée première est d’être une sorte d’agence de presse, une AFP des quartiers, pour faire remonter des sujets différents auprès des médias. Ce travail est fait par des jeunes en service civique, encadrés par deux journalistes professionnels en résidence. De cette collaboration découle la deuxième ambition, qui est d’aider une partie de cette jeunesse à accéder aux écoles de journalisme, pour amener de la diversité dans les médias. »
Concrètement, « Mon Quartier, Ma Life » accueille cette année trois jeunes de 21 à 24 ans, Chemsi, Vanessa et Amaury. Ils rédigent, avec l’aide de deux journalistes, Sophie Arutunian et Benjamin Bourgine, des sujets mis à disposition de la quarantaine de professionnels abonnés. « C’est gratuit. Nous envoyons nos articles aux personnes et ils peuvent les utiliser de différentes manières. Soit ils les publient tel quel, soit le sujet les intéresse et ils vont le traiter à leur manière, notamment pour la télé ou la radio, soit ils reformulent à la manière du travail fait sur une dépêche AFP », détaille Sophie Arutunian.
Repris par France 3, Ici Occitanie et un magazine local
Derrière ces reportages qui couvrent la vie et l’actualité des quartiers de Mirail U, Bellefontaine et La Reynerie, l’idée est aussi de donner la parole à leurs 35 000 habitants. Le riche tissu associatif, souvent porté par des femmes, est l’une des sources de sujets, mais pas seulement, puisque les apprentis journalistes ont déjà proposé le Mirail vu par les enfants, des portraits d’entrepreneurs ou une enquête au long cours sur l’accès aux soins dans ces quartiers. « Nous proposons aujourd’hui deux articles par semaine en moyenne. L’an dernier, Sarah et Kamélia ont écrit une quarantaine d’articles en 6-7 mois », précise Sophie Arutunian. Des articles qu’il est possible de retrouver, en partie, sur Instagram et LinkedIn, notamment.
Preuve que « Mon Quartier, Ma Life » fonctionne, l’une des deux jeunes femmes accompagnées l’an dernier, Kamélia, étudie aujourd’hui à l’école de journalisme de Marseille. Plusieurs sujets ont par ailleurs déjà été repris par le magazine toulousain Boudu, France 3 Occitanie ou Ici Occitanie. De quoi donner des idées à Chemsi et Vanessa, qui rêvent de ce métier et préparent toutes les deux les concours d’entrée aux écoles, l’une d’elles en partenariat avec la prépa La Chance, Pour la diversité dans les médias.
À 21 ans, la première est titulaire d’une licence LLCE obtenue au Mirail et assure n’être « jamais aussi épanouie que derrière un stylo, un micro ou une caméra. Mais, au-delà de l’aspect égoïste, il y a aussi une notion d’utilité. On met en lumière des personnes, on leur donne la parole. Et puis c’est un métier en péril, qui doit notamment mener une guerre contre la désinformation ».
Pour grandir le dispositif
Ce qui guide Vanessa, après sa licence Information Communication à Toulouse, c’est la « rencontre avec l’autre, comme avec Nessin, qui veut ramasser les déchets du quartier avec des ânes ». « Avec ce métier, le champ des possibles est très ouvert et je pense pouvoir apporter un regard différent, un autre point de vue », explique la jeune fille de 23 ans, qui a grandi pendant 15 ans à La Vache, un autre quartier populaire de Toulouse.
Si l’ambition d’origine était d’accompagner des jeunes du quartier du Mirail vers le métier de journaliste, l’opération s’avère plus difficile que prévu, et des candidats d’autres quartiers ont été finalement recrutés. « L’an dernier, Sarah et Kamélia venaient d’ici. Mais ces jeunes sont encore un peu sous les radars », admet Sophie Arutunian. Cette année, une quinzaine de candidatures ont été reçues et trois profils ont donc été retenus, en privilégiant l’envie de faire du journalisme.
Mais « Mon Quartier, Ma Life », financé par des banques et les subventions de la politique de la ville et hébergé par la région Occitanie dans un bureau de la Maison de l’orientation du quartier Bellefontaine, n’oublie pas cette mission et souhaite développer des partenariats avec les écoles de journalisme notamment, pour identifier des profils de futurs professionnels. Avec la volonté, tôt ou tard, de se déployer dans d’autres quartiers, voire d’autres villes d’Occitanie, de proposer de la vidéo et, pourquoi pas, de trouver un véritable modèle économique.