l’essentiel
Derrière les façades du centre-ville de Toulouse, des immeubles vides, étayés ou interdits d’accès attendent une décision. Effondrement, expertises judiciaires, copropriétés divisées : le devenir de ces bâtiments en péril se joue dans un entrelacs de procédures et de délais.
La cicatrice est toujours là. Plus d’un an après l’effondrement du 4 rue Saint-Rome, survenu dans la nuit du 9 mars 2024, le cœur commerçant de Toulouse conserve cette dent creuse comme un rappel brutal de la fragilité de son bâti ancien. Le site est resté figé jusqu’à ces derniers jours. Une haute barrière grillagée, installée par la collectivité, a modifié le paysage. Elle permet de sécuriser le site, jusqu’en juin 2026. Ensuite, le relais devra être pris par le syndic.
« Un accord paraît improbable. Un procès, probable »
Derrière cette clôture provisoire, un projet de reconstruction se dessine, lentement. Les propriétaires des neuf appartements du XIXᵉ siècle effondré maintiennent leur volonté : rebâtir à l’identique la façade, conformément aux règles, tout en repensant entièrement l’intérieur. La structure en bois ne sera pas conservée. Le chantier, lui, n’est pas imminent. Il dépend d’un préalable décisif : la détermination des responsabilités. Selon une source proche du dossier, une SAS liée à un notaire, l’architecte en charge des travaux et des alertes ignorées par les agences locatives et l’absence de recours à un bureau d’études figurent parmi les éléments examinés. Dans les combles, un appartement aurait été créé « de manière très discrète ».
Les responsabilités s’emmêlent. « Un accord paraît improbable. Un procès, probable », pointe ce fin connaisseur. Le rapport de l’expert mandaté par le tribunal judiciaire est attendu au premier trimestre 2026. Une nouvelle réunion entre la copropriété et la mairie est prévue en juin.
Le 1 rue des Puits-Clos, fragilisé par l’onde de choc de l’effondrement, reste sous étaiement. Sauvé in extremis, ce bâtiment à colombages du XVe siècle est aujourd’hui suspendu à une décision collective que ses propriétaires peinent à prendre. Démolir – pour environ 200 000 euros – ou rénover, au prix de près de deux millions. Reçus récemment par la mairie, ils n’en sont pas ressortis rassurés. « Pour le moment, on attend. Il ne se passera rien avant les municipales », confie l’un d’eux.
Des chantiers en cours
Le cas de la rue Saint-Rome n’est plus une exception. À Toulouse, 32 nouveaux immeubles ont fait l’objet d’une interdiction d’accès et d’habiter, 30 l’an dernier. « Une mise en sécurité d’urgence peut être levée après des travaux de confortement. Mais lever l’urgence ne veut pas dire que tout est réglé. On passe alors sur une procédure contradictoire, avec des travaux de fond à réaliser sur des délais plus longs. Par ailleurs, les arrêtés peuvent concerner un appartement, une cave ou un rez-de-chaussée, pas nécessairement tout un immeuble », précise Claire Nison, adjointe au maire chargée de la sécurité des bâtiments.
Boulevard Carnot, au 69, cinq commerces évacués depuis avril 2024 attendent toujours un retour espéré en 2026. Les ouvriers sont de nouveau à l’œuvre, mais sans calendrier précis. À quelques mètres, l’O’Briens Irish Pub reste fermé : aucune réouverture ne sera autorisée tant que les immeubles voisins ne seront pas sécurisés.
Face à cette accumulation de crises, la Ville tente de reprendre la main. Le Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV), entré en vigueur en juin, impose désormais une déclaration systématique des travaux dans le centre historique. Diagnostic structurel, contrôle des murs porteurs, fin des décloisonnements sauvages : l’objectif est clair, éviter que le patrimoine ne s’effondre à force d’être malmené.
Ne pas déclarer des travaux est désormais un délit pénal, avec des conséquences lourdes sur les assurances et les transactions immobilières. Reste une question, qui traverse tous les dossiers : que faire de ces immeubles en péril ? Les démolir, au risque d’effacer l’histoire ? Les restaurer, au prix de millions que ni les copropriétés ni les assurances ne semblent prêtes à avancer ? À Toulouse, la réponse se construit lentement. Pendant ce temps, les étais s’installent dans le paysage. Et le doute avec.