Le thermomètre flirte avec le zéro. En cette fin décembre, le froid s’est installé en Bretagne et, avec lui, une atmosphère de Noël particulièrement dure pour ceux qui n’ont plus de toit. Dans l’ombre d’un petit square, près de l’auberge de jeunesse des prairies Saint-Martin, à Rennes, Olivier, 53 ans, passe l’hiver sous une tente. « Il ne fait pas chaud, effectivement », lâche-t-il simplement, en remontant la fermeture éclair de sa modeste demeure.
Noël, pour lui, est passé presque inaperçu. « Je ne m’en suis pas vraiment rendu compte…, confie-t-il. J’ai réalisé car les bénévoles de la Croix-Rouge me l’ont annoncé. Avec le plan grand froid, les maraudes ont été renforcées et, le soir de Noël, il devait y avoir une soirée karaoké à proximité. C’était une bonne initiative, mais il faisait trop froid pour rester », raconte-t-il. La magie des fêtes s’est dissipée dans la morsure du gel.
Il y a un an, pourtant, Olivier vivait encore dans un appartement du quartier Clemenceau, à Rennes. C’est en janvier que tout a basculé. « Le feu s’est déclenché dans ma chambre pendant que j’étais dans la cuisine. Quand j’ai voulu l’éteindre avec ce que j’avais sous la main, ça a empiré. » Malgré une assurance et un bailleur social, aucune solution durable n’a été trouvée. Depuis, ce père d’un « grand garçon » vit à la rue.
Le froid rend le sommeil d’Olivier difficile. (Le Télégramme/Claire Staes)
Handicapé et atteint de la maladie de Crohn, Olivier vit de l’allocation adulte handicapé. « Dormir dehors, ce n’est pas du tout facile », dit-il avec pudeur, en essuyant les gouttes de condensation qui mouillent son duvet. Parfois, le 115 lui offre un petit peu de répit. « Ils ont été assez réactifs récemment, j’ai pu dormir au chaud jusqu’au matin. » Mais la plupart des nuits se passent ici, dans ce petit jardin public, non loin des toilettes publiques.
La neige tombée la nuit de Noël ? Olivier ne s’en était pas rendu compte. « Au lever du jour, quand j’ai voulu faire chauffer mon petit-déjeuner, j’ai ouvert la tente et j’ai constaté qu’il y avait une fine couche de neige », dit-il en montrant son petit réchaud à gaz et sa casserole. Se laver, se changer, se nourrir se révèlent être des défis quotidiens.
D’autant plus dans ces périodes de froid intense, car les nuits sont courtes. « Je n’ai pas dormi cette nuit, reconnaît Olivier. Le froid empêche de dormir. » Olivier pense souvent à son fils, resté en région parisienne. « Avoir un enfant, c’est super important… Mais je ne suis pas dans une situation viable. Savoir que c’est Noël me donne envie d’écrire. De donner des nouvelles. »
Longtemps, Olivier a dormi en forêt, près des Gayeulles. « De toute façon, j’ai dormi partout dans cette ville. La tente, je ne l’ai pas toujours eue. » Aujourd’hui, il espère surtout retrouver un toit. « Je cherche un petit studio, une chambre, quelque chose de simple. »
À quelques jours de la nouvelle année, Olivier lance un appel. Toute personne susceptible de l’aider peut le contacter directement au 07 74 99 16 98. En attendant, sous sa fine toile de tente, Olivier affronte l’hiver, seul, au rythme du froid.