C’est dire si la parution, aux Éditions Citadelles & Mazenod, d’un beau et grand livre sur cette peinture si méconnue tient de l’événement louable en cette période de fêtes et de cadeaux appropriés.
Nous, plus au sud, n’avons point de neige encore et un temps anormalement doux en cette saison des frimas, ne doit pas nous faire oublier que là-bas, tout au Nord, pas si loin de la calotte polaire, les hivers sont longs, froids et, sans doute, propices à l’expression d’états d’âme chargés d’images référentielles.
L’ouvrage, signé par deux natives de Hambourg, Katharina Alsen et Annika Landmann, virevolte entre les commentaires précis autant que précieux et des arrêts sur des images grand format chargés de sens, d’adrénaline et de points d’ancrage quant à ce grand Nord aux coutumes ancestrales à la fois sauvages et placides.
Trois cent cinq pages en couleurs entre expressionnisme et intimité, les auteures brossent large. Avec de beaux exemples de résiliences adossées aux us et coutumes de peuples qui, s’ils nous sont souvent étrangers, n’en sont pas moins proches de nous par certaines habitudes, à défaut de croyances et religions parallèles.
L’autoportrait y serait-il davantage fréq
Satisfecit pour le Design nordique
uent ? Annika Landman se pose la question en s’attardant, par exemple, à cette étrange et percutante personnalité que fut Helene Schjerfbeck, cette Finlandaise qui, à la fin de sa vie, corsa son art de fulgurances à tout le moins audacieuses, ses derniers autoportraits s’affranchissant de toute considération élaborée pour n’être plus que traits épars signés dans l’urgence d’une âme aux abois d’elle-même.
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Du Danemark à L’Islande
Alors, d’emblée, pourquoi pas l’Estonie, ce petit pays balte qui, par bien de ses attraits, en appelle, lui aussi, aux considérations philosophiques, historiques, naturelles, des pays d’une ère scandinave à laquelle on les unit trop rarement ? Comme en Finlande, les Estoniens ont eu l’intelligence ou l’opportunité d’une allégeance aux coutumes ancestrales, à ce romantisme national, fait de danses et de mythes, que résume bien le « Kalevala » imagé par un Aleksi Gallen-Kallela.
Des figures émergentes couronnent la peinture du Nord, qu’elle vienne du Danemark, de Suède, de Norvège, de Finlande, d’Islande. Le nom et la personnalité, ombrageuse et mélancolique, exacerbée, d’Edvard Munch, le Norvégien, figure pilote d’un XXe siècle en appel de novations et d’expressions, émerge certes. Mais, ce serait faire injure au grand Nord que de ne pas souligner l’importance et le talent d’un Wilhelm Hammershoi, d’Helene Schjerfbeck, de Johannes Kjarval, de Sigrid Hjerten.
Une simplicité qui plaît chez Piasa
Paysages grandioses, scènes pittoresques ou traditionnelles, portraits mélancoliques, intérieurs dépouillés et chaleureux, mais aussi vues urbaines. Ce très beau livre explique, décrit, souligne, enchante. Nous en met plein la vue. Et même interroge utilement les interactions entre les artistes du Nord de l’Europe et ceux du centre de celle-ci.
En fin d’ouvrage, les deux auteures conviennent d’une actualisation indispensable en soulignant l’apport récent à l’art mondial d’un Olafur Eliasson.
La beauté infinie des lacs finlandais
Espaces, frontières, identités, visions. Entre absence et présence, images du corps à l’appui. Du vitalisme au dandysme, de la sensualité au désir. Des topographies aux espaces intérieurs. De la forme et de l’absence de forme à l’abstraction.
⇒ La peinture nordique | Katharina Alsen et Annika Landmann | Citadelles & Mazenod, 305 pp., 89 €