Si tout le monde est égal devant la mort, il arrive que la postérité ait ses préférences.

Prenez Vaneau et Papu. Louis Vaneau naît à Rennes le 27 mars 1811. Il entre à 18 ans à Polytechnique. Sa fiche d’élève signale qu’il mesure 1,62 m, est « châtain », a le « visage ovale » et le nez « gros ».

La révolution gronde

Comme beaucoup de ses camarades sous la Restauration, Louis Vaneau est opposé au roi Charles X. L’école a été fondée récemment (1794) et a été militarisée en 1804 par Napoléon. Autant dire que le nouveau souverain ne porte pas les idées libérales des polytechniciens dans son cœur. Cette inimitié atteint son point d’orgue le 25 juillet 1830, lorsque le monarque publie ses « ordonnances réactionnaires » qui rétablissent la censure de la presse et réservent le droit de vote aux grands propriétaires fonciers.

Les Parisiens s’insurgent. La révolution de Juillet gronde. Les polytechniciens acquièrent une grande popularité en combattant aux côtés du peuple. À tel point que, selon la légende de l’école, des petits malins empruntaient leur uniforme pour s’attirer un peu de prestige. Les « vrais » qui les croisaient leur posaient des questions mathématiques complexes, histoire de vérifier. Gare à qui ne pouvait répondre !

Balle dans le front

Le 29 juillet, une cinquantaine d’élèves se joignent à des ouvriers avec pour objectif de s’emparer de points stratégiques, dont la Caserne de Babylone. Vaneau charge en tête. Un défenseur tire. Balle dans le front. On le transporte à l’hospice. Trop tard. Il est mort. L’enterrement a lieu le 31 juillet 1830 au cimetière du Montparnasse avec les honneurs militaires. Il y repose toujours. Le souvenir de la bravoure du jeune Rennais est entretenu depuis lors par son école, qui fleurit sa tombe tous les ans durant le XIXe siècle.

La cour principale et l’hymne de Polytechnique portent son nom. De même qu’une rue voisine de la caserne de Babylone et une station de métro toute proche. Voilà un élève de l’X que l’Histoire n’a pas barré d’une croix.

Statue

À Rennes, il existe aussi une rue Vaneau. Elle croise la rue Papu au niveau d’un pont désormais fermé. Ce carrefour a ses raisons. Nicolas-François Papu est né le 10 avril 1801. Fils d’un dentiste de Rennes, il est lui-même étudiant en médecine quand il prend part aux événements de juillet 1830. Membre d’une société secrète paramilitaire, il est tué la veille de la mort de Vaneau, place de Grève à Paris.

Personne ne chante son nom qui n’orne aucun métro, perdu qu’il est parmi 503 autres sur les tables du Panthéon dédiées aux morts de ces journées de révolte. Papu ne connaissait pas son concitoyen Vaneau. Mais dans le parc du Thabor se dresse une colonne sculptée par Jean-Baptiste Barré, surmontée d’une statue. En une inscription, elle réunit les deux Rennais au même destin tragique : « Vaneau/Papu/Morts pour la Liberté ».