Expire machine
Il est 16 h. Un peu tôt pour une première bière. Un peu tard pour un dernier café. Qu’à cela ne tienne, on enfile un demi de mousse, histoire de voir si ça marche vraiment cet éthylotest venu du pays du houblon qui ressemble à une « punching machine ». Sauf qu’au lieu de taper dans un ballon pour mesurer sa force, on prend son souffle et on expire dans une paille en carton jetable reliée à un capteur. Verdict ? 0,16 g/l. Pas dans le rouge, mais un petit orange quand même.
Un dernier pour la route ?
Malgré un taux -0,16- bien loin des 0,5 g/l réglementaire, la machine prévient : « La conduite n’est pas recommandée (…). Le choix le plus sûr est de ne pas prendre le volant après avoir consommé de l’alcool. » Un message tempéré par trois icônes qui indiquent que l’on peut néanmoins conduire, que l’on encourt une sanction de… 0 € et qu’il nous reste très exactement 1 h 08 avant de retomber à zéro gramme.
Jeu d’enfants
Le serveur du Melting pot l’assure, l’éthylotest est surtout utilisé comme un jeu. C’est qu’avec son allure de mini-flipper, la flinebox ressemble davantage à un jeu d’arcade qu’à un père fouettard qui taperait sur les doigts de fêtards irresponsables. « Avec cet outil, le but est de démocratiser le fait de souffler, explique Antoine Cardon, délégué général chez Prévention et modération. Habituellement, on souffle quand un policier nous le demande, c’est contraint. Là, on est sur une démarche volontaire qui permet de contrôler sa consommation et éventuellement d’organiser son retour. »
Vélo trotro auto
Un éthylotest en plein centre de Rennes. L’idée a de quoi faire sourire. Qui vient encore faire la fête dans les bars de la capitale bretonne pour repartir en voiture ? Pas grand monde en réalité. Reste que la flinebox, louée 3 000 € par an par l’association Prévention et modération, ne s’adresse pas qu’aux bagnolards. L’écran d’accueil interpelle aussi les utilisateurs de vélo, de trottinette et de scooters. « Prendre le vélo alcoolisé, c’est aussi dangereux qu’en voiture », rappelle Antoine Cardon.
Trois bars volontaires
Le Melting Pot, le Delirium et le 1988 live club. Ce sont les trois établissements qui ont accepté, par le truchement de l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie), de se livrer à la deuxième phase de l’expérimentation de la flinebox qui se déroule depuis octobre à Rennes, Lille, Nantes et Paris. Elle prendra fin en janvier. L’été dernier, la première phase, en région Paca, avait permis de déployer plus de 18 500 tests.
Flinebox, made in Belgique
Inventée par l’entreprise belge Fline, la flinebox est un éthylotest interactif agrémenté de plusieurs fonctionnalités. Elle permet notamment d’estimer l’amende potentielle en cas de dépassement du seuil légal d’alcoolémie au volant, ou encore d’indiquer le temps nécessaire à une remise à zéro du niveau d’alcool dans le sang. Fline a vu le jour en 2019. Elle a reçu le prix européen de la sécurité routière dans la catégorie Conduite sous influence et/ou distraction en octobre. La société d’une dizaine de salariés commercialise aussi la « flinebooth », adaptée aux gros événements comme les festivals.
Qui est Antoine Cardon ?
« Nous voulons démocratiser le fait de souffler, insiste Antoine Cardon, délégué général à l’association Prévention et modération, émanation des Brasseurs de France, de la Fédération française des spiritueux et de la Fédération française des vins d’apéritif. En France, il n’y a pas suffisamment de prise de conscience sur l’alcool au volant. » Malgré une baisse des accidents mortels liés à l’alcool (-7,5 % en 2024 par rapport à 2023), la conduite en état d’ivresse a occasionné, en 2024, un accident mortel sur cinq.