Lors d’un entretien accordé à Sabrina Shaitia,
l’animateur emblématique de M6
s’est exprimé sans détour sur
une époque qu’il décrit comme beaucoup moins encadrée
qu’aujourd’hui. Censure, langage, place des femmes et comportements
en interne : Julien Courbet dresse un état des lieux contrasté d’un
milieu profondément transformé.

Une télévision plus verrouillée, un ton désormais
surveillé

Julien Courbet commence par rappeler le cadre très strict qui
entourait la parole à l’antenne dans les années 90. À l’époque,
selon lui, « dans les années 90 il était hors de question de
laisser passer un ‘merde’, c’était tout de suite coupé ». Le
vocabulaire était contrôlé et toute sortie de route rapidement
sanctionnée. Toutefois, l’arrivée de nouvelles figures a
progressivement fait évoluer les usages.

L’animateur
cite notamment Cyril Hanouna
, estimant qu’il a contribué à
changer les codes en assumant un langage plus familier : « Il
s’est mis à parler en argot, et en ce sens, il a ouvert des
portes. »

Aujourd’hui, le contexte est très différent. Julien Courbet
insiste sur la
vigilance permanente qui s’impose désormais aux animateurs
.
« Ce n’est pas qu’on ne peut plus rien dire, c’est qu’il faut
faire attention maintenant », explique-t-il, évoquant une
société plus procédurière et l’influence croissante des réseaux
sociaux. Selon lui, la moindre phrase peut désormais déclencher une
polémique immédiate.

Compliments, polémiques et nouvelles lignes rouges


L’animateur de Ça peut vous arriver
illustre ce changement par
une expérience personnelle. Après avoir complimenté une invitée à
l’antenne, il dit avoir fait face à de nombreuses critiques.
Certaines réactions dénonçaient une forme d’objectification :
« On n’est pas de la viande, on n’est pas la foire aux
bestiaux. »

Julien Courbet reconnaît que ces remarques l’ont conduit à
adapter sa manière de s’exprimer. « On m’a dit d’éviter de dire
à une femme qu’elle est jolie parce que ça peut choquer, et ça,
c’est dur. » Pour lui, cette évolution n’est pas liée à une
interdiction de principe, mais à un climat général plus attentif
aux perceptions et aux ressentis. Les réseaux sociaux jouent ici un
rôle central, amplifiant chaque séquence et accélérant les
réactions. « Ce qui a tout changé, ce sont les réseaux sociaux.
Aujourd’hui, tu dis un mot de travers… « , résume-t-il.

Des coulisses autrefois sans
garde-fous

C’est toutefois sur l’ambiance interne des sociétés de
production que Julien Courbet se montre le plus direct. Il décrit
les années 90 comme une période « complètement débridée ».
Selon lui, si des caméras avaient filmé les comportements de
l’époque, « je peux te faire une liste de 600 personnes qui
seraient en prison aujourd’hui « .

Il évoque notamment des attitudes qu’il juge aujourd’hui
inacceptables : « J’avais des journalistes qui m’appelaient
“p’tit cul”, des femmes qui me mettaient la main aux fesses en me
parlant, alors que j’étais leur patron ! »

Les blagues sur le physique étaient courantes et rarement
remises en question. Désormais, les chaînes vont jusqu’à organiser
des formations pour sensibiliser les équipes à ces sujets. L’usage
de surnoms est, par exemple, identifié comme pouvant relever du
harcèlement.

Julien Courbet conclut en soulignant la fin d’un « machisme
niveau Champions League » et la disparition de certaines
figures féminines cantonnées à des rôles décoratifs. S’il admet
qu’ »on s’amusait plus dans l’ancien », il affirme accepter
les règles actuelles et la fin d’une époque marquée par
« beaucoup plus d’insouciance ».