L’agence anticorruption ukrainienne accuse plusieurs députés d’appartenir à un réseau criminel. Tandis que de vieilles affaires refont surface, la transparence politique du pays semble de plus en plus compromise.

Le timing est pour le moins délicat. À peine Volodymyr Zelensky a-t-il pris l’avion pour la Floride, où il doit rencontrer Donald Trump ce dimanche 28 décembre afin de discuter d’un cadre de paix avec la Russie, que le Bureau national anticorruption (NABU) révèle, ce samedi 27 décembre, l’existence d’un « groupe criminel organisé comprenant des membres actuels du Parlement ». Ces députés recevraient « systématiquement des avantages illégaux pour voter à la Rada », le Parlement ukrainien, explique l’AFP.

Les enquêteurs ont tenté de perquisitionner des bureaux de comités parlementaires à Kiev, mais les forces de sécurité les en ont empêchés. Le NABU a immédiatement qualifié cette obstruction de « violation directe de la loi ». À ce stade, aucune arrestation n’a été annoncée dans cette affaire.

Ce scandale éclate au lendemain d’une attaque russe massive avec des centaines de drones et missiles ayant privé d’électricité et de chauffage une partie de la capitale.

Le choc du précédent détournement chez Energoatom

L’affaire rappelle un scandale plus ancien qui a directement touché la présidence. Un vaste système de détournement présumé de près de 100 millions de dollars a été découvert en novembre dernier chez l’opérateur nucléaire public Energoatom. Un proche de Volodymyr Zelensky est aujourd’hui en fuite à l’étranger. Ce scandale a engendré la démission de deux ministres ainsi que celle d’Andriy Yermak, le puissant chef de cabinet présidentiel, surnommé « Ali Baba » par les enquêteurs. Yermak, négociateur privilégié avec Washington, était considéré comme le bras droit du président ukrainien.

Cette enquête, la plus importante du mandat de Zelensky, a mis en lumière des mécanismes profonds hérités de l’ère post-soviétique, où la corruption forme parfois une véritable institution sociale, avec ses règles et justifications propres.

Un mal endémique difficile à éradiquer

La corruption reste un problème structurel en Ukraine, même après l’invasion russe de 2022. De multiples affaires ont été révélées, y compris dans l’armée et le secteur de la défense. Malgré l’existence du NABU et d’un parquet spécialisé (SAP), les enquêtes se traduisent rarement par des condamnations définitives. Les militants anticorruption dénoncent des pressions politiques constantes et un harcèlement judiciaire visant à freiner leur action.

Ce nouveau dossier au Parlement intervient au moment où Kiev a le plus besoin de crédibilité auprès de ses alliés occidentaux. Il souligne que, malgré les institutions créées sous pression internationale, le chemin reste long pour transformer des pratiques profondément ancrées, souvent perçues localement comme une façon normale de contourner un système défaillant.