Relance budgétaire, diversification face aux États-Unis, petites valeurs délaissées… Un gestionnaire de fonds explique pourquoi, contre toute attente, l’Europe peut être le bon pari boursier de 2026.

La croissance américaine est repartie à la hausse, à 4,3 % en rythme annualisé au troisième trimestre 2025. Une performance impressionnante qui pourrait renforcer la pondération des marchés américains dans l’économie mondiale – jusqu’à 70 %, par exemple, de l’indice MSCI World. Les marchés européens sont, quant à eux, historiquement moins rentables que d’autres : 7,79 % de croissance annuelle pour le Stoxx Europe 600, contre 10,93 % pour le S & P 500.

Et pourtant, selon Benjamin Melman, directeur des investissements du groupe Edmond de Rothschild Asset Management, miser sur l’Europe en 2026 aura des avantages. L’expert estime que le Vieux Continent peut tirer son épingle du jeu grâce à une relance budgétaire soutenue et ce malgré le doute qui subsiste quant à une bulle de l’IA.

Les États vont soutenir la croissance des économies européennes

Premier avantage du marché européen : la vigueur de la relance budgétaire en cours, à commencer par le plan de relance allemand, qualifié de « bazooka budgétaire », sous la forme d’un fonds de 500 milliards d’euros. « Ce plan va soutenir la croissance et porter ses fruits, notamment au deuxième semestre », explique Benjamin Melman.

Le réarmement à l’échelle européenne devrait produire le même effet. « Et il y a toujours le plan NextGenerationEU pour doper les économies périphériques, comme celles de l’Espagne ou de l’Italie. Cela va amener des investissements publics plus élevés, donc de la croissance et de la demande », complète-t-il. D’autant que ce plan, contracté en 2020 et doté de 750 milliards d’euros, n’est pas complètement décaissé : fin 2023, 32 % de cette somme avait été fléchée vers les États membres.

Le marché américain pourrait vivre une bulle…

Benjamin Melman l’affirme : il ne s’agit pas d’investir en Europe uniquement pour échapper au marché américain. « Notre idée, c’est de constater une convergence mondiale des croissances : il y a une forme de “broadening”, ou d’élargissement, qui se réalise déjà aux États-Unis. »

La hausse des valorisations n’y est plus portée uniquement par les « Sept Magnifiques » de la tech américaine (Apple, Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla) : le reste des 493 entreprises du S & P 500 contribue de nouveau à la performance. En outre, l’expert identifie des freins sur le marché de l’IA : une pénurie d’énergie et des restrictions sur le marché du crédit. Deux tendances qui interrogent les perspectives d’un secteur très valorisé – et incitent à regarder ailleurs.

… et la diversification devient donc fondamentale

Ce constat est d’autant plus important que l’un des principes fondamentaux de l’investissement en Bourse reste la diversification. « On plaide pour une bonne diversification internationale », confirme Benjamin Melman, qui évoque notamment un intérêt pour le Japon, aux côtés de l’Europe, afin de diversifier les portefeuilles.

L’économie mondiale connaît par ailleurs des tensions commerciales qui rendent la diversification à la fois encore plus nécessaire et encore plus complexe, les marchés étant de plus en plus corrélés entre eux. « On observe une fragmentation du monde, et donc des risques spécifiques à chaque marché. En ce moment, le risque sur l’Europe nous paraît plus faible que d’habitude, même si des accidents peuvent survenir, par exemple si la coalition allemande tombe ou si un événement géopolitique se produit », souligne-t-il.

Les marchés de capitaux pourraient enfin s’unir

C’est encore du côté de l’Allemagne que Benjamin Melman identifie un signal encourageant : l’arrivée de Friedrich Merz au poste de chancelier pourrait accélérer l’adoption d’une Union des marchés de capitaux, très attendue pour dynamiser les investissements financiers. « L’Allemagne était réfractaire aux marchés de capitaux, mais sa position est en train d’évoluer, car Friedrich Merz a appelé de ses vœux une Bourse européenne – et jusqu’ici, il a fait ce qu’il a dit », détaille-t-il.

La France, elle, est particulièrement favorable à la mise en place de cette réforme, qui constitue l’une des recommandations majeures du rapport rendu en septembre 2024 par Mario Draghi. « Et si la France et l’Allemagne sont unies, on redonne vie à cette idée : sans dépenser davantage, on peut relancer la croissance européenne par des réformes structurelles », poursuit l’expert. L’objectif : attirer davantage d’investissements vers les entreprises européennes en levant les barrières réglementaires.

Les actions européennes ont déjà repris de la valeur

De quoi prolonger une tendance déjà à l’œuvre. Les actions de la zone euro ont progressé de 22 % en 2025, mais cette hausse n’est pas liée, pour l’essentiel, à une amélioration des fondamentaux économiques. « L’indice MSCI World est en hausse de 18 % en 2025, dont seulement 3 à 4 % proviennent de la croissance des bénéfices ou des rachats d’actions. Les deux tiers restants viennent d’une réévaluation par les investisseurs, dans l’espoir que l’Europe aille mieux », analyse Benjamin Melman, qui voit cette dynamique se poursuivre. Avec, en prime, une croissance des bénéfices d’environ 10 %, portée par un dollar stabilisé et donc un taux de change moins pénalisant.

La BCE devrait maintenir ses taux

Sur le plan monétaire, il estime également que la stabilité devrait prévaloir en Europe. « Le débat sur l’inflation européenne est surfait. Les vrais défis, ce sont la montée en puissance de la Chine dans le secteur manufacturier, dominé jusqu’alors par l’Allemagne, les droits de douane liés aux États-Unis, ainsi que les tensions avec la Russie. Dans ce contexte, une remontée des taux directeurs… on n’y croit pas », explique Benjamin Melman.

À l’inverse, aux États-Unis, l’inflation se montre plus persistante, tout comme la pression exercée par la Maison-Blanche sur le président de la Réserve fédérale des États-Unis, Jerome Powell. Les taux pourraient donc s’y révéler plus instables.

Les petites valeurs européennes ont un fort potentiel

Enfin, l’Europe dispose d’un important relais de croissance dans les petites valeurs. « Si la bulle de l’IA se retourne, tout ce qui était à la mode va se retourner. Les petites et moyennes valeurs, c’est-à-dire les small et mid caps, n’étaient pas en vogue. Leurs bénéfices ont été moins dynamiques ces dernières années, mais ces valeurs sont aujourd’hui clairement délaissées par les marchés », affirme Benjamin Melman.

Ce sont précisément ces entreprises qui pourraient bénéficier d’une Union des marchés de capitaux. « Les primes d’illiquidité et les frais vont se comprimer. Aujourd’hui, elles dépendent trop du financement bancaire, et il y a un potentiel de croissance à libérer via les marchés », conclut l’expert.