La première saison de Vince Gilligan s’est conclue cette semaine sur Apple TV. De “The OA” à “Better Call Saul” en passant par “Poupée russe” et “Larry et son nombril”, voici quinze séries qui devraient vous plaire si vous avez aimé “Pluribus”.

Rhea Seehorn, à droite, a joué aussi dans le reboot de « The Twilight Zone », une série proche de « Pluribus ».

Rhea Seehorn, à droite, a joué aussi dans le reboot de « The Twilight Zone », une série proche de « Pluribus ». Photo Robert Falconer/CBS Television Studios/Genre Films/Monkeypaw Production

Par Michel Bezbakh, Pierre Langlais, Marjolaine Jarry, Caroline Veunac, Marion Sergent, Marie Telling

Publié le 27 décembre 2025 à 18h00

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C‘est la série la plus regardée de la plateforme Apple TV, c’est aussi celle qui nous a le plus passionnés et interrogés ces derniers mois. Réflexion sur le deuil et la solitude, questionnement sur l’individualisme et la société de service, tour de force formel et scénaristique…, Pluribus est une œuvre ovni et une bouffée d’air frais dans un paysage sériel de plus en plus formaté. Sa première saison s’est conclue cette semaine et si, comme nous, le programme de Vince Gilligan vous manque déjà, voici quelques suggestions de visionnages qui devraient combler le vide laissé par Carol et Manousos.

“The Leftovers” « The Leftovers », une série créée par Damon Lindelof et Tom Perrotta en 2014.

« The Leftovers », une série créée par Damon Lindelof et Tom Perrotta en 2014. Photo P. Schiraldi/HBO/Warner Bros

Un matin comme les autres, 2 % de la population mondiale disparaît. Le sujet qui taraude la série de Damon Lindelof ? Pas tant le sort des disparus que celui de ceux qui restent. Qui sommes-nous quand ceux que nous aimions ne sont plus ? Sublime plongée dans les profondeurs du deuil, cette fresque en trois saisons sera votre prochain horizon si rien, au cœur du foisonnement d’interprétations suscitées par Pluribus, ne vous a autant ému que l’abyssale solitude de son héroïne, qui n’a pas seulement perdu sa compagne mais la majorité de l’humanité, fondue en une très flippante entité unanime. Or Carol, romancière de son état, est bien placée pour le savoir : « je » est un autre. Ceux qui ne craignent pas d’être un peu plus bouleversés encore trouveront dans The Leftovers une réflexion poignante sur les liens humains et une ode à ces histoires qui nous rassemblent, au-delà de nos différences. — M.J.

s Disponible sur HBO Max.

“The Good Place” Extrait de la saison 1 de « The Good Place » avec Kristen Bell, Ted Danson et Jameela Jamil.

Extrait de la saison 1 de « The Good Place » avec Kristen Bell, Ted Danson et Jameela Jamil. NBC/Fremulon/3 Arts Entertainment/Universal Television

Envoyée par erreur au paradis alors que son CV moral est loin d’être parfait, l’égoïste Eleanor (Kristen Bell) va devoir apprendre à penser aux autres — et à penser tout court — pour conserver sa place au ciel. Sous ses airs légers et ses couleurs acidulées, la comédie du créateur de Parks and Recreation et Brooklyn Nine-Nine pose au moins une question philosophique par épisode. Eleanor est renvoyée à son cynisme par la gentillesse parfois excessive des autres, et on s’interroge avec elle sur le bon endroit où placer le curseur. S’adoucir sans devenir un ectoplasme : le défi ressemble beaucoup à celui de Carol dans Pluribus. — Caroline Veunac

q Disponible sur Netflix.

“Poupée russe” Le personnage de « Pluribus » rappelle celui de « Poupée russe », avec Natasha Lyonne.

Le personnage de « Pluribus » rappelle celui de « Poupée russe », avec Natasha Lyonne. Netflix/3 Arts Entertainment

Une héroïne un peu revêche confrontée à un phénomène surnaturel qui remet en question toutes ses certitudes existentielles ? Nadia, l’(anti) héroïne de Poupée russe, a pas mal de choses en commun avec Carol — à commencer par un humour noir sur lequel elle peut toujours compter en temps de crise. Cette New-Yorkaise, brillamment interprétée par Natasha Lyonne, se retrouve bloquée dans une boucle temporelle, contrainte de revivre encore et encore la soirée de ses 36 ans, qui se conclut toujours par la même issue : sa mort. Comme pour Carol, la solution se trouve peut-être dans son alliance avec une autre âme solitaire victime du même phénomène. — Marie Telling

q Disponible sur Netflix.

“Lost” Les personnages de « Lost » sont eux aussi confrontés à la catastrophe.

Les personnages de « Lost » sont eux aussi confrontés à la catastrophe. Touchstone TV/ABC

Quand on entend Carol Sturka parler des « autres » pour désigner l’humanité unifiée, on ne peut s’empêcher de penser à ce sommet des années 2000 — c’est ainsi qu’on y appelait le groupe menaçant la tranquillité des survivants du vol Oceanic 815. Autre mystère métaphysique et fantastique poussant à imaginer les théories les plus folles, Lost est aussi un des premiers blockbusters mondiaux à avoir réuni des personnages venus des quatre coins du monde, parlant plusieurs langues. Mais, comme Pluribus, ce qui fait sa puissance restera la fragilité de ses héros aux vies à vif, confrontés à eux-mêmes face à la catastrophe. — Pierre Langlais

q Disponible sur Disney +.

“Larry et son nombril” Larry David dans « Curb Your Enthusiasm », en français « Larry et son nombril ».

Larry David dans « Curb Your Enthusiasm », en français « Larry et son nombril ». HBO

Dans Pluribus, Carol est une femme désabusée, qui écrit des romans à l’eau de rose pour un public qu’elle méprise. Quand l’humanité entière devient gentille, elle choisit de se révolter. Comment aurait réagi Larry David dans une telle situation ? Ce bon vieux Larry, dont les mésaventures en douze saisons forment une saga au comique indépassable, n’aurait plus personne avec qui s’engueuler, plus personne à enfumer, plus aucun souci avec le directeur du club de golf ou avec Susie, la femme de son pote Jeff, qui tout à coup lui aurait apporté ses pantoufles. Ça ne l’aurait peut-être pas tant dérangé que ça… ou alors si, comme Carol. — Michel Bezbakh

r Disponible sur HBO Max.

“Breaking Bad” Avant « Pluribus », Vince Gilligan est l’auteur de la série « Breaking Bad ».

Avant « Pluribus », Vince Gilligan est l’auteur de la série « Breaking Bad ». Sony Pictures TV

Dès son premier plan — un véhicule lancé à pleine vitesse au milieu du désert — Pluribus rappelle son fameux prédécesseur. Même rythme lent, même goût pour les temps morts débordant de tension, même humour noir, même décor albuquerquois… Vince Gilligan est fidèle à sa grammaire narrative et visuelle. Son premier coup de maître est d’autant plus intéressant à (re) voir qu’il fait basculer un gentil du côté obscur, là où Carol Sturka, l’héroïne de Pluribus, résiste corps et âme à une invasion de gentillesse. — P.L.

s Disponible sur Netflix.

“Battlestar Galactica” « Battlestar Galactica », créée par Ronald D. Moore, d’après la série télé homonyme de 1978.

« Battlestar Galactica », créée par Ronald D. Moore, d’après la série télé homonyme de 1978. R&D TV

A priori, la formidable aventure spatiale de Ron D. Moore, métaphore de l’Amérique de l’après-11 Septembre, n’a pas grand-chose à voir avec Pluribus. Mais à y regarder de plus près, il y est aussi question d’une humanité menacée par des robots humanoïdes, les Cylons, organisés et décidés à mener à bien leur mission. Si la série de Vince Gilligan cache une réflexion sur l’IA et ce qu’elle fait peser sur l’individu, elle s’inscrit indéniablement dans l’héritage de BSG. Les « autres » de Pluribus pourraient d’ailleurs reprendre, au premier degré, la devise de ses survivants perdus dans l’espace : « So say we all »… — P.L.

r Disponible en VOD.

“Dark Matter” Dans « Dark matter », un prof de physique se retrouve coincé dans une vie qui sonne faux.

Dans « Dark matter », un prof de physique se retrouve coincé dans une vie qui sonne faux. Photo Matt Tolmach Product/Apple TV+

Presque comme Carol Sturka dans Pluribus, Jason Dessen (Joel Edgerton), un prof de physique de la banlieue de Chicago, se retrouve coincé dans une vie qui pourrait sembler normale, alors que tout sonne faux. En rentrant chez lui un soir, cet antihéros est enlevé par un homme masqué. À son réveil, tout a changé autour de lui, sa famille, sa vie professionnelle… Jason comprend qu’il évolue dans une autre version de sa propre vie. Et pour rentrer chez lui retrouver sa femme Daniela (Jennifer Connelly) et son fils Charlie (Oakes Fegley), il lui faudra accomplir un voyage fantastique et métaphysique. Qui nous plongera dans des abîmes de réflexions philosophiques sur nos choix et les multiples existences qui s’offrent à nous. — M.S.

r Disponible sur Apple TV.

“Severance” Le personnage principal de « Severance », joué par Adam Scott, cherche lui aussi à retrouver son individualité.

Le personnage principal de « Severance », joué par Adam Scott, cherche lui aussi à retrouver son individualité. Atsushi Nishijima/Apple TV+/Endeavor Content/Red Hour Films

L’autre carton public et critique d’Apple TV met en scène des personnages coincés dans un monde angoissant, souvent absurde, leurs cerveaux en quelque sorte confisqués par une puissance extérieure. Son suspense à très lente infusion est nourri, lui aussi, par une étrangeté tour à tour hilarante et glaçante. Le but de ses héros n’est pas si éloigné de celui de Carol Sturka dans Pluribus : se libérer en retrouvant leur individualité et dynamiter le système. Deux séries d’une infinie patience qui nous amènent à multiplier les pistes de réflexions existentielles et politiques. — P.L.

r Disponible sur Apple TV.

“La Quatrième Dimension” Vince Gilligan a nommé son héroïne Carol Sturka en référence au personnage central de l’épisode 14 de la première saison de « La Quatrième Dimension », sortie en 1959 : William Sturka (Fritz Weaver).

Vince Gilligan a nommé son héroïne Carol Sturka en référence au personnage central de l’épisode 14 de la première saison de « La Quatrième Dimension », sortie en 1959 : William Sturka (Fritz Weaver). CBS

Avec sa patiente mise en place, sa lente montée de l’étrangeté et sa chute terrifiante, le pilote de Pluribus aurait pu être un épisode de la Twilight Zone, anthologie surnaturelle culte de la télévision américaine – qui a connu un moins fameux reboot en 2019, dans lequel jouait Rhea Seehorn. Cette filiation est assumée par Vince Gilligan, qui a nommé son héroïne Carol Sturka en référence au personnage central de l’épisode 14 de la première saison de La Quatrième Dimension, sortie en 1959 : William Sturka (Fritz Weaver), un scientifique confronté à une apocalypse nucléaire imminente… — P.L.

r Disponible en VOD.

“Twin Peaks : The Return” Dans sa troisième saison, « Twin Peaks : The Return » s’interroge sur les origines du mal.

Dans sa troisième saison, « Twin Peaks : The Return » s’interroge sur les origines du mal. Showtime

Twin Peaks : The Return et Pluribus partagent plus qu’un amour des paysages désertiques et le caméo inattendu d’une bombe atomique. Comme Lynch, Gilligan préfère poser des questions qu’offrir des réponses. Dans cette troisième saison de Twin Peaks, diffusée dix-sept ans après la première, le réalisateur s’interroge sur les origines du mal, déconstruit les codes sériels et déjoue toutes nos attentes. Le résultat est un chef-d’œuvre monumental qui a redéfini ce qui était possible à la télé. — M.T.

s Disponible en VOD et dès le 8 janvier sur Arte.tv.

“Better Call Saul” « Better Call Saul », le spin-off de « Breaking Bad », a révélé l’actrice de « Pluribus », Rhea Seehorn.

« Better Call Saul », le spin-off de « Breaking Bad », a révélé l’actrice de « Pluribus », Rhea Seehorn. AMC/Sony Pictures Television

C’est ce spin-off de Breaking Bad qui a révélé Rhea Seehorn, extraordinairement juste, et des années plus tard, on ne comprend toujours pas pourquoi cette actrice est si rare. Elle y incarne Kim Wexler, avocate intègre et attachante qui fut longtemps l’unique bouée de James McGill, l’empêchant de se laisser totalement engloutir par la face sombre de sa personnalité. Quant à Vince Gilligan, son goût du détail, sa traduction de l’espace, la précision de son écriture donnent une œuvre exceptionnelle à tous points de vue, si bien que les fans préfèrent souvent cette série à celle qui l’a précédée. — M.Bz.

s Disponible sur Netflix.

“X-Files” Vince Gilligan a fait ses classes parmi les auteurs de « X-files ».

Vince Gilligan a fait ses classes parmi les auteurs de « X-files ». Photo Mark Seliger/Fox Broadcasting Company

On l’aurait presque oublié vu la richesse du reste de son CV, mais c’est dans la « writers room » de X-Files que Vince Gilligan a fait ses classes. À travers Pluribus, il renoue donc avec les grands mystères et les extraterrestres de cette expérience fondatrice. Outre les questions quasi mythologiques, la série culte des années 1990 séduit toujours autant grâce à son duo d’acteurs ultra charismatiques, ses intrigues addictives, son humour pince-sans-rire et son jeu avec les codes de l’horreur et de la science-fiction. — M.T.

Disponible sur Disney +.

“The OA” « The OA » partage avec « Pluribus » le goût des temps longs.

« The OA » partage avec « Pluribus » le goût des temps longs. Photo JoJo Whilden/Netflix

Rarement une série aura bousculé à ce point les codes narratifs sériels. Cet ovni cocréé par Brit Marling et Zal Batmanglij, décapité par Netflix avant d’avoir pu conclure son récit, partage avec Pluribus son goût pour le temps long et les silences. Elle fait aussi confiance à l’intelligence et à la patience des spectateurs. Sous son suspense étrange et sa tonalité souvent exaltée, elle propose une autre réflexion sur ce qui connecte les humains entre eux, sur l’individu et l’individualisme — moins satirique, beaucoup plus grandiloquente, mais pas moins passionnante. — P.L.

r Disponible sur Netflix.

“Le Prisonnier” Dans « Le Prisonnier », une série de 1967, les êtres humains sont réduits à des numéros.

Dans « Le Prisonnier », une série de 1967, les êtres humains sont réduits à des numéros. Incorporated Television Company

Une prison à ciel ouvert, pimpante comme un club de vacances, des haut-parleurs qui annoncent « Encore une merveilleuse journée au Village… » et des êtres humains réduits à des numéros qui ne voient pas le problème. Bienvenue dans la matrice de Pluribus. En 1967, Patrick McGoohan imaginait cette allégorie d’une tyrannie aseptisée dans laquelle il tenait aussi le premier rôle, celui d’un espion britannique démissionnaire qui n’a de cesse de vouloir arracher leur sourire figé à ces placides congénères et de perturber l’ordre établi de ce microcosme panoptique. Impossible de s’évader : ceux qui essaient se font rattraper par une grosse boule blanche et molle qui se charge de les asphyxier. Sensibles au sous-texte orwellien de Pluribus, vous devriez tomber sous le charme de cette série devenue culte qui avait déjà pressenti le caractère monstrueux de la logique algorithmique… Ou, comme le martèle son héros : « Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre ! » — M.J.

Disponible en DVD.

À SUIVRE…

Toujours plus de questionnements métaphysiques avec une série supplémentaire, malheureusement indisponible pour l’instant, mais dont on vous conseille de guetter la réapparition sur les plateformes.

“Mrs Davis” Betty Gilpin dans la série de science-fiction « Mrs Davis ».

Betty Gilpin dans la série de science-fiction « Mrs Davis ». Photo Colleen Hayes/Peacock

La série, cosignée par Damon Lindelof, met en scène les aventures vrombissantes d’une nonne à moto (Betty Gilpin), en croisade contre Mrs Davis, une intelligence artificielle doucereuse qui asservit l’humanité en lui chuchotant à l’oreille. Saine colère contre bienveillance lénifiante, appel à la résistance, fable métaphysique mâtinée de satire échevelée… Tout, dans cette jouissive comédie SF, inexplicablement passée sous le radar, fait écho à Pluribus, au point que les deux œuvres ont l’air de jumelles séparées à la naissance. Un excellent double programme qui prouve que, lorsqu’il s’agit de capter l’air du temps, les grands esprits se rencontrent. — C.V.

r Plus disponible pour le moment.