Par

Dorine Goth

Publié le

27 déc. 2025 à 8h30

L’essentiel

  • En mars 2026, Paris aura un ou une nouvelle maire, Anne Hidalgo (PS) ayant décidé de ne pas briguer de troisième mandat. L’enjeu majeur est identifié : la capitale basculera-t-elle à droite, après vingt-cinq ans de gouvernance socialiste ? À trois mois du scrutin, la gauche a entériné un accord inédit pour une union (hors LFI) dès le premier tour (15 mars) en se rangeant derrière Emmanuel Grégoire ; la droite apparaît toujours divisée.
  • Un élément plus technique pourrait aussi rebattre les cartes à l’issue du second tour (22 mars) : la réforme de la loi PLM, contestée, mais validée par le Conseil constitutionnel (lire l’encadré), et qui introduit pour la première fois depuis quarante ans un double scrutin.
  • Avant que les électeurs parisiens se prononcent, actu Paris a cherché à prendre la température auprès d’eux. En allant à leur rencontre, dans les allées des hauts lieux de la vie locale que sont les marchés, et en leur demandant ce qu’ils attendent vraiment des élections municipales, ce qu’elles doivent changer ou non dans leur vie de tous les jours. Dans le deuxième épisode de notre série, direction le 19e arrondissement.

Pour la majorité de ses habitants, le 19e arrondissement, on l’aime et on y reste. Quand il s’agit de parler de son quartier, Clara, 32 ans, commence par dresser une liste à la Prévert de ses atouts. « C’est un quartier cosmopolite, avec plein d’initiatives locales, qui n’est pas touristique mais qui a des pépites comme la Mouzaïa et les Buttes-Chaumont », énumère-t-elle. Installée depuis plus de dix ans dans ce quartier du nord-est de Paris, elle ne le quitterait pour rien au monde. Enfin si : le coût du mètre carré, qui ne cesse d’augmenter. « Impossible de louer autre chose qu’un studio ou d’acheter », regrette-t-elle.

À quatre mois des municipales de 2026, difficile pour elle de savoir quoi demander de plus. « Ah si, peut-être un vrai espace pour les chiens aux Buttes-Chaumont, comme à Monceau », finit-elle par lâcher, après avoir réfléchi de longues minutes. Un appel partagé par de nombreux propriétaires de canidés, contraints de tenir leur animal en laisse ce mardi 9 décembre 2025. Le 19e arrondissement de Paris serait-il un arrondissement presque parfait ? « Il y a toujours des choses à améliorer », sanctionne pragmatiquement Sihem, assistante maternelle.

Un quartier pas touristique mais moins propre

Sur le marché de la place des Fêtes, Danièle, habitante du quartier depuis 1989, abonde. « Je n’ai jamais songé à déménager. On a tout ce qu’il faut ici », partage la septuagénaire, qui vit à deux pas du marché, en direction de la butte du Chapeau-Rouge. À son bras, sa fille Sandra nuance. « Moi, j’y ai pensé pour aller vivre dans le 12e, c’est plus propre », confie-t-elle. Déficiente visuelle, la quadragénaire déplore le manque de propreté du quartier. « Ce n’est jamais très agréable de poser sa canne dans des crottes de chien ou des déchets. Il y a un manque d’investissement de la Ville de ce côté-là », déplore-t-elle.

« C’est vrai qu’on voit qu’ils ne font pas le même effort sur la propreté que dans les quartiers touristiques. C’est un peu le revers de la médaille », reconnaît Roxane lorsqu’on l’interroge sur le sujet. Sihem, poussette double à bout de bras abonde : « Avec les enfants, il faudrait que ce soit plus propre », appelle-t-elle.

Manque d’accessibilité

Sandra pointe aussi la question de l’accessibilité. Au sol, les bandes d’éveil à la vigilance, ou « fils d’Ariane », sont précieuses pour ses déplacements piétons. Et bien qu’elles soient présentes aux abords de la place des Fêtes, ces installations sont davantage un handicap qu’un atout. « Elles ont été mal faites. Elles sont trop profondes : résultat, la canne se coince dedans. Alors qu’autour de la Villette, elles sont parfaites. Donc quand ils veulent, ils peuvent », dénonce-t-elle.

Riverain du parc de la Villette, Julien, papa d’une petite fille d’un an en poussette, tacle lui aussi spontanément le manque d’accessibilité. « Ce serait bien qu’ils réparent les ascenseurs. Ils sont hors service depuis des mois », pointe-t-il. Ces derniers permettent d’accéder à la passerelle qui traverse le canal. En mars 2025, plus de la moitié des ascenseurs de l’espace public parisien étaient en panne.

« L’arnaque du tout cyclable »

À la terrasse de l’Écluse, le troquet qui fait face au marché Curial, José se verrait bien devenir maire du 19e arrondissement et dresse la liste de tout ce qu’il faudrait améliorer. Il étrille notamment « l’arnaque du tout cyclable ». « Je ne suis pas contre les vélos, mais il faut aussi laisser de la place aux voitures », plaide-t-il. Il se cite en exemple. Artisan dans la rénovation d’appartements, il « galère » à se garer et cumule les amendes. « Il faudrait au moins des places de stationnement réservées aux professionnels, comme pour les livraisons, afin de se garer à proximité de nos chantiers », argue-t-il.

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Un tournant dans la vie municipale

Depuis 1982, les élections municipales se déroulaient (à Paris, Lyon et Marseille) par arrondissement, et non pas à l’échelle de la ville. Les électeurs votaient pour une liste de conseillers d’arrondissement : une partie d’entre eux devenaient conseillers de Paris, et étaient alors chargés d’élire le premier édile. Avec cette réforme, les électeurs devront désigner séparément leurs conseillers d’arrondissement, qui éliront ensuite leur maire d’arrondissement, et leurs conseillers de Paris, qui éliront, eux, le premier édile. Le véritable changement sera en réalité l’abaissement de la prime majoritaire pour la liste arrivée en tête à l’issue des municipales. En clair : elle remportera non plus 50%, mais 25% des sièges au Conseil de Paris, le reste des sièges sera réparti quant à lui à la proportionnelle. Les différentes tendances politiques seront mieux représentées, mais la majorité peut s’en retrouver affaiblie.

Au bord du canal de l’Ourcq, la cohabitation entre piétons et cyclistes est également pointée du doigt. « Il faudrait réellement distinguer les flux pour que ce soit plus sécurisant pour les uns et les autres », propose Julien, lui-même adepte du deux-roues.

Le fléau du crack

Dans le quartier Rosa-Parks, la pépite se transforme en caillou. Après avoir un temps été cantonnée aux abords de Stalingrad, puis déplacée porte de la Villette, la scène du crack s’est installée depuis plusieurs mois le long du canal Saint-Denis. « Difficile de trouver un meilleur endroit où ils ne dérangent personne. À défaut d’une réelle politique d’accompagnement, j’ai du mal à voir ce qu’ils peuvent faire, à part repousser vers la petite couronne, ce qui est probablement le projet sur le long terme », observe Julien.

Sauf qu’aux abords, les habitants du quartier se sont montés en collectif pour dénoncer l’inaction des pouvoirs publics. « J’ai honte d’habiter dans ce quartier. Je n’ose plus sortir le soir ou inviter des amis », confiait Anaïs fin novembre 2025 lors d’une manifestation d’habitants. « Pour les familles, il faut trouver les aires de jeu qui ne sont pas squattées », raille José, avant d’ajouter : « Avec les élections, ils vont tous nous promettre de nous en débarrasser. Mais il n’y a pas de vrai plan. Je n’ai pas envie de voter pour des gens qui vendent du rêve. »

D’autant que l’homme confie avoir arrêté de voter depuis des années. « Tant que rien ne les oblige à respecter leur programme, je n’y crois plus », souffle-t-il.

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