Par

Zoe Hondt

Publié le

28 déc. 2025 à 6h04

Lundi 22 décembre 2025, un homme de 41 ans a été jugé en son absence au tribunal de Lille (Nord). Sous mandat de dépôt, il a refusé son extraction pour comparaître devant le tribunal. Dans cette affaire, il a été mis en cause pour détention non autorisée d’arme, usage illicite de stupéfiants et violences. La plainte de sa victime, en septembre dernier, a donné l’alerte et a permis de le confondre. Elle affirme avoir été violemment agressée au cours d’une soirée sur fond d’alcool et de drogues. La victime a récolté deux mois d’interruption totale de travail. Récit.

« Elle a eu un accident de trottinette » 

Le 24 septembre 2025, une femme d’une quarantaine d’années pousse les portes d’un commissariat de Lille. Elle souhaite déposer plainte contre un homme de 41 ans, qui l’aurait rouée de coups. Les faits se déroulent six jours plus tôt : alors qu’elle est avec des amis dans un squat, elle reconnaît un homme qu’elle n’avait « pas vu depuis dix ans ». Ils reprennent contact et discutent sur fond d’alcool et de drogues. Vers 23 heures, l’homme lui propose de « rejoindre une connaissance en commun », en voiture. Dans le véhicule, il s’énerve « assez rapidement » : il ne retrouve plus son téléphone et accuse sa passagère. Celle-ci réfute, vide son sac pour lui prouver, et propose de chercher à son domicile. Là-bas, l’homme revient bredouille, mais surtout plus agacé. La victime lui conseille alors de retourner chez leurs amis. Persuadé qu’elle ment, l’homme alcoolisé devient virulent et l’insulte. « S’il n’est pas là-bas, je vais te faire la misère. » menace-t-il à l’aide d’un « petit pistolet » sous son menton.

De retour au squat, les violences se poursuivent physiquement. L’homme la pousse et la gifle. Le téléphone n’est pas retrouvé. Le quadragénaire succombe à la colère et « s’acharne » sur la victime. Au sol, elle reçoit des coups jusqu’à en avoir le poignet et la main gauche cassés. Ses deux bras sont fracturés. « Je me suis vu mourir. Je pensais à mes enfants, je ne voulais pas qu’ils deviennent orphelins. » témoigne la victime en pleurs, devant le tribunal. Bras levé, elle affiche également sa « cicatrice chirurgicale de onze centimètres de long ». Selon le prévenu, ces blessures sont le résultat d’une chute : « Elle a eu un accident de trottinette. » Entendu par les policiers le 15 octobre dernier, l’homme de 41 ans a toujours nié les faits et accuse les « amis toxicos » de la victime. « C’est une fumeuse de crack, elle met tout sur mon dos. »

Chez lui, les forces de l’ordre trouvent du cannabis sous toutes ses formes et des outils pour le cultiver. « C’est pour mon potager. » explique le prévenu. Une carabine 22 long rifle, des cartouches, un chargeur et un petit revolver sont également récupérés. Pour sa défense, le prévenu déclare qu’il n’utilisait pas ces armes, et qu’il a acheté le revolver « à la braderie de Lille, il y a 15 ans ». Examiné par un médecin, l’homme dont le casier judiciaire est déjà bien rempli, est « irritable, impatient et un sevrage serait nécessaire ». Le prévenu a également rapporté souffrir d’une « tumeur cancéreuse au genou, d’un cancer du poumon et d’un angiome au foie à cause de l’alcool ».

« Le doute est le compagnon naturel de la justice »

« Quel est l’intérêt de mentir ? » scande l’avocat de la victime. Selon lui, la parole de sa cliente est « largement crédible ». Elle n’a « jamais changé de version », contrairement au prévenu : un « individu impulsif qui vrille complètement face à la frustration ». Compte tenu des blessures de la victime et de la durée de son interruption totale de travail, son avocat demande une expertise médicale pour estimer le montant des dommages et intérêts.

« La plainte ne fait pas la preuve. » Selon l’avocat de la défense, il n’existe aucune preuve d’un supposé contact entre le prévenu et la victime. Le téléphone de l’homme n’a pas « borné » sur les lieux. Le véhicule et l’arme n’ont pas été retrouvés, et aucun témoin confirme les propos de la victime. « Le doute est le compagnon naturel de la justice. » Il souhaite donc la relaxe du prévenu pour les faits de violence. Concernant les autres infractions imputées à son client, l’avocat souhaite du sursis probatoire. Il estime qu’un « cadre médical » serait plus « déterminant ».

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La procureure partage l’avis de l’avocat de la partie civile. Elle décrit un homme « dangereux », qui n’a pas su la convaincre avec ses explications. Elle requiert trois ans et six mois d’emprisonnement. Le tribunal se montre finalement plus sévère au regard « de la gravité des faits et des antécédents » du prévenu. Ce dernier a été condamné à quatre ans d’emprisonnement et a l’interdiction de détenir une arme pendant quinze ans.

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