Par

Inès Cussac

Publié le

28 déc. 2025 à 6h28

Il s’accroche à son « rêve », coûte que coûte, sans lassitude. « Faire des lieux culturels c’est toujours très long. Pour tous les cinémas qu’on a sortis, ça a mis dix ans à chaque fois », veut tempérer David Henochsberg. Le PDG du réseau de salles Étoile Cinémas garde la même ardeur malgré « les longueurs administratives » qu’il encaisse depuis qu’il a remporté le concours « Réinventer Paris » en février 2016. Bientôt une décennie que le projet Étoile Voltaire attend dans les cartons. L’ancienne sous-station électrique du 14 avenue Parmentier, dans le 11e arrondissement de Paris, doit devenir un complexe cinématographique. La réhabilitation est néanmoins suspendue en raison du recours contre le permis de construire. « On espère qu’elle puisse commencer en 2026. Après, ça ira très vite en un an ou un an et demi », estime David Henochsberg.

En attendant, quelques travaux d’aménagement ont déjà été menés et l’ouverture du tiers-lieu culturel baptisé Le Consulat Voltaire permet de ne pas figer l’édifice. « On fait déjà vivre le lieu avec Le Consulat depuis un an et demi. C’est un lieu social, inclusif, avec une pluralité dans la programmation », explique l’exploitant qui préfigure ainsi son projet aux yeux des habitants du quartier et de la mairie.

« Rien n’est remis en cause »

De 2016 à 2026, les versions de l’Étoile Voltaire n’ont pas varié, selon David Henochsberg. Seulement d’un point de vue technique pour proposer des outils modernes et actuels. « Rien n’est remis en cause, assure-t-il. Une fois les recours levés, on pourra se mettre en ordre de marche. » Les cinq salles de projection, dont une à double destination, et les 505 fauteuils sont toujours attendus. De même que les bureaux de la société des réalisatrices et réalisateurs de films (SRF), le restaurant de Thierry Marx et l’animation de La Bellevilloise.

D’un point de vue patrimonial, la façade industrielle de ce bâtiment de 1908 à la structure métallique de « style Eiffel » doit également être préservée. L’objectif pour Olivier Palatre, architecte de l’opération, est de « s’insérer sans impacter la trame structurelle ou la façade historique en promouvant des interventions 100 % réversibles ». Il en est de même pour la construction de l’extension au-dessus de l’édifice pour abriter la plus grande des salles de cinéma offrant une vue panoramique sur les toits et le ciel de Paris. Ce projet initialement estimé à 8,3 millions d’euros reste la propriété de la Ville qui le met à disposition pour un bail emphytéotique administratif de 40 ans.

Beaucoup d’argent consommé

Le groupe de David Henochsberg qui exploite plusieurs salles à Paris et en France, avait présenté les contours du projet en juin 2016 aux riverains. Mécontents, certains avaient alors créé une association nommée « Le 14 avenue Parmentier » pour dénoncer le dessein porté par Étoile Cinémas. Après avoir tenté de faire annuler la décision de la Ville d’attribuer la mise en œuvre par l’exploitant lauréat auprès du tribunal administratif de Paris, le collectif s’était fixé sur le projet de cinéma en lui-même auprès de la Commission nationale d’aménagement cinématographique (CNAC). Là encore, la tentative d’annulation de décision avait été rejetée. Aujourd’hui, c’est le permis de construire, bien que validé, qui est dans le viseur des irréductibles opposants. Le tribunal administratif doit désormais trancher quant aux recours qui ciblent le « Rocher Blanc », surnom donné à l’extension du bâtiment.

« Les recours retardent le projet, cela dure depuis dix ans mais je n’ai pas de lassitude », pose David Henochsberg. « Même si on a consommé beaucoup d’argent, c’est un projet qui me fait rêver. Je réalise mon rêve alors je me battrai jusqu’au bout pour le faire naître », promet l’entrepreneur qui risque de devoir à nouveau promouvoir son projet auprès de la mairie de Paris. « Qui dit période électorale, dit potentiellement nouvelle équipe municipale. Même si nous avons un bail pour 40 ans, le bâtiment appartient à la Ville de Paris, elle est donc intimement liée au projet. » Rendez-vous dans trois mois, ou pas.

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