Une offre adaptée, et moins de gâchis. Certains professionnels ont trouvé la parade et proposent désormais des menus plus légers et des portions largement restreintes.

«C’est simple, je n’ai plus faim. Souvent, je me prépare une salade histoire de dire que j’ai mangé, mais je pourrais très bien m’en passer», confie Christian qui, très gourmand, a toujours aimé les grands repas conviviaux et copieux, jusqu’au jour où il a commencé à prendre de l’Ozempic. Ce traitement contre l’obésité très populaire outre-Atlantique lui a fait perdre une dizaine de kilos et l’appétit. Aujourd’hui attablé dans un restaurant italien, ce soixantenaire bon vivant hésite désormais à commander une entrée plutôt qu’une pizza, chose impensable il y a encore quelque temps. De nouveaux réflexes face auxquels les professionnels de la restauration doivent s’adapter, au risque de perdre une clientèle toujours désireuse de bien manger, mais qui consomme différemment. Aux États-Unis, l’essor des traitements anti-obésité est tel, notamment au sein des foyers les plus aisés au fort pouvoir d’achat, que certains restaurateurs ont imaginé de nouveaux menus rien que pour eux.

«J’ai réalisé en sortant que les gens mangeaient beaucoup moins, un morceau par ci, une gorgée par là, et c’est tout», laissant de «grandes quantités» de nourriture dans leur assiette, raconte Aristotle Hatzigeorgiou, patron de cinq restaurants à New York. Face à ce constat, le restaurateur a eu une idée : un menu rétréci avec un petit burger, quelques frites et un petit verre d’alcool pour huit dollars. Très loin des autres options beaucoup moins légères de sa carte, comme ce burger à la fondue. Sans surprise, son menu resserré a rencontré un grand succès, affirme-t-il. Et lui ne saura jamais si cette nouvelle carte plaît aux clients sous traitement amaigrissant ou à ceux qui cherchent simplement à ne pas payer trop cher leur repas dans une ville au coût de la vie astronomique.


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Et tout le monde semble avoir pris le pli, y compris les chaînes bien connues de la restauration rapide. L’entreprise californienne Chipotle Mexican Grill a ainsi lancé cette semaine un «menu enrichi en protéines». «Avec l’essor des GLP-1 et l’intérêt croissant pour les macronutriments, le nouveau menu riche en protéines de Chipotle offre aux clients davantage de possibilités d’obtenir les protéines qu’ils souhaitent dans des portions adaptées à leurs besoins», a ainsi déclaré l’entreprise dans un communiqué. Preuve s’il en fallait une autre que les médicaments amaigrissants tels que Ozempic et Wegovy sont pris très au sérieux par les professionnels du secteur.

«Une vaste expérience humaine»

Le recours croissant à ces traitements produit une transformation des habitudes alimentaires dans le pays, relève Marion Nestle, professeure émérite de nutrition à l’Université de New York. «Quand, après avoir été l’un des grands plaisirs de la vie, la nourriture devient ton ennemie, cela change tout», analyse-t-elle auprès de l’AFP. Si les traitements GLP-1 s’accompagnent parfois d’effets secondaires désagréables, ils ont été «miraculeux» pour d’autres, ajoute-t-elle. Elle prévient néanmoins que les effets à long terme restent peu connus, physiologiquement mais aussi d’un point de vue social, voyant dans l’utilisation à grande échelle de ces produits «une vaste expérience humaine». Les habitudes de consommation des Américains vont-elles être bouleversées à tout jamais ? Seule l’histoire pourra le dire. La prise d’Ozempic ou de médicaments analogues restant à ce jour limitée aux États-Unis en raison de leurs prix très élevés.

Connus sous les noms d’Ozempic, Wegovy ou encore Mounjaro, ces traitements – récemment recommandés par l’OMS – sont utilisés par environ un Américain sur huit, selon un sondage en novembre du cercle de réflexion KFF spécialisé sur les questions de santé. En début de semaine, l’Agence américaine du médicament (FDA) a même approuvé une première version en comprimé du Wegovy, comme alternative aux injections. Les experts s’attendent même à ce qu’ils deviennent de plus en plus abordables. Un immense marché s’est ainsi ouvert pour satisfaire les besoins spécifiques des millions de personnes suivant ces traitements, qui créent une sensation de satiété en imitant une hormone gastro-intestinale.