Réunis dans la résidence Mar-a-Lago, à Palm Beach (Floride), dimanche 28 décembre, Donald Trump et Volodymyr Zelensky ont laissé paraître leur réjouissance – sincère ou de façade, la suite nous le dira. Selon les deux chefs d’États, les négociations à propos d’un accord de paix avec la Russie feraient l’objet de « nombreux progrès ».

De « grandes avancées » auraient, selon le président de l’Ukraine, été réalisées lors de cette réunion en présence de plusieurs hauts responsables des deux interlocuteurs. Ainsi, Volodymyr Zelensky l’a affirmé face à un parterre de journalistes : « 90 % » du plan de paix en vingt points, concocté par la Maison Blanche avec l’assistance du Kremlin, a été « approuvé ». Reste à s’accorder sur des « garanties de sécurité » pour l’Ukraine, ainsi que sur « un plan de prospérité », qui serait « en cours de finalisation ».

Une réunion des alliés de Kiev à Paris

« Ça a été une négociation très difficile », a quant à lui lâché le président états-unien. « Je ne veux pas dire quand, mais je pense que nous allons y arriver », a-t-il poursuivi, avant de proposer de venir s’exprimer devant le Parlement ukrainien. Ce dernier pourrait être appelé à se prononcer sur le plan de paix, sauf mise en place par Kiev d’un référendum sur la question.

Les dirigeants états-unien et ukrainien ont aussi indiqué que les négociations se poursuivront avec la Russie durant le mois de janvier. Le lendemain, c’est le président français, Emmanuel Macron, qui a pris la parole pour annoncer une réunion des alliés de Kiev, à Paris, au début du mois. Au même moment, Volodymyr Zelensky estimait, lors d’une conférence de presse en ligne, « le plan (de paix) devra être signé par quatre parties : l’Ukraine, l’Europe, l’Amérique et la Russie ». Le dirigeant en a aussi profité pour critiquer Vladimir Poutine, dont les agissements, via l’armée russe en Ukraine, ne correspondent pas à ses propos « pacifiques » auprès de Donald Trump

Malgré cet enthousiasme affiché depuis deux jours, plusieurs points de frictions restent à discuter. L’un des enjeux primordiaux de Kiev reste la région du Donbass. Alors que de nombreuses zones sont contrôlées par les troupes russes, les Ukrainiens refusent de retirer leurs troupes afin d’y créer une zone démilitarisée. Le nouveau document présenté ce week-end par la délégation ukrainienne laisse ainsi de côté cette exigence russe pour la mise en place d’une zone économique spéciale sous juridiction internationale.

« Disposer de garanties de sécurité dès le premier jour »

Volodymyr Zelensky a de son côté assuré que la Maison Blanche est alignée – voire « totalement d’accord », selon ses mots – sur les exigences de Kiev quant aux garanties de sécurité. Le président ukrainien jouait gros à travers la rencontre avec son homologue, soucieux surtout d’obtenir sa validation sur cette nouvelle version du plan de paix, présenté il y a près d’un mois.

La nouvelle mouture propose notamment un gel du front sur les positions actuelles sans offrir de solution immédiate face aux revendications territoriales de la Russie, qui contrôle environ 20 % de l’Ukraine. Les États-Unis ont proposé à l’Ukraine des garanties de sécurité « solides » pour une période de quinze ans prolongeable face à la Russie, a indiqué lundi le président ukrainien, ajoutant avoir demandé à Washington une durée plus longue.

« Je lui ai dit que nous voulons vraiment considérer la possibilité de trente, quarante, cinquante ans », a lâché Volodymyr Zelensky, précisant que Donald Trump lui avait assuré qu’il allait réfléchir à cette possibilité. L’obtention par Kiev de garanties de sécurité sera la condition pour la levée en Ukraine de la loi martiale – en vigueur depuis le premier jour de l’invasion russe de février 2022 -, a poursuivi le chef d’État. Lui et Donald Trump n’avaient pas, lors de leur point avec la presse, abordé ces points en profondeur, comme l’adhésion à l’Union européenne et, surtout, à l’Otan.

Après avoir échangé, quelques heures avant la rencontre, avec Vladimir Poutine, Donald Trump a assisté à un appel avec son homologue ukrainien et ses partenaires européens. Les dirigeants de l’Otan, de la France, de la Norvège, de l’Italie, de la Finlande, de la Pologne, du Royaume-Uni, de l’Allemagne étaient présents. « L’élément primordial de cet effort est de disposer de garanties de sécurité inébranlables dès le premier jour », a estimé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sur X.

« l’Europe et l’Union européenne sont devenues le principal obstacle à la paix »

Tandis qu’un sommet avec les dirigeants européens à Washington a été abordé, ces derniers ont insisté sur le maintien d’une pression forte contre Vladimir Poutine. Donald Trump a préféré affirmer que son homologue russe est tout aussi « sérieux » que Volodymyr Zelensky dans sa volonté de mettre fin au conflit.

Le Kremlin a, pour sa part, de nouveau appelé l’Ukraine à prendre « la décision courageuse » de se retirer de la partie orientale de la région de Donetsk qu’elle contrôle encore. « Il y aura des garanties de sécurité, a assuré Donald Trump. Elles seront fortes et les pays européens sont très impliqués. »

Pourtant « l’Europe et l’Union européenne sont devenues le principal obstacle à la paix », selon le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. « Bien sûr », a néanmoins répondu, lundi, à la presse, le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, lorsqu’on lui a demandé si Moscou partageait l’avis de Donald Trump. Jusqu’au prochain revirement.

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