Jordan Bardella et Marine Le Pen photographiés le 17 septembre 2025 à Paris

XOSE BOUZAS / Hans Lucas via AFP

Jordan Bardella et Marine Le Pen photographiés le 17 septembre 2025 à Paris

L’hommage honteux ? Le décès de Brigitte Bardot ce dimanche 28 décembre a déclenché une pluie de réactions et d’articles pour retracer sa gargantuesque carrière cinématographique et son militantisme en faveur de la cause animale. Plusieurs de nos confrères ont également rappelé les multiples condamnations de la muse de Roger Vadim pour des propos racistes, tout en mentionnant par ailleurs son soutien public au parti cofondé par Jean-Marie Le Pen dont elle épousa même un conseiller, Bernard D’Ormale.

20 Minutes par exemple évoque les « multiples facettes plus ou moins reluisantes » de la défunte, quand franceinfo titre sur « les polémiques » « homophobes et islamophobes » provoquées par Brigitte Bardot. De son côté enfin, Libération décrit sa « dérive vers la haine raciale » et rappelle que ses « saillies racistes » ont pu être « embarrassantes » dans son combat pour les animaux. Des articles parmi d’autres sur ces sites d’informations qui ont par ailleurs consacré de nombreux autres papiers à l’icône des années 60.

Visiblement c’en est déjà trop pour le Rassemblement national. Son président Jordan Bardella voit dans cette poignée de publications faisant écho à son engagement politique « une entreprise de méchanceté » de la part « d’une presse de gauche » qui serait bien « incapable de produire autre chose que de la haine recyclée ». Le député RN Bruno Bilde accuse, lui, la gauche de cracher « sur le repos des morts et le respect du silence, synonyme de décence », quand le président de l’UDR et allié de Marine Le Pen, Éric Ciotti s’agace que « même dans la mort, les défunts sont poursuivis par la haine et l’extrémisme ». Rien que ça.

Des rappels factuels trop gênants pour le RN ?

Des « insultes » qui suscitent l’étonnement du journaliste de 20 Minutes Fabien Randanne lequel insiste sur X avoir fait simplement son « boulot » en rappelant « factuellement, ses condamnations et prises de positions (qu’elle n’a jamais dit regretter) ».

Trop gênant pour un Rassemblement national qui mise toujours – et maladroitement comme Le HuffPost l’expliquait ici – sur une entreprise de dédiabolisation pour se hisser au pouvoir ? En 2019, Brigitte Bardot qualifiait de « population dégénérée encore imprégnée des coutumes ancestrales » les habitants de la Réunion où le RN est arrivé deuxième lors des élections législatives de 2024.

Au-delà de ces propos racistes pour lesquels elle fut condamnée, Brigitte Bardot avait également qualifié les personnes homosexuelles, dans un ouvrage en 2003, de « lopettes de bas étage, travelos (sic) de tout poil, phénomènes de foire ». Des propos homophobes pas vraiment en accord avec le changement de vernis bon teint que tente d’imposer le RN sur les questions de société. En tout état de cause, le parti ne manifestait pas autant de frilosité quand en 2012, BB invitait les maires de France à parrainer Marine Le Pen pour la présidentielle.

Ce n’est pas la première fois que les hommages aux défunts célèbres rattrapent le parti d’extrême droite. En janvier dernier, la mort de Jean-Marie Le Pen avait conduit le parti à une véritable entreprise de réhabilitation politique d’un homme lui aussi multicondamné notamment pour provocation à la haine, à la discrimination et à la violence raciale, et apologie de crimes de guerre, entre autres.