Publié le
29 déc. 2025 à 16h20
L’Agglomération Seine-Eure a franchi une étape importante en matière de mobilités. Jeudi 18 décembre, lors du conseil communautaire, les élus ont voté à l’unanimité l’acte de candidature au projet de Service express régional métropolitain (SERM), aux côtés de la Métropole de Rouen et de la Région Normandie. Objectif affiché : améliorer durablement l’offre de transports et réduire la dépendance à la voiture individuelle.
L’idée des SERM remonte à 2022, lorsque le président de la République a annoncé vouloir développer une sorte de « RER » dans une dizaine de métropoles françaises. Ces services express régionaux métropolitains visent à mieux relier les cœurs urbains aux territoires périphériques, grâce à des liaisons fréquentes, régulières et accessibles. Une ambition portée de longue date par les écologistes, qui militent pour des modes de déplacement plus vertueux et moins polluants.
Répondre à une forte demande de transports du quotidien
Une étude récente de Normandiscope souligne l’ampleur des besoins en Normandie : pour pouvoir se passer de la voiture, les habitants réclament des transports réguliers, une large amplitude horaire, des correspondances efficaces et des tarifs adaptés. Un enjeu de taille, quand on sait qu’une voiture coûte en moyenne 5 000 euros par an. Contrairement aux idées reçues, les déplacements aux heures de pointe ne représentent que 20 % des trajets : pour concurrencer réellement la souplesse de l’automobile, c’est l’ensemble de l’offre de service qui doit être renforcé.
Dans le département de l’Eure, l’offre ferroviaire reste limitée. Seules quatre gares – Bourgtheroulde, Val-de-Reuil, Pont-de-l’Arche et, en 2030, Louviers– permettent aujourd’hui de rejoindre Rouen par le train. Des travaux sont d’ailleurs prévus à la gare de Pont-de-l’Arche afin d’augmenter les dessertes. Pour Laëtitia Sanchez, deux gares supplémentaires mériteraient d’exister : celle de Gaillon et celle de Saint-Pierre-du-Vauvray « où près de 7 000 véhicules traversent chaque jour le pont de Saint-Pierre ».

Périmètre du service express régional métropolitain (SERM). ©commune de Saint-Pierre-du-VauvrayUn projet structurant à l’échelle métropolitaine
Concrètement, le SERM vise à renforcer les mobilités entre Rouen et les territoires voisins, avec des liaisons cadencées d’abord à l’heure, puis à la demi-heure, et à terme au quart d’heure. Le projet est étroitement lié à la future ligne nouvelle Paris – Normandie (LNPN) et à la création d’une nouvelle gare à Rouen, rive gauche.
Son périmètre est ambitieux : une « étoile » à cinq branches comprenant 67 points de desserte, ferroviaires ou routiers, dans un rayon de 40 kilomètres autour de la métropole rouennaise. L’objectif est que chaque habitant se trouve à moins de quinze minutes – à pied, à vélo ou en voiture – d’un point d’accès au réseau.
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Le coût global du projet est estimé à 1,6 milliard d’euros. Un investissement conséquent, pour lequel la Région Normandie, la Métropole de Rouen et l’Agglomération Seine-Eure affichent un certain volontarisme. En revanche, aucun engagement n’a, à ce stade, été pris par les Départements de la Seine-Maritime et de l’Eure.
Laëtitia Sanchez ne cache pas ses inquiétudes, notamment concernant le département de l’Eure. Elle déplore le manque d’intérêt pour le ferroviaire, citant l’abandon de la liaison directe entre Évreux et Rouen via Louviers : « Dans l’Eure, on préfère repasser les routes à 90 km/h et transformer les anciennes lignes ferroviaires en voies vertes ! » Elle pointe également un déséquilibre territorial :
Je peux concevoir que le département de l’Eure se sente un peu le parent pauvre du SERM, avec seulement trois dessertes ferroviaires contre 20 pour la Seine-Maritime. Le reste, ce seront des cars, pour aller à Bourg-Achard ou dans la vallée de l’Andelle. Autrement dit, la 3e classe pour les ploucs !
Laëtitia Sanchez
Financements et tensions politiques
Les incertitudes financières des collectivités, dans un contexte de baisse des dotations de l’État, constituent l’un des principaux points de blocage. L’ancien ministre des Transports, Philippe Tabarot, avait toutefois ouvert plusieurs pistes de financement, parmi lesquelles le versement mobilité des entreprises. Aujourd’hui fixé à 1,8 % sur le territoire rouennais et à seulement 0,8 % pour l’Agglomération Seine-Eure, « ce taux pourrait être relevé jusqu’à 2 % », estime Laëtitia Sanchez. Autre levier envisagé : une écocontribution poids lourds, destinée à taxer la pollution afin de financer des infrastructures de transport plus propres.
La question sensible des tarifs
Au-delà des infrastructures, la tarification reste un enjeu majeur pour les usagers. Aujourd’hui, le train demeure cher : un trajet Pont-de-l’Arche – Rouen, de moins de 25 kilomètres, coûte 4,40 €, tandis que Val-de-Reuil – Rouen, à peine plus long, atteint 8,80 €. Des écarts jugés dissuasifs pour un report massif vers les transports en commun.
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