La production de crémant de Bordeaux continue de croître en Gironde, et permet à certains viticulteurs de sortir la tête de l’eau. Exemple au domaine du Cassard, à Saint Ciers-sur-Gironde.
Au lieu de déboucher le traditionnel champagne du Nouvel An, pourquoi ne pas faire le choix du local ? On produit de plus en plus de crémant de Bordeaux en Gironde, un vin effervescent produit selon la méthode champenoise. L’AOC existe depuis plus de 30 ans, et aujourd’hui 2.000 hectares servent à la production de crémant en Gironde, contre 1.300 en 2022 : la croissance est bien là, car le pétillant fonctionne bien, même en pleine crise du monde du vin.
Du crémant de Bordeaux à l’Assemblée nationale
Au point que certains vignerons parient sur le crémant de Bordeaux pour redresser la barre. Dans la cave d’Eric Billières, du domaine du Cassard à Saint-Ciers-sur-Gironde, la moitié des vins sont des crémants de Bordeaux. Le vigneron a tout misé sur les bulles quand il a pris la suite de son père.
« En 2010, il y avait environ 2.500 bouteilles produites en méthode champenoise, raconte-t-il. Tout le monde se battait pour des vins rouges à 2,50 euros la bouteille, je trouvais ça dommage et je me suis lancé dans le crémant. » Aujourd’hui, il en produit dix fois plus.
Au fil des années, le crémant est devenu une planche de salut en pleine crise du vin. « Le vin rouge, c’est catastrophique, j’ai arraché huit hectares, se désole Eric Billières. Mais le crémant, ça continue, parce qu’il y a de plus en plus de très bons crémants : à l’Assemblée nationale ils consomment du domaine du Cassard ! »
De nouvelles parcelles plantées pour le crémant
Mais pas besoin de quitter la Gironde pour goûter ses bouteilles : on les retrouve à la carte du restaurant familial, le Millésime, près de l’église de Saint-Ciers-sur-Gironde. Quand les clients demandent du champagne, Eric et sa femme Mélanie leur proposent plutôt du crémant.
« Ils sont intrigués et ils veulent goûter, raconte Mélanie Billières. Ils trouvent que la bulle est vraiment très fine, et souvent ils repartent avec une caisse. » Plusieurs cartons sont entreposés sur les marches de la salle du restaurant. « On en ramène toutes les semaines, parce que ça part très vite ! », sourit-elle.
Le couple a même arraché des vignes pour replanter encore plus de parcelles dédiées au crémant.
« Un vin pétillant à moins de 15 euros, c’est imbattable »
Le crémant de Bordeaux est aussi de plus en plus demandé par les clients des caves girondines. « Les gens en demandent plus, en parlent plus, remarque Émilie Fourrier, responsable de la cave la Quvée, sur la rive droite de Bordeaux. Il y a des cépages hyper intéressants sur Bordeaux, c’est dommage de passer à côté des bulles. »
Le prix des bouteilles de crémant, bien inférieur à celles de champagne, fait aussi souvent pencher la balance : « Les gens vont vouloir le côté festif de la bulle, et le fait d’avoir un vin pétillant à moins de 15 euros, c’est imbattable », note-t-elle.
Aujourd’hui, selon l’AOC crémant de Bordeaux, 140 acteurs produisent du crémant en Gironde, et le crémant représente 3% de la production totale de vin dans le département. Mais beaucoup d’acteurs du secteur invitent à la prudence face à la croissance du crémant de Bordeaux, invitant notamment à limiter le nombre de producteurs pour ne pas faire monter les prix et provoquer une nouvelle crise.
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