Elle continuera à ouvrir ses portes tous les jours au moins jusqu’au 31 décembre 2027. Après plusieurs mois d’incertitude, c’est désormais gravé dans le marbre de la loi : l’existence de l’unique halte soins addictions (HSA) de la capitale, accolée à l’hôpital Lariboisière (Xe), est prolongée de deux ans. Idem pour sa jumelle de Strasbourg (Bas-Rhin).

En phase d’expérimentation depuis 2016, ces deux structures – surnommées « salles de shoot » par leurs détracteurs – ont bien failli mettre la clé sous la porte dès le 1er janvier 2026.

Prolongé, mais pas pérennisé

Toutes deux proposent à des consommateurs de drogue, souvent en grande déshérence, un cadre médical sécurisé pour s’injecter des substances psychoactives. Objectif : sortir la consommation de drogue de la rue, tout en proposant à un public précaire une première porte d’accès vers un parcours de soins et de réinsertion sociale.

Un dispositif test – déjà prorogé une première fois en 2021 – qui devait se terminer le 31 décembre 2025, avant un arrêt définitif ou une pérennisation. Soutenu par le gouvernement, un sursis de deux ans a finalement été acté in extremis dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS).

Cet amendement transpartisan (Liot-PS-Écologistes) avait déjà été adopté par l’Assemblée nationale et par le Sénat. Restait une inconnue : après avoir été retoqué une première fois par l’Assemblée nationale, le budget de la Sécurité sociale allait-il être voté dans sa globalité ? Le suspense a été maintenu jusqu’au vote final du 16 décembre, qui s’est joué à 13 voix près.

La fin de plusieurs mois d’inquiétude pour les deux Haltes soins addictions françaises, comme pour les usagers qui les fréquentent. Celle de Paris reçoit environ 350 visites chaque jour, qui donnent lieu à 250 à 300 injections. Sur place, des seringues propres et du matériel stérile sont notamment mis à disposition.

Pouvoir continuer à accueillir ce public précaire est « un vrai soulagement » pour Jamel Lazic et son équipe. « Même si on aurait voulu une pérennisation, soupire le chef de service de cette structure, gérée par l’association Gaïa. D’autant plus quand on voit que les Suisses ont commencé dès 1986 et qu’il y a de plus en plus de dispositifs partout en Europe et même aux États-Unis. »

« Toutes les études démontrent leur efficacité »

La pérennisation du dispositif est également réclamée par la Fédération addiction, qui a alerté ces derniers mois sur les « conséquences désastreuses » d’une disparition des sites parisien et strasbourgeois. Ce vaste réseau d’associations et de professionnels de l’addictologie appelle à inscrire les HSA « dans le droit commun sans attendre 2027, alors que toutes les études démontrent leur efficacité pour la santé publique et la tranquillité des quartiers ».

En dix ans, trois évaluations ont déjà été menées, dont une directement par les services de l’État. Toutes ont conclu aux effets globalement positifs de ces structures. Selon une source proche du dossier, les policiers s’inquiétaient, eux aussi, d’une fermeture de la salle parisienne. Avec, en toile de fond, la crainte de retrouver de multiples scènes d’injections à proximité.

Un dispositif qui divise

Les HSA continuent pourtant à diviser. À Paris, des riverains se mobilisent pour soutenir le lieu, quand d’autres y restent farouchement opposés, craignant un retour massif de la consommation de drogue dans la rue. Un clivage qui reste aussi très présent sur le plan politique.

Une grande partie de la droite, ainsi que l’extrême droite, reste vent debout contre ces salles. A contrario, la gauche milite pour l’ouverture d’autres structures de ce type, notamment dans les quartiers du nord-est parisien où la consommation dans la rue reste très présente. « Nous touchons aux limites de nos capacités d’accueil, nous confiait Jamel Lazic début décembre. Il y a des besoins dans d’autres quartiers comme Rosa Parks ou Eole (XIXe). »

Ce débat inflammable devra donc être tranché par l’État avant le 31 décembre 2027.