Plus surprenant : au niveau du quartier de Mériadeck et des jardins de la mairie, on trouvait un lac. « Plutôt un marécage », corrige Vanessa Elizagoyen, archéologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), qui travaille sur le Bordeaux antique depuis une quinzaine d’années. « On suppose qu’il s’est constitué à la fin du IIIe siècle à l’endroit où convergeaient plusieurs cours d’eau. Probablement parce que ceux-ci n’étaient pas entretenus et que l’écoulement n’était plus assuré. »

Sidérurgie sur 5 hectares

Peut-être à cause des déchets laissés par les artisans de ce quartier, spécialisé dans l’abattage des animaux. « En 2011, des fouilles ont mis à jour un atelier de traitement des peaux, de confection d’objets en cuir et de travail de l’os, explique Vanessa Elizagoyen. On se servait d’os pour fabriquer des charnières, des aiguilles ou des manches de couteau. »

Vanessa Elizagoyen, archéologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), qui travaille sur le Bordeaux antique depuis une quinzaine d’années.

Vanessa Elizagoyen, archéologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), qui travaille sur le Bordeaux antique depuis une quinzaine d’années.

Ch. L.

Et c’est toujours au bord de l’eau, dans l’ancien port, que d’autres fouilles ont mis à jour des entrepôts typiques d’une activité commerciale. « On y chargeait et déchargeait toutes sortes de produits. Bordeaux exportait du vin, des fruits, de la céramique et importait des huîtres, du bois ou de la pierre. On a des carrières de calcaire qui en attestent partout sur le tracé de la Garonne. Et aussi un quartier sidérurgiste dans la partie sud de la ville, sur environ 5 hectares. C’est énorme ! »

« Au nord et au sud du port il y avait de vraies petites collines, alors qu’aujourd’hui la topographie a été lissée par l’utilisation massive de remblais »

Place forte du commerce

Ces échanges allaient des îles britanniques au Moyen-Orient, voire à l’Inde. « Bordeaux était une ville hyper importante au niveau commercial : située sur l’axe qui va de la Méditerranée à l’Atlantique, construite au carrefour de routes fluviales, maritimes et terrestres, et entre deux promontoires. » Au nord, l’axe place Gambetta-place de la Comédie avec les Piliers de Tutelle et le Palais Gallien ; au sud, un secteur compris entre la rue Sainte-Catherine et le quartier Saint-Michel. « C’était de vraies petites collines, alors qu’aujourd’hui la topographie a été lissée par l’utilisation massive de remblais. À Mériadeck ou place de la Bourse, il y en a 6 ou 7 mètres. »

Les piliers de Tutelle, l’ancien temple dédié à la déesse Tutela, sont restés en élévation jusqu’à leur destruction en 1677.

Les piliers de Tutelle, l’ancien temple dédié à la déesse Tutela, sont restés en élévation jusqu’à leur destruction en 1677.

Archives SO

Les remparts, eux, n’arriveront qu’au début du IVe siècle, et non pas au IIIe, comme on l’a longtemps pensé. « C’est établi par des campagnes de re-datation, et ça change tout. Leur construction n’est pas forcément reliée à des attaques barbares ou aux crises politiques du IIIe siècle. Elle affirme au contraire la puissance impériale, en mobilisant beaucoup de moyens humains et financiers. »