Pour preuve, cette année 2025 où Zizou Bergs, Raphaël Collignon et David Goffin ont souvent été mis sous les feux des projecteurs. La native de Louvain ? Beaucoup moins malgré deux titres en simple (Singapour et Rosmalen), un sacre en double à Wimbledon et une consécration sur le Masters de la discipline. Le tout saupoudré d’un top 20 en simple grâce à une grande régularité et un huitième de finale sur l’herbe du All England.

À quelques jours de lancer sa saison lors de la United Cup, c’est depuis sa chambre d’hôtel à Sydney, après un long voyage, que la discrète mais déterminée Elise Mertens s’est confiée sur son passé, son actualité et son futur.

« L’année 2025 fut peut-être l’une des meilleures de ma carrière. C’est compliqué de faire mieux. Le titre à Wimbledon et la victoire aux WTA Finals ont été des moments fantastiques, mais mon titre en simple à Rosmalen reste le plus particulier. En demi-finale, j’ai dû sauver onze balles de match. Cette victoire aux Pays-Bas est spéciale car toute ma famille était présente. Notamment mon papa qui me voyait pour la première fois en finale d’un tournoi. »

guillement

Suis-je reconnue à ma juste valeur? C’est une question difficile.

Elise Mertens, trouvez-vous être reconnue à votre juste valeur ?

C’est difficile à dire. Je ne sais pas. C’est une question compliquée. Peut-être qu’aux yeux des gens, mes performances en double ne possèdent pas la même valeur que mes résultats en simple. Pourtant, ce sont de beaux titres sur des grandes compétitions où il y a de la concurrence. Et je suis, quand même, vingtième mondiale en simple, ce n’est pas rien.

Comment vivez-vous votre popularité en Belgique, surtout au nord du pays ?

Cela va ! Les Belges ne sont pas les personnes le plus intrusives. On me dit bonjour dans la rue et c’est tout. Par contre, je trouve que les médias parlent moins de tennis qu’il y a quelques années. C’est dommage.

De nombreux spécialistes auraient voulu vous voir arrêter le double pour ne jouer que le simple, quel est votre regard sur ce débat ?

Vous savez, en temps normal, je ne m’entraîne jamais pour le double. Je ne joue cette discipline que sur les grands tournois. Je ne travaille le double que si je perds en simple sur un tournoi où je suis inscrite dans les deux catégories. La priorité demeure le simple. Et la combinaison fonctionne pas mal : je suis top 20 en simple et top 5 en double. Sans oublier que grâce au double, je me suis forgé un beau palmarès avec des titres sur des Grands Chelems et des Masters. Ce n’est pas négligeable. Je conseille aux jeunes de disputer des doubles car cela aide pour le simple, par exemple pour apprendre à monter au filet.

guillement

Je suis plus forte maintenant qu’en 2018.

Est-ce que l’Elise Mertens de maintenant est plus forte que l’Elise Mertens de 2018, classée douzième mondiale en simple ?

Je suis plus forte maintenant, grâce à l’expérience. Je sais qui je suis et je connais la musique avec déjà dix saisons dans les jambes. Mon tennis est aussi devenu plus agressif, plus offensif. C’était nécessaire car notre sport a évolué. Toutes les filles vous mettent de la pression. Vous ne pouvez pas défier Sabalenka et vous dire je vais juste défendre. Il faut aussi frapper dans la balle et prendre des risques.

Vous possédez une statistique impressionnante. Depuis le 31 janvier 2017, vous êtes la seule joueuse qui a toujours été présente dans le top 50. Comment expliquez-vous cette régularité ?

En grande partie grâce au travail. Il y a aussi l’envie de toujours s’améliorer. C’est une force en moi cette volonté de ne pas rester sur mes acquis. Et si tu deviens meilleure, ton ranking va suivre. Je parlerais aussi de ma passion pour le tennis et enfin de mon mental. Même quand je suis victime de petites blessures, je continue de jouer.

Sur quels éléments insiste votre coach, Christopher Heyman, pour, justement, demeurer au sommet ?

Le service, aussi bien la première que la deuxième balle. Mais aussi l’agressivité sur ma première frappe après ma mise en jeu et lors de mes retours. Il insiste aussi pour que je reste positive dans les moments compliqués. J’ai l’impression que mon niveau moyen sur une saison est devenu plus élevé.

Christopher, on sait que c’est votre coach, mais c’est aussi votre compagnon dans la vie, rassurez-nous, quand vous allez au restaurant, vous ne parlez pas de tennis ?

On parvient à séparer le tennis et notre vie privée. C’est important pour notre équilibre. On ne parle pas que de la petite balle jaune.

Vous allez d’ailleurs emménager ensemble ?

Oui, c’est chouette. On va rester dans le Limbourg à dix minutes de chez nos parents. Nous sommes ensemble depuis trois ans. Ces derniers mois, nous nous sommes chargés du déménagement et nous y habitons déjà partiellement. Par contre, je ne vais pas pouvoir prendre mes huit chiens dans cette nouvelle maison car je suis trop souvent absente.

guillement

Je ne suis pas fâchée avec Wim Fissette ou l’équipe belge.

Vous n’avez plus joué avec l’équipe belge depuis de nombreux mois, êtes-vous fâchée ou avez-vous un problème avec Wim Fissette, le capitaine ?

Je n’ai rien contre Wim ou contre quelqu’un d’autre. C’est juste le calendrier qui est compliqué. Et je dois aussi faire attention aux blessures. Je dois me montrer raisonnable et écouter ma tête plus que mon cœur. En 2022, après le Masters WTA au Texas, je suis revenue le plus vite possible à Glasgow pour jouer avec l’équipe belge alors que je souffrais de trois fractures de stress. Je veux encore jouer pour la Belgique, que personne n’en doute. Une jeune génération talentueuse arrive, mais je souhaite encore apporter ma contribution.

Elise Mertens of Belgium, right, Veronika Kudermetova of Russia poses with their trophy after defeating Timea Babos of Hungary, and Luisa Stefani of Brazil, in the women's doubles final match of the WTA finals in Riyadh, Saudi Arabia, Saturday, Nov. 8, 2025. (AP Photo/ Fatima Shbair)Cette année, Elise Mertens a ajouté un deuxième Masters à son palmarès. ©Copyright 2025 The Associated Press. All rights reserved

Justement, en parlant d’équipe belge, vous serez présente à la United Cup qui commence vendredi. Pourquoi avez-vous accepté de disputer ce tournoi ?

On possède une belle équipe avec notamment Zizou Bergs. Je me suis déjà entraînée avec lui, ce sera chouette de jouer ensemble en mixte. Je pense qu’une semaine comme cela, avec des matchs face à la Chine et au Canada, me donnera beaucoup d’énergie et me permettra de préparer la nouvelle saison. Il sera aussi possible de prendre quelques points pour le ranking WTA. Et je vais défendre les couleurs de la Belgique.

Quel regard portez-vous sur la jeune génération incarnée notamment par Hanne Vandewinkel et Jeline Vandromme ?

J’ai déjà eu l’occasion de m’entraîner avec Hanne. Jeline, je la connais via ses résultats. Ce sont des jeunes qui travaillent pour percer et elles possèdent du talent pour entrer un jour dans le top 100.

Avec une finale à Hobart et un titre à Singapour, vous aurez pas mal de points à défendre en janvier ?

Cela me procure un peu de stress, mais pas trop. Si je ne performe pas en janvier, je sais qu’il y a pas mal de tournois après. Et que de bons résultats sur les Grands Chelems offrent pas mal de points pour le classement. Avec l’expérience, j’ai appris à gérer ces paramètres.

guillement

Le simple demeure ma priorité.

Quels sont vos objectifs pour 2026 ?

Éviter les blessures et produire du bon tennis. Le reste suivra. Je suis arrivée à un stade de ma carrière où je ne me focalise plus aveuglément sur le classement. L’année dernière, lors du premier semestre, j’étais un peu trop focus sur le top 20. Pour le reste, je désire vivre ma passion à fond mais d’une manière calme et tranquille. Même quand la fatigue est présente, surtout en fin d’année. J’ai une belle vie, je ne peux pas me plaindre. Roland-Garros est le seul Grand Chelem qui manque encore à mon palmarès en double, mais si cela ne se fait pas, il faudra l’accepter.

First-placed Russia's Veronika Kudermetova (R) and Belgium's Elise Mertens kiss their trophies after winning against Taiwan's Hsieh Su-wei and Latvia's Jelena Ostapenko at the end of their women's doubles final tennis match on the fourteenth day of the 2025 Wimbledon Championships at The All England Lawn Tennis and Croquet Club in Wimbledon, southwest London, on July 13, 2025. (Photo by HENRY NICHOLLS / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USEAvec Veronika Kudermetova, notre compatriote a remporté Wimbledon cette saison. ©Afp or licensors

Vous avez été prévenue tardivement par votre partenaire de double, Veronika Kudermetova, qu’elle ne jouerait plus avec vous en 2026 ?

Elle m’a annoncé début décembre qu’elle ne jouerait pas en 2026 pour des raisons personnelles. Ce fut une surprise car on devait poursuivre notre bonne collaboration. Heureusement, j’ai trouvé rapidement une remplaçante en la personne de Zhang Shuai que je connais bien (NdlR : finale à Wimbledon à deux en 2022). À cette période de l’année, de nombreuses filles sont déjà prises. J’ai envoyé un message à Shuai et heureusement elle était disponible. J’étais contente parce que c’est vraiment compliqué de trouver quelqu’un si tard. Cette année 2025 a été très positive avec Veronika, mais je suis persuadée de pouvoir réaliser de belles performances avec Shuai qui possède une grande expérience (36 ans).

guillement

Après ma carrière ? Travailler dans un refuge.

En parlant justement d’expérience, vous avez fêté vos 30 ans il y a peu, cela change quoi et vous en pensez quoi ?

J’ai déjà un beau palmarès et ce n’est pas fini. Ce trois devant le zéro me rappelle que je n’ai plus 20 ans et que je récupère parfois un peu moins vite. Je m’entraîne peut-être parfois un peu moins, mais pas beaucoup. Je sors d’ailleurs de cinq bonnes semaines de préparation. Ce qui est important, c’est que je me sens bien mentalement. Le tennis demeure ma passion et je suis heureuse. Pour en revenir à mon âge, on voit de plus en plus des joueuses poursuivre une belle carrière après 30 ans (NdlR : elles sont 18 dans le top 100). Avant, les femmes arrêtaient plus tôt. Regardez Justine, elle a rangé ses raquettes une première fois à 25 ans, je pense, puis à 29 ans.

Pensez-vous rester dans le monde du tennis après votre carrière ?

Pour le moment, je suis tentée de faire quelque chose de différent. Tout le monde connaît ma passion pour les animaux. Je pourrais par exemple travailler dans un refuge.

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