Porté par la Région académique Grand Est et la Région Grand Est, le projet de labellisation du territoire en Campus des métiers et des qualifications d’excellence dédié aux « Métiers d’art, design et objet » est en cours. Le projet devrait voir le jour début 2026.
Le Grand Est se prépare à accueillir un pôle d’excellence inédit : le Campus des métiers et des qualifications d’excellence Métiers d’art, design et objet (CMQE MADO). Prévu pour début 2026, ce projet ambitieux vise à coordonner et renforcer un écosystème déjà florissant dans la région. Fort d’un maillage de formations très bien structuré, et de 16 400 entreprises spécialisées dans les métiers d’art, le Grand Est, troisième région française en termes de chiffre d’affaires pour le secteur, s’apprête à consolider son rôle moteur à l’échelle française et européenne.
Une offre de formation unique en France
« Le Grand Est est l’une des régions les plus dynamiques en termes de métiers d’art, avec un vivier d’écoles et un maillage très bien structuré », observe Raphaëlle Le Baud, fondatrice du média associatif The Craft Project. Il y a, dans la Région, 55 centres de formation qui ont au moins une filière Métiers d’art (du bois au métal, en passant par le verre, la pierre ou la mode…) et 1 500 personnes y passent chaque année en formation initiale ou continue. Les formations vont du CAP au bac + 8. On trouve par ailleurs aussi des formations uniques en France voire en Europe (la seule École nationale de vannerie se situe à Fayl-Billot en Champagne-Ardenne, la seule de facture d’orgue à Eschau en Alsace…). Plusieurs tiers-lieux accueillant des jeunes créateurs qui démarrent émaillent le territoire (les Ateliers Éclairés à Strasbourg, la Cité du faire du Grand Nancy…). Le projet de Campus des métiers et des qualifications d’excellence Métiers d’art, Design et Objet viendra coordonner et renforcer ce terreau porteur.
Lors des Journées européennes des Métiers d’art 2025, au château de Lunéville, de nombreux étudiants en formation Métiers d’art ont pu faire la démonstration de leur savoir-faire. © Photo : Adrien Lavenu
Une structure efficiente
La Région est riche de 16 400 entreprises des métiers d’art (dont d’importantes manufactures comme Baccarat, Lalique ou la Cristallerie Saint-Louis) qui appartiennent à différents groupements : le pôle de compétitivité de l’ameublement « Made in Grand Est », les Entreprises du patrimoine vivant, la Fédération des métiers d’art d’Alsace, la Chambre régionale de métiers et de l’artisanat… Pour le campus, « nous avons commencé par informer il y a plus d’un an l’ensemble des réseaux concernés : les établissements publics et privés du secondaire, du supérieur et de la recherche, les entreprises, les branches professionnelles, les communautés de communes et les grandes villes. Un groupe de travail préfigurateur s’est réuni pour la première fois en février 2024 », explique Sophie Reinert, référente régionale de la mission Campus pour la Région académique.
Après sept ans d’études en psychanalyse, Gildas François a choisi de se reconvertir à la tapisserie d’ameublement via différents programmes proposés par la Région. © Photo : GIP Formation Tout au Long de la Vie
Piloté par Alexis Claudel, chef d’établissement du lycée des métiers d’art et de la maîtrise de l’énergie électrique Boutet-de-Monvel (à Lunéville, en Lorraine), le CMQE MADO sera doté d’un comité d’orientation stratégique qui définira les actions prioritaires, ainsi que d’un comité de pilotage et de groupes de travail (communication, enquêtes…). « Le campus a pour ambition de trouver des cofinancements – fonds européens, fondations, mécénat, entreprises –, d’avoir une certaine autonomie, par exemple en répondant à des appels à projets nationaux, le travail en consortium… et de se développer ; pour cela la dimension internationale, notamment européenne, est un axe important », poursuit Olivier Jacquot, conseiller en formation continue pour la Région académique Grand Est (pôle « Métiers d’art »). Le dossier de label de Campus des métiers et des qualifications d’excellence est validé par quatre ministères. Avec une identité visuelle claire et des outils de communication dédiés, le CMQE MADO générera un sentiment d’appartenance et sera facteur d’attractivité.
La restauration et fabrication de meubles, un savoir-faire qui perdure dans le Grand Est comme dans les ateliers de Chemin (Liffol-le- Grand, Lorraine). © Photo : GIP Formation Tout au Long de la Vie
« Mon métier demain »
Financée par la Fondation Bettencourt Schueller associée au média The Craft Project, la campagne « Mon Métier Demain » comprend vingt-cinq films et huit podcasts destinés à promouvoir les métiers d’art auprès des collégiens (et de leurs parents). Après une série en Île-de-France, dix films et six podcasts ont été tournés dans la Région Grand Est et sont diffusés depuis janvier 2025. « Nous avons plus de 5 millions de vues au global, c’est un vrai succès ! », s’enthousiasme Raphaëlle Le Baud, fondatrice de The Craft Project et entrepreneuse dans les métiers d’art. « Ce qui me touche dans le Grand Est, c’est l’engagement des personnes qui s’occupent de ces sujets ; elles sont les héritières de celles qui se sont battues pour maintenir certaines formations. Tout cela paye aujourd’hui. »
L’art du vitrail présenté par un étudiant du Cerfav lors des Journées européennes des Métiers d’art 2025. © Photo : Adrien Lavenu
Une plus-value pour l’existant
« La vocation du campus est de systématiser le travail en réseau et de développer des actions en partenariat », rappelle Sophie Reinert. Les collaborations prendront corps à travers trois axes : la sensibilisation aux métiers, la formation (tout au long de la vie et en réponse aux besoins des entreprises et des manufactures) et l’innovation. « L’attractivité ainsi que les pratiques de formation innovantes d’un écosystème complet vont permettre aux métiers d’art de se développer », précise Olivier Jacquot, qui a animé les groupes de travail pour le campus. La volonté des acteurs et parties prenantes est là ; ils n’attendent que l’accord officiel pour concrétiser des interactions déjà évoquées.
Romain Calvo, apprenti en CAP Ébéniste à l’École de l’ameublement AFPIA Est-Nord, récompensé par une médaille d’or au concours des Meilleurs Apprentis de France 2024. © Photo : AFPIA EST-NORD
« Beaucoup d’étudiants bac + 5 font un CAP : la professionnalisation de certains métiers pourrait être intégrée à certaines écoles d’art, ce qui implique le développement des collaborations avec les plateaux techniques de centres de formation professionnelle spécialisés. La multiplication des interactions entre la voie professionnelle et l’enseignement supérieur doit contribuer à établir des passerelles actives en faveur de l’élévation du niveau des compétences des apprenants et à renforcer les dynamiques d’insertion », détaille- t-il. « On pourrait aussi travailler de manière concertée sur un plan de communication afin d’attirer plus de monde dans les métiers en tension, ajoute Sophie Reinert. Côté “méthodologie”, les actions de formation en situation de travail sont très utiles pour les compétences rares et les métiers sans formation ouverte. »
L’orfèvrerie compte parmi les nombreux domaines enseignés dans la Région. © Photo : Manon Badermann
Savoir-faire irremplaçables
Les métiers d’art, « les seuls que l’intelligence artificielle ne pourra jamais remplacer », sont pour Raphaëlle Le Baud « une voie de prospérité dans un monde compliqué ». La Région se place d’ailleurs à la troisième place du podium français en termes de chiffre d’affaires des métiers d’art (derrière l’Île-de-France et l’Auvergne- Rhône- Alpes). Neuf stagiaires sur les dix de la promotion « céramiste » (bac + 2) de l’Institut européen des arts céramiques-IEAC (Alsace) ont décidé d’ailleurs de s’installer dans le Grand Est alors qu’ils n’étaient que deux à affirmer vouloir y rester en arrivant ; ils ont compris qu’ils seraient ici portés pour s’épanouir professionnellement, ils ont saisi l’importance des racines pour voler haut… et loin.
La Région Grand Est : the place to be pour les Métiers d’art !





