Dimanche après-midi, à l’église Saint-Joseph de Rennes, Amadou et Fofana réchauffent leurs mains près d’un chauffage d’appoint. Depuis quatre jours, ces deux mineurs non accompagnés en situation de recours partagent une petite pièce avec une dizaine d’autres hommes. « Ce n’est pas l’idéal, mais c’est tout ce qu’on a pu obtenir », confie Pierrick Descottes, de l‘interorganisation de soutien aux personnes exilées (IOSPE).
Solution de dernière minute
L’hébergement a dû être trouvé en urgence à la veille de Noël. Après l’évacuation du centre social de Maurepas le 4 décembre, une trentaine de personnes exilées se sont réfugiées au BAM, à Cleunay. « On s’était engagé à partir, le 23 », précise Pierrick Descottes. Avec Utopia 56, l’IOSPE a alors cherché une solution auprès des structures rennaises. « La MJC de Bréquigny était d’accord pour nous accueillir, mais elle a fait marche arrière. On pense qu’il y a eu une pression de la mairie*. » Même situation au Polyblosne : « Ils ont accepté de nous héberger une nuit, mais pas plus. »
Ne sachant plus où aller, les associations se tournent alors vers l’Église. « On a pensé qu’à Noël, elle ne nous tournerait pas le dos », raconte Pierrick Descottes. Après discussion, le diocèse de Rennes accepte d’ouvrir deux paroisses : l’une pour les familles et les femmes, l’autre pour les hommes seuls et les mineurs.
Un hébergement temporaire
Les conditions de vie sont rudimentaires. Dans l’église Saint-Joseph, une douzaine d’hommes dorment dans une pièce de 20 m², avec un seul chauffage d’appoint. « On ne dort presque pas, il fait trop froid. Tout le monde est malade », témoigne Amadou. Pas de douche sur place. « Pour se laver, on va au roof à l’Hôtel-Dieu », explique Fofana.
Les deux amis d’origine guinéenne ont essayé de joindre le 115, mais la ligne est saturée. « Et quand on leur dit qu’on est mineur, ils nous disent que notre situation ne dépend pas d’eux, ajoutent-ils. Depuis un mois, on est tout le temps déplacés d’un endroit à l’autre, sans stabilité. C’est très fatigant. »
« La mairie nous ferme les portes »
Grâce à leur réseau, les associations ont pu héberger six personnes chez des particuliers. « Mais c’est temporaire, rappelle Pierrick Descottes. Dans quelques jours, tout le monde sera de nouveau à la rue. » Le diocèse de Rennes, lui, a ouvert ses portes jusqu’au 4 janvier. « On se retrouve démunis pour la suite, déplore le militant. Aujourd’hui, on a le sentiment que la mairie nous ferme les portes, alors qu’il y avait une certaine tolérance avant. C’est d’autant plus sidérant avec le froid qu’il fait dehors. »
Vers 15 h, Amadou et Fofana quittent la paroisse pour se balader en ville. « C’est épuisant de traîner toute la journée sans rien faire. Nous, on est venus en France pour étudier. On n’imaginait pas que ça allait se passer comme ça. »
* Sollicitée, la mairie n’a pas encore répondu à nos questions au moment où nous écrivons ces lignes.