Le doute est semé. Alors que Moscou a accusé ce lundi Kiev d’avoir lancé dans la nuit une attaque de drones sur la résidence de Vladimir Poutine, Volodymyr Zelensky a aussitôt qualifié cette déclaration de « mensonge ».
La Russie a prévenu dans la foulée que sa position dans les négociations pour mettre fin au conflit en Ukraine serait de ce fait « réexaminée ». Et l’Ukraine l’a accusé de « saper » ses efforts diplomatiques avec les États-Unis avec ces accusations. Le Parisien fait le point sur la situation.
Que s’est-il passé ?
Tout a commencé par une déclaration du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov sur Telegram dans l’après-midi. « Le régime de Kiev a lancé une attaque terroriste utilisant 91 drones contre la résidence d’État du président » Vladimir Poutine dans la région de Novgorod, à Valdaï, au cours de la nuit, a-t-il affirmé, précisant que tous les drones avaient été interceptés.
Cette « attaque », a-t-il poursuivi, « a été menée lors de négociations intensives entre la Russie et les États-Unis sur le règlement du conflit ukrainien » et ne « restera pas sans réponse ». Sergueï Lavrov a aussi mis en garde contre des « représailles ».
La réaction du président ukrainien a été presque immédiate, lors d’une conférence de presse en ligne : « Ils (la Russie) ne veulent pas mettre fin à la guerre ». Volodymyr Zelensky a estimé que Moscou « prépare simplement le terrain pour mener des frappes, probablement sur la capitale et probablement sur des bâtiments gouvernementaux ».
L’Ukraine est-elle vraiment derrière cette « attaque » ?
Il est pour l’instant impossible de savoir si les accusations russes sont fondées. Ce qui est sûr, c’est que l’Ukraine dément formellement. Pour Ulrich Bounat, spécialiste du conflit, il est envisageable qu’il s’agisse d’une invention « totale » de la part de Moscou.
Ce serait « étrange » que Kiev vise la résidence de Poutine, selon l’expert en géopolitique. En cause ? Le risque de se « fâcher » avec les Américains et les Européens, « qui ne veulent probablement pas que le chef de la première puissance nucléaire soit liquidé ».
L’option la plus probable, selon Ulrich Bounat, c’est que des drones aient bel et bien été abattus au-dessus de Novgorod, sans qu’ils aient visé Valdaï. « Après tout, c’est sur la route depuis l’Ukraine pour aller frapper les terminaux à côté de Saint-Pétersbourg » et « la propagande russe se fonde en général sur un élément réel pour ensuite bâtir une légende », explique le spécialiste du conflit.
Dans un message envoyé par Telegram, le présidentVolodymyr Zelenskya fermement rejeté les accusations russes. Il met en garde contre des « déclarations très dangereuses » de la Russie, qu’il accuse de chercher à « saborder tous les progrès » diplomatiques récents, au lendemain dela rencontre entre le président américain et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky en Floride.
Quelles conséquences après ces accusations mutuelles ?
Ces accusations viennent en tout cas semer le doute sur la poursuite des intenses tractations diplomatiques en cours depuis novembre pour tenter de mettre fin au conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.
Selon le conseiller diplomatique du Kremlin Iouri Ouchakov, Vladimir Poutine a déclaré à Donald Trump lors d’un entretien téléphonique ce lundi que la position de la Russie sur « un certain nombre d’accords conclus à l’étape précédente » et sur des solutions évoquées serait « réexaminée » après l’« attaque terroriste » de Kiev.
De son côté, Donald Trump a critiqué depuis la Floride cette attaque présumée, se disant « très en colère ». « Vous savez qui m’en a parlé ? Le président Poutine, tôt ce matin. Il a dit qu’il avait été attaqué. Ce n’est pas bon », a déclaré le président américain. « C’est une période délicate. Ce n’est pas le bon moment. C’est une chose d’attaquer parce qu’ils attaquent. C’est autre chose d’attaquer sa maison », a-t-il ajouté.
Visiblement, Donald Trump accorde en tout cas du crédit aux accusations russes.