Envie de mettre un peu le nez dehors, mais le froid qui s’est installé à Strasbourg vous rebute un tantinet ? Pas de panique, on a une idée d’expo insolite pour vous : en ce moment, et jusqu’au 31 janvier, l’artiste alsacien Bastien Claudon présente Si je ne peux inspirer l’amour, je sèmerai la peur à La Station LGBTI. L’occasion de découvrir ses cagoules en crochet, inspirées de plusieurs univers et créatures.
Si on vous dit « cagoule », vous pensez peut-être au couvre-chef des plus stylés qu’on vous faisait porter enfant pour vous protéger du froid, ou encore, à un objet un peu inquiétant qui permet de dissimuler son identité, de se cacher.
Bastien Claudon. © Marie Goehner-David / Pokaa
Bastien Claudon a décidé de réinvestir ce bonnet mal-aimé avec son art. Le nom de l’exposition ? Si je ne peux inspirer l’amour, je sèmerai la peur, qui est directement inspirée d’une phrase prononcée par la créature dans Frankenstein de Mary Shelley (1818). Une phrase qui traduit le désir d’être aimé de ce monstre mal compris, alors mis au rebut par la terreur des autres, qui vont lui insuffler un désir de vengeance.
« Le monstre, c’est celui que l’on fait monstre, nous explique Bastien. C’est une question de regard. »
© Marie Goehner-David / Pokaa
La cagoule à la conquête des imaginaires
Il s’empare alors de cet objet anodin, pour lui redonner ses lettres de noblesse. « À la base, j’ai commencé à faire du crochet et, par hasard, je suis tombé sur un tuto pour faire une cagoule. Et je ne me suis pas arrêté, car l’objet m’a fasciné. »
Bastien lui trouve tout de suite un potentiel « sculptural, décoratif, ornemental » : il expérimente les formes, les couleurs, les univers. Celui qui s’intéresse également au milieu drag retrouve dans la cagoule des possibilités de transformation, d’amusement, de création de personnages.
Bastien Claudon. © Marie Goehner-David / Pokaa
© Marie Goehner-David / Pokaa
Pour Bastien, le crochet, c’est aussi une histoire de famille. Issu d’une fratrie franco-portugaise, le travail du fil fait partie de son héritage culturel. « Ma mère crochetait, tricotait, faisait du point de croix, de la broderie… Comme sa mère avant elle. »
À force de voir faire, il saute le pas, et ne s’arrête plus. Le geste est méticuleux, répétitif, méditatif, et se prête à la création de mille et un mondes.
© Marie Goehner-David / Pokaa
L’art comme célébration du lien
Le but des cagoules de Bastien, ce n’est pas de rester hors de portée et intouchables. Suspendues au mur par des crochets, elles attendent, elles invitent à la rencontre, à se faire essayer.
Une volonté qui fait écho à l’endroit qui accueille l’exposition. « La Station LGBTI, c’est un lieu de vie, de rencontre, un endroit où toute une communauté peut se retrouver dans un espace de bienveillance », poursuit Bastien. « Faire un accrochage ‘inerte’ ne faisait pas sens. Je voulais insister sur cette volonté d’échange, de partage au cœur de ce lieu. »
© Marie Goehner-David / Pokaa
© Marie Goehner-David / Pokaa
Ces questionnements se retrouvent dans d’autres projets de Bastien, comme True Colors (2024). L’artiste utilise alors le bandana pour rappeler l’histoire queer de cet accessoire dans le milieu de la fête, à partir des années 70. « Les personnes homosexuelles portaient des bandanas pliés dans leurs poches arrière, avec différents codes couleur pour trouver des partenaires potentiels. »
Bastien a alors découpé puis noué des bandanas, pour créer un filet multicolore suspendu. De quoi mettre les spectateurs/rices dans une ambiance festive… Mais aussi, de remettre la question du lien au cœur de sa pratique : parce que crocheter ou nouer, chez Bastien, c’est créer des mondes et des créatures, sans oublier de célébrer les corps qui se réunissent.
© Bastien Claudon / Documents remis
« Si je ne peux inspirer l’amour, je sèmerai la peur »
Quoi ?
Exposition de Bastien Claudon
Quand ?
Jusqu’au 31 janvier 2026
Horaires :
Mardi-Vendredi : 16h-20h
Samedis pairs : 14h-19h
où ?
La Station LGBTI, 7 rue des Écrivains, à Strasbourg
Plus d’infos ?
Page Instagram de La Station LGBTI