Alors que personne ou presque ne croyait en lui lorsqu’il est arrivé à la tête du projet du VRDR, Fabien Fortassin a réussi l’exploit de placer son club dans le trio de tête du si relevé championnat de Pro D2. Un résultat obtenu sans faire de bruit, à force de travail et d’abnégation. En droite ligne avec le projet drômois.
L’anecdote est racontée par Florent, le jeune frère de Fabien Fortassin. « Le jour où j’ai rencontré le président de Valence-Romans, je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander pourquoi il avait choisi mon frère pour piloter le projet du VRDR, expose celui qui est aujourd’hui manager de Montréjeau, en Régionale 1. Je voyais les commentaires sous les articles de presse sur Internet. Tout le monde disait que Fabien ne ferait pas l’affaire, qu’il entraînait en Nationale et que c’était sa place. « Je n’achète pas un nom, j’achète des compétences. » Voilà ce que m’a répondu le président Beaugiraud, dans un sourire… »
En peu de mots, cette « punchline » assénée par Laurent Beaugiraud dit tout du personnage qu’est Fabien Fortassin : un homme humble et discret, quelque peu sorti des radars depuis la fin de sa carrière de joueur en 2018, et que le grand public avait un peu oublié. Les gens du sérail, eux, savaient que Fabien Fortassin avait de l’or dans son calepin et qu’il ferait, un jour ou l’autre, un très bon coach. Laurent Beaugiraud, le coprésident du VRDR avec Jean-Pierre Cheval raconte : « Au moment de chercher notre nouveau manager, nous avons lancé un recrutement à grande échelle. Ce qui est drôle, c’est que Fabien n’a même pas répondu à la première offre, car il ne l’avait pas vue… Nous avons alors avancé sur un ou deux candidats qui n’ont finalement pas donné suite. On a ensuite relancé une offre à laquelle Fabien a enfin répondu. Nous nous sommes rencontrés et le feeling est très bien passé. Il cochait toutes les cases : « QI rugby » élevé, DES déjà en poche, ancien numéro 10, stratège hors pair, mec agréable et convivial qui accepte la discussion, qui est dans le partage… »
Je n’achète pas un nom, j’achète des compétences
Fabien Fortassin est un homme doué dans à peu près tout ce qu’il entreprend. Un de ces élus sur le berceau desquels les fées du sport se sont penchées. Longtemps, d’ailleurs, le football lui a fait les yeux doux. Ses proches racontent qu’il était aux portes du centre de formation du Toulouse Football Club lorsqu’il choisit le rugby, un peu déçu par la mentalité régnant dans les vestiaires du ballon rond. Un revirement tardif, à plus de dix-sept ans, qui aurait contraint la plupart des autres joueurs à se contenter d’une carrière de simple amateur. Mais malgré ce démarrage à retardement, Fabien Fortassin est devenu l’un des demis d’ouverture les plus performants du championnat entre 2003 et 2018.
Propulsé en équipe première à Tarbes à dix-huit ans à peine, après seulement quelques matchs chez les Reichel, il trace ensuite sa route de la Bigorre à Biarritz, en passant par Montauban, le Racing ou encore La Rochelle, au fil de quinze saisons au plus haut niveau du rugby français. Parmi ses principaux faits d’armes, il inscrit le drop-goal entérinant la victoire des Maritimes face à Agen (31-22) en finale de Pro D2 lors de la saison 2013-2014. Un « coup de pied tombé » pour l’éternité, qui propulse La Rochelle en Top 14 et qui – ce n’est pas neutre – scelle le titre de meilleur réalisateur de l’exercice pour Fabien Fortassin, avec 384 points inscrits. Une belle récompense pour ce grand fan de la légende anglaise Jonny Wilkinson, dont il s’est inspiré pour sa routine robotique avant l’exercice de la frappe.
Quesada et Labit, pères dans le métier
Numéro 10 à l’ancienne – comprenez de ceux qui laissent leurs troisièmes lignes plaquer (la légende raconte que ses coéquipiers, à Tarbes, lui avaient offert un costume de torero…) – mais redoutable stratège et organisateur doté d’un jeu au pied chirurgical, Fabien Fortassin a toujours eu le goût de l’analyse et de la tactique. C’est donc tout naturellement qu’il bascule progressivement vers une carrière de technicien au terme de son expérience de joueur.
Après une pige comme analyste vidéo à Biarritz en 2016, durant sa convalescence consécutive à une fracture tibia-péroné, Fabien Fortassin met un terme à sa carrière de joueur lors de la saison 2018-2019 et se consacre définitivement à l’entraînement. Le club biarrot lui propose alors d’épauler Gonzalo Quesada auprès des espoirs rouge et blanc. L’ancien numéro 10 des Pumas devient rapidement l’un des principaux mentors de Fabien Fortassin, version coach. « Avec Laurent Labit, qu’il a connu à Montauban, Gonzalo est le coach dont Fabien a le plus appris », détaille son frère Florent.
Au contact du maître argentin, Fabien Fortassin développe son appétence pour le rugby de mouvement et affine un sens tactique déjà très présent : « Il analysait les adversaires, les lancements en touche… Il savait tout de l’équipe qu’il allait affronter le week-end », rembobine le frère cadet. Benjamin Collet, troisième ligne et ancien coéquipier à Tarbes, se souvient, lui, d’un meneur d’hommes doublé d’un formidable camarade. Une sorte de gentil chef de guerre : « Fabien est un grand monsieur. Ce n’est pas un leader exubérant qui hurle pour occuper l’espace. Il fonctionne surtout par l’exemple. C’est quelqu’un que l’on a envie de suivre. Il avait des réflexions profondes sur la stratégie du jeu. »
Fabien ne s’est jamais renié : même dans les moments difficiles, il a continué à prôner le jeu de mouvement
Un homme pétri de qualités donc ; mais parfois assailli par le doute. La saison dernière, à la trêve de Noël, le VRDR était quinzième de Pro D2 et son manager envisageait de tout arrêter, pensant ne plus être l’homme de la situation pour le club drômois. Florent se souvient encore : « Il n’avait pas trop le moral. Il me disait : « Il faut peut-être que je m’en aille… Peut-être que les joueurs ont besoin d’un autre discours. » Je l’avais rassuré en lui rappelant qu’ils avaient perdu six matchs après la 70e minute, qu’ils n’étaient pas largués et que ça finirait par basculer. Je savais que cette équipe était dans le vrai, qu’elle jouait bien au rugby, et que Fabien avait l’adhésion de son groupe. »
Le jeune frère ne croyait pas si bien dire. Dans la foulée de cette mauvaise passe, la mécanique se dégrippe et le VRDR enclenche une dynamique vertueuse qui se poursuit aujourd’hui. « Et comme par magie, le club a recommencé à gagner. À tel point que l’équipe a terminé troisième de la phase retour. Fabien ne s’est jamais renié : même dans les moments difficiles, il a continué à prôner le jeu de mouvement. Il n’a pas cherché à se rassurer avec des ballons portés ou du jeu à zéro passe. Il a cru en son rugby, et cela a souri. »
Souvenez-vous alors de la promesse faite par Laurent Beaugiraud : « Je n’achète pas un nom, j’achète des compétences ». Il ne s’est pas trompé. Sous la direction de Fabien Fortassin, le VRDR réalise une saison très solide. À la trêve, le club drômois pointe à la troisième place du classement et croit plus que jamais en une qualification pour la phase finale de Pro D2. Un véritable exploit pour ce club au dixième budget de la poule unique (8,8 millions d’euros), monté puis stabilisé dans l’antichambre de l’élite il y a à peine deux saisons, sous la direction de Johann Authier, après un titre de champion de Nationale en 2023. Le VRDR a clairement changé de dimension. De quoi faire taire ceux qui pensaient que Fabien Fortassin et son CV estampillé « Nationale » ne feraient pas la maille au niveau supérieur.
En bref
Né le : 8 janvier 1984 à Auch (Gers)
Mensurations : 1, 78 m, 80 kg
Poste : Demi d’ouverture
Clubs successifs : En tant que joueur : Tarbes (2003-2007), Montauban (2007-2009), Racing 92 (2009-2010), Tarbes (2010-2013), La Rochelle (2013-2016), Biarritz (2016-2018). En tant qu’entraîneur : Biarritz (2018-2019), Tarbes (2020-2023), Valence-Romans (depuis 2023)