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Pas si simple. Situation vécue dimanche soir par un journaliste de Charente Libre. “A 0h10, à vélo, j’aperçois une dame au Carrefour de Lille, à Angoulême, près de l’abribus. Elle m’interpelle et me demande trois euros. Je lui demande pourquoi elle est là alors qu’il fait si froid. Elle habite La Grande-Garenne mais dit ne pas vouloir rentrer car elle a peur. Après avoir récupéré ma voiture, je la retrouve au rond-point de l’Éperon et propose de la ramener, elle refuse plusieurs fois et me demande de la laisser tranquille.”
« Et on ne peut pas prendre en charge les personnes malgré elles »
A 00h49, il appelle le 115. Réponse de l’agent : “il faut appeler la police”. Dans la foulée, il contacte le 17. La policière ne comprend pas pourquoi le 115 a renvoyé vers la police. Réponse: “c’est au 115 de faire quelque chose. Si elle n’est pas alcoolisée, on ne peut pas intervenir. Si une patrouille la voit, elle s’arrêtera pour prendre de ses nouvelles. »
A 00h58, le 115 rappelle le journaliste. Il insiste sur le fait que la police lui a dit que c’était bien à eux d’intervenir. Mais l’interlocuteur renvoie la balle. « Je ne peux rien faire, je ne suis pas en binôme”, répond-t-il. “Mais avec cette température, elle peut mourir dehors…” “Oui, elle peut mourir avec cette température.” “Mais vous ne pouvez pas lui amener une couverture ou quelque chose de chaud ?” L’interlocuteur du 115 interroge: “Monsieur, vous me poussez à déserter mon poste ?” Et explique que la maraude s’est terminée aux alentours de 22h. “C’est à la police de la ramener chez elle ou de lui amener une couverture. »
« Ça n’est certainement pas satisfaisant, mais on se bat tous les jours », plaide Gérald Roger, le directeur de l’AFUS 16, qui gère les « acteurs de l’urgence en Charente », dont le 115. Et qui reconnaît ne pas avoir de solution. « Chaque cas est particulier », rappelle-t-il. “Je ne sais pas si cette dame aurait accepté un hébergement ».
Pourquoi elle ne voulait pas rentrer ?
« Et on ne peut pas prendre en charge les personnes malgré elles ». Il le reconnaît aussi. « On n’a pas les moyens d’avoir une maraude 24 heures sur 24. » Il le concède « On laisse malheureusement des gens dehors ». Fataliste : « A 0h50, il n’y avait plus de place. Et faute de place, on se recentre sur les urgences, sur ceux qui n’ont aucune autre solution ».
Alors que faire ? « Il aurait peut-être fallu que le permanencier appelle la police. Mais je suppose qu’ils avaient eux aussi d’autres missions », envisage Gérald Roger. « On ne sait pas pourquoi cette dame ne voulait pas rentrer. Nous avons un dispositif en cas de violences conjugales. On ne sait pas si c’était le cas. Nous analyserons dès que possible les faits pour tenter de savoir s’il était possible de proposer une meilleure réponse » assure-t-il.
« Les équipes du 115 sont mobilisées sur le renforcement du plan hivernal », souligne Gérald Roger, qui travaille aussi « au déclenchement de nouvelles places d’hébergement. On se bat tous les jours ».
Le plan grand froid :
le premier niveau activé
Des températures ressenties entre -5°C et -10°C la nuit cette semaine selon Météo-France : la préfecture de la Charente a déclenché le premier niveau du dispositif d’hébergement d’urgence -plan grand froid- à compter de ce lundi 29 décembre à 18h.
La mise en œuvre du niveau jaune entraîne le renforcement des maraudes sur le territoire du Grand-Angoulême et à Cognac (avec les équipes d’Omega, renforcées par les bénévoles de la Croix-Rouge), avec des passages quotidiens de 20 h à minuit, y compris les week-ends, la mobilisation de nuitées hôtelières exceptionnelles et l’ouverture nocturne de lieux de mise à l’abri pour les personnes les plus vulnérables ne souhaitant pas intégrer un hébergement d’urgence, mais acceptant un accueil temporaire.
« Le préfet appelle à la vigilance et à la solidarité de chacun. Toute personne sans abri en situation de détresse peut être signalée en appelant le 115, numéro gratuit, afin de permettre une prise en charge coordonnée par les services de l’État, les collectivités locales et les associations mobilisées. »