Pierre-Alexandre Lecomte, interne de médecine générale à Poitiers, est porte-parole de l’ISNAR-IMG

Pierre-Alexandre Lecomte, interne de médecine générale à Poitiers, est porte-parole de l’ISNAR-IMG

ISMAR IMG

« Nous avons le sentiment d’être considérés comme de simples bouche-trous »

Pierre-Alexandre Lecomte, interne de médecine générale à Poitiers, porte-parole de l’ISNAR-IMG, intersyndicale nationale des internes de médecine générale, parle même de « mépris ». « Se voir traiter comme une variable d’ajustement des déserts médicaux, sans prendre en considération notre volonté, notre formation, notre santé mentale, après des années d’études éprouvantes déjà marquées par le sacrifice et l’exploitation, nous est insupportable. » Selon lui, il y a trop « d’imprécisions dans cette réforme ». Déjà, la 10e année de médecine générale, signale-t-il, n’a pas été votée, elle a été adoptée via le 49.3. « Nous aurions souhaité coconstruire cette réforme. Or elle nous a échappé, nos propositions n’ont jamais été écoutées. Aujourd’hui, nous avons le sentiment d’être considérés comme de simples bouche-trous, alors même que nous avions des choses concrètes à avancer pour améliorer l’accès aux soins. »

Le choix de l’installation

Les internes sont aussi inquiets vis-à-vis de la problématique des lieux d’installation. « Nous n’avons, à ce jour, aucun décret publié qui détaille la façon dont la répartition va se faire. Comment peut-on se projeter ? » À cette question, Benoît Elleboode, directeur de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, répond aujourd’hui avec assurance : « Dès le mois de juin, nous allons publier la liste des maîtres de stage qui auront reçu l’agrément des facultés de Bordeaux, Limoges et Poitiers. Cela leur donnera droit à une ouverture de poste de docteur junior. La répartition se fera sur la base du ‘‘matching’’ : le docteur junior contactera le maître de stage sur le territoire qui l’intéresse et ce dernier donnera suite. »

Il y aura forcément des couacs, des zones géographiques plus plébiscitées que d’autres. Dans ce cas, qui va arbitrer ? La question reste en suspens. Médecin à Bizanos (64), le docteur Vonick Corvest, membre du Collectif pour une médecine libre et indépendante, a souhaité également réagir aux propos tenus par l’ARS : « On a le sentiment que la médecine généraliste est encore une fois traînée dans la boue. C’est quoi le dispositif France-Santé sur lequel s’appuie cette réforme ? Une coquille vide. Aujourd’hui, les ARS de France vont directement faire signer l’octroi de ce label aux médecins dans les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et dans les maisons de santé pluriprofessionnelle (MSP). Que signent-ils ? Ils ne connaissent même pas les contours de ce label qui leur promet 50 000 euros contre un docteur junior. Il s’agit de garder une main-d’œuvre pas chère, sous la main de l’État, pour résoudre le problème des déserts médicaux à bas prix ! » affirme-t-il.

59 heures de travail par semaine

Alors oui, les médecins généralistes sont très en colère. Ils évoquent même un « bashing », soit un dénigrement de toute une profession, généré par le gouvernement. « Au-delà de cette réforme des internes, il y a le vote du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, le projet de loi antifraude contre l’abus des arrêts maladie avec des mises sous objectif obligatoires, s’insurge le docteur Corvest. Nous sommes calés entre la loi antidrogue et celle du blanchiment d’argent. »

Pierre-Alexandre Lecomte ajoute que le mouvement de grève des médecins début janvier sera global : « Aujourd’hui, les internes sont utilisés pour combler les trous du système de santé, avec un temps de travail moyen de cinquante-neuf heures par semaine contre les quarante-huit heures réglementaires. Les conséquences sur la santé mentale des internes sont évidentes : on déplore 66 % de burn-out. Troubles anxieux, charge de travail, charge émotionnelle, insécurité, conflit de valeur… »