«Si on laisse cet état de fait s’installer, ça voudrait dire que ceux qui vont me succéder et auront à exercer leur mandat européen seraient intimidés et empêchés de le faire», a averti l’ex-commissaire européen.
L’interdiction de son visa par les États-Unis a fait grand bruit. Après avoir été sanctionné le 23 décembre par Washington – de même que quatre autres personnalités européennes – pour son rôle dans l’encadrement plus strict des grandes plateformes numériques, Thierry Breton a réagi sur RTL ce mardi 30 décembre. L’ex-commissaire européen a tenu à élargir la portée de cette décision : «C’est au-delà de ma personne. C’est surtout de l’Europe dont il s’agit, j’ai fait mon simple travail en tant qu’officiel européen.»
L’ancien ministre français a également mis en garde contre les conséquences d’une telle sanction : «Si on accepte que lorsqu’on est un commissaire européen, on soit ostracisé, blâmé et puni, parce qu’on a exercé le mandat qu’on vous a confié, alors on prend une pente extraordinairement dangereuse.» Washington reproche à Thierry Breton des actes assimilés à de la «censure», jugés contraires aux intérêts des États-Unis, a expliqué le département d’État américain.
«Réagir vite» et «avec la plus grande fermeté»
Face à cette situation, Thierry Breton exhorte Bruxelles à ne pas rester passive. Il appelle les institutions européennes à «réagir vite» et «avec la plus grande fermeté». «Si on laisse cet état de fait s’installer, ça voudrait dire que ceux qui vont me succéder et auront à exercer leur mandat européen seraient intimidés et empêchés de le faire», a-t-il averti.
Outre l’ancien commissaire européen, quatre autres personnalités sont concernées par ces sanctions américaines. Il s’agit de responsables d’organisations engagées contre la désinformation et les discours de haine en ligne : Imran Ahmed, directeur du Center for Countering Digital Hate (CCDH), Clare Melford, à la tête du Global Disinformation Index (GDI) au Royaume-Uni, ainsi qu’Anna-Leva von Hodenberg et Josephine Ballon, membres de l’ONG allemande HateAid.
Après la sanction américaine visant Thierry Breton, la classe politique française a été quasiment unanime à défendre l’ex-commissaire européen. Emmanuel Macron a ainsi dénoncé «les décisions de restriction de visa prises par les États-Unis», estimant que «ces mesures relèvent de l’intimidation et de la coercition à l’encontre de la souveraineté numérique européenne». Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a lui aussi dénoncé «avec la plus grande fermeté la restriction de visa prise par les États-Unis à l’encontre de Thierry Breton (…) et quatre autres personnalités européennes». «Les peuples de l’Europe sont libres et souverains et ne sauraient se faire imposer par d’autres les règles s’appliquant à leur espace numérique», a ajouté le chef de la diplomatie française.