Par

Anthony Soudani

Publié le

30 déc. 2025 à 12h07

Des tirs à l’arme de guerre à Vénissieux, un homme tué sur un point de deal à Vaulx-en-Velin… Face à la menace du narcotrafic dans la métropole de Lyon et la montée de l’insécurité dans plusieurs quartiers, la préfète du Rhône, Fabienne Buccio, se montre ferme. Dans une interview exclusive accordée à actu Lyon ce mardi 30 décembre, elle tire un premier bilan encourageant de son action ces six derniers mois sur le territoire, depuis la mise en place de la loi Narcotrafic.

Une quinzaine de points de deal démantelés en 2025

Actu : La loi Narcotrafic est en vigueur depuis le 13 juin 2025. Vous avez donc maintenant pratiquement six mois de recul. Produit-elle les effets escomptés dans la métropole de Lyon ?

Fabienne Buccio : La loi Narcotrafic nous apporte des outils supplémentaires et nous permet de faire plus et d’être plus efficaces. Il y a eu plusieurs arrestations et nous avons pu remonter jusqu’aux donneurs d’ordre. Nous avons démantelé en 2025 au moins une quinzaine de points de deal.

Il y a un exemple très positif, même s’il faut être prudent et humble sur ce sujet, et penser aux habitants qui vivent à côté de tout cela : c’est l’exemple du quartier du Tonkin, à Villeurbanne. Nous avons réellement démantelé les huit points de deal dans le secteur Brel, près du parc et de l’arrêt de tramway.
Aujourd’hui, ça se sent, ça se voit, ça se vit : la situation est bien meilleure à Villeurbanne. Nous avons travaillé en très bonne intelligence avec la mairie, qui n’a jamais hésité à prendre des décisions pour nous aider.

Toutefois, ce travail n’est pas terminé. Il faut rester prudent et vigilant.

Des expulsions des logements sociaux de familles liées au trafic en cours

La loi contre le narcotrafic renforce les prérogatives en matière d’expulsion des logements sociaux des familles liées au trafic. Qu’en est-il dans le département et la métropole ?

F.B. : À ce jour, j’ai mis en demeure 4 bailleurs pour qu’ils puissent saisir le juge en résiliation de bail suite à des troubles graves à l’ordre public liés au trafic de stupéfiants (trois en zone police dans le quartier du Tonkin à Villeurbanne, à Vénissieux et Oullins-Pierre-Bénite, un en zone gendarmerie à Tarare). J’ai également envoyé 6 courriers à d’autres bailleurs, pour leur demander de saisir le juge en résiliation de bail suite à des troubles graves à l’ordre public commis dans l’environnement du logement (5 en zone gendarmerie, 1 en zone police).

Nous étudions actuellement six autres dossiers qui devraient bientôt aboutir, dont 5 sur Rillieux-la-Pape. Notre action a un effet levier auprès des bailleurs : à leur niveau, près d’une cinquantaine de procédures d’expulsion à leur initiative ont été enclenchées.

La loi Narcotrafic permet également de prendre des arrêtés d’interdiction de paraître sur un point de deal. Quels en sont les résultats ?

F.B. : Depuis le 12 août 2025, 115 arrêtés d’interdiction de paraître sur un point de deal ont été signés dans l’agglomération lyonnaise.
En zone police, les individus visés se situaient sur les communes de Lyon 3e, 7e, 8e et 9e (30 arrêtés sur Lyon), Vénissieux (27 arrêtés), Villeurbanne (18 arrêtés), Oullins-Pierre-Bénite (14 arrêtés), Meyzieu, Vaulx-en-Velin, Bron, Caluire-et-Cuire, Grigny et Villefranche-sur-Saône.
La police nationale a constaté 22 non-respects qui ont conduit à des poursuites pénales systématiques. En zone gendarmerie, quatre individus ont été interdits de paraître sur la commune de Saint-Didier-au-Mont-d’Or.
Ces interdictions viennent utilement compléter le dispositif de pilonnage des points de deal en permettant de s’attaquer aux guetteurs qui n’étaient pas poursuivis judiciairement.

« Quand on met un coup de pied dans la fourmilière, cela provoque des réactions »

Pourtant, les règlements de compte continuent de se multiplier dans la métropole de Lyon. Des fusillades se produisent encore régulièrement. Comment l’expliquer aux habitants ? 

F.B. : Quand on met un coup de pied dans la fourmilière, cela provoque des réactions. Mais entre ne rien faire pour garder un calme apparent et laisser la situation se dégrader jusqu’à ce qu’un quartier devienne inaccessible, ce n’est pas un choix possible.

Nous travaillons avec les habitants, nous les informons, nous expliquons pourquoi certaines actions prennent du temps. À Vénissieux, par exemple, l’État et les forces de l’ordre sont très présents. Il y a un commissariat doté d’effectifs importants et une brigade spécialisée de terrain très efficace.

Je ne peux pas laisser dire que l’État est absent (NDLR : à la suite de critiques de la maire et du député de la circonscription). C’est un manque de reconnaissance du travail quotidien des forces de l’ordre. Vénissieux fait partie des sept communes du Rhône bénéficiant du dispositif de réunions de tranquillité publique, avec la mairie et le procureur. Ces réunions permettent de définir ensemble les priorités et d’agir efficacement.

Que disent vos chiffres ? Montrent-ils des signes encourageants ?

F.B. : Grâce au travail des enquêteurs de la police judiciaire, dont je veux saluer l’efficacité, le nombre de mise en cause pour trafic de stupéfiants reste à 1900 trafiquants environ dans le Rhône (stable par rapport à 2024).
La police nationale du Rhône a organisé 26 opérations de ville sécurité renforcées sur des secteurs jugés prioritaires. Elles ont permis l’interpellation de 498 individus, dont plus d’un 1/3 d’étrangers en situation irrégulière (168).

Nous augmentons la pression sur les consommateurs aussi avec + 17 % d’amendes forfaitaires délictuelles, soit 7944. Nous avons aussi fortement augmenté le nombre d’amendes forfaitaires délictuelles pour des occupations de halls d’immeubles : 812, soit une hausse de 69 %.

La saisie des avoirs criminels est également en forte augmentation de 69 % par rapport à l’année 2024 pour atteindre plus de 21 millions d’euros (chiffres arrêtés au 30 septembre 2025, calculés trimestriellement).

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