Quand l’IA prend la barre de la chasse aux mines britanniques.

Dans les fonds marins, les mines ne font pas de bruit. Elles attendent. Parfois des décennies. Quand une marine veut sécuriser un détroit, un port ou une route commerciale, il y a obligation à dénicher ces pièges mortels.

Dans ce jeu lent, dangereux et très technique, la Thales va aider la Royal Navy à passer un cap décisif.

Le groupe français s’est en effet vu attribuer un contrat majeur par Defence Equipment and Support, l’organisme chargé des achats militaires britanniques.

Objectif affiché : concevoir et livrer la nouvelle génération de centres de commandement autonomes et portables dédiés à la lutte contre les mines navales. Un changement de paradigme plus qu’une simple modernisation.

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La chasse aux mines moderne n’a plus grand-chose à voir avec les plongeurs et les dragues d’hier. Aujourd’hui, ce sont des flottes de drones, en surface et sous l’eau, qui explorent, cartographient, identifient. Encore faut-il être capable de piloter tout cela sans se noyer sous les données.

C’est précisément le rôle des nouveaux centres développés par Thales. Au cœur du dispositif, une combinaison logicielle éprouvée et dopée à l’intelligence artificielle : M-Cube, pour la gestion de mission, et Mi-Map, pour l’analyse et l’évaluation des menaces. Ces briques logicielles sont déjà utilisées par plusieurs marines, mais ici, elles passent à une autre dimension.

Mi-Map intègre une reconnaissance automatique des cibles par IA, capable de trier, filtrer et hiérarchiser des volumes de données que même une équipe expérimentée aurait du mal à absorber en temps réel. L’algorithme apprend, s’améliore, affine ses décisions. Il ne remplace pas l’opérateur, il lui fait gagner un temps précieux, là où chaque minute compte.

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cortAIx, le cerveau artificiel derrière la manœuvre

Cette montée en puissance repose sur cortAIx, l’accélérateur d’intelligence artificielle de Thales. Derrière ce nom, une réalité très concrète : 800 experts IA à l’échelle mondiale, dédiés aux environnements critiques, là où une erreur n’est pas tolérable.

Dans le cadre du programme britannique, cortAIx permet aux systèmes de traiter plus vite que l’humain, de croiser des signaux faibles, de reconnaître des motifs invisibles à l’œil nu. Résultat : une identification plus rapide des mines, une meilleure fiabilité, et une réduction nette de la charge cognitive des opérateurs.

Autrement dit, la machine ne fait pas la guerre à la place de l’homme. Elle lui évite surtout de la faire au mauvais moment, ou sur la mauvaise cible.

Une marine « hybride » qui devient réalité

Le contrat s’inscrit directement dans la vision britannique d’une marine hybride, où systèmes habités et non habités travaillent ensemble. Thales ne livre pas un équipement isolé, mais un système de systèmes, capable de coordonner plusieurs drones, plusieurs capteurs et plusieurs niveaux de commandement.

Attribué dans le cadre du programme Remote Command Centre (RCC), le contrat démarre avec un investissement initial de 10 millions de livres sterling (11,48 millions d’euros), première marche d’un programme dont l’enveloppe pourrait atteindre 100 millions de livres sterling à terme (114,8 millions d’euros). Une trajectoire progressive, pensée pour faire évoluer les capacités sans rupture brutale.

Les premières solutions prendront la forme de centres conteneurisés, faciles à déployer, à connecter et à adapter. Une flexibilité précieuse pour une Royal Navy engagée aussi bien en mer du Nord que sur des théâtres lointains.

Moins de risques pour les marins, plus d’efficacité en mer

Le bénéfice est immédiat et très concret. En éloignant les équipages des zones minées, la Royal Navy réduit drastiquement les risques humains. En automatisant une partie de l’analyse, elle gagne en vitesse et en précision. Et en centralisant le commandement, elle améliore la coordination entre drones, navires et états-majors.

C’est toute la logique de la lutte contre les mines du XXIᵉ siècle. Ne plus envoyer des hommes au contact direct du danger. Utiliser la machine pour explorer, classer, décider. Puis agir avec certitude.

Un ancrage industriel fort au Royaume-Uni

Derrière la technologie, il y a aussi une réalité industrielle. Thales investit depuis des années dans la lutte contre les mines au Royaume-Uni. Le programme soutient plus de 200 emplois hautement qualifiés, notamment sur les sites de Somerset et Plymouth, et irrigue un écosystème de fournisseurs locaux.

Chaque année, Thales injecte plus de 575 millions de livres sterling (660 millions d’euros) dans sa chaîne d’approvisionnement britannique et plus de 130 millions de livres (149,3 millions d’euros) en recherche et développement sur le sol du Royaume-Uni. L’IA cortAIx elle-même a été renforcée localement avec 200 experts dédiés.

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Des océans encore truffés de mines, parfois centenaires

Si la lutte contre les mines reste une priorité absolue pour les marines, c’est parce que les océans n’ont jamais vraiment été nettoyés des conflits passés. Les estimations convergent vers un chiffre vertigineux : plus d’un million de mines marines reposeraient encore aujourd’hui sur les fonds marins à travers le monde. Une grande partie date des deux guerres mondiales, notamment en mer du Nord, en Manche, en Baltique et en Méditerranée, où des centaines de milliers d’engins ont été mouillés pour bloquer ports et détroits. D’autres sont plus récentes, issues de conflits régionaux ou de tensions non résolues, parfois posées sans cartographie fiable.

Certaines mines ont plus de 80 ou 100 ans, mais restent dangereuses. Leur enveloppe se corrode, leurs mécanismes deviennent instables, et le moindre choc peut suffire à déclencher une explosion. Chaque année encore, des pêcheurs, des dragues portuaires ou des câbles sous-marins en font les frais.

Une guerre silencieuse, menée par les données

La lutte contre les mines reste une guerre invisible, rarement médiatisée, mais essentielle dans les conflits modernes puisqu’elle sécurise les routes maritimes, notamment nécessaire à toute logistique digne de ce nom.

Avec ce contrat, Thales confirme une chose : la supériorité navale ne se joue plus seulement sur la taille des navires ou la portée des missiles, mais sur la capacité à comprendre l’environnement maritime plus vite que l’adversaire.

M-Cube et Mi-Map semblent le candidats idéaux pour cette mission !

Source :

  • Communiqué de presse de Thales du 28/12/2025
  • Le Figaro, Mines marines : une menace invisible neutralisée par une révolution technologique française, 29/03/2025

Image : Une mine navale Mk 67 Submarine Launched Mobile Mine lors de son embarquement à bord d’un sous-marin nucléaire d’attaque de la classe Los Angeles, sur une base navale en Crète, en 2021.