Nous avions l’impression d’être un peu seuls au monde, mais nous avions passé un bon moment devant Un Talent en or massif. Un long-métrage jouant sur la conscience de soi avec un Nicolas Cage dans son propre rôle impliqué dans une parodie de film d’action. Le projet avait ses faiblesses et avait du mal à tenir la longueur, néanmoins, il démontrait d’un amour sincère pour la filmographie de Cage. De quoi nous pousser dans les bras de ce nouvel Anaconda, signé du même réalisateur et co-scénariste, Tom Gormican.

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On a une certaine tendresse pour l’Anaconda de 1997. Il nous aura tout d’abord effrayés à sa sortie (j’étais trop jeune pour le regarder, j’en ai fait des cauchemars pendant des semaines), avant de le revoir quelque temps plus tard pour apprécier toute la substantifique moelle nanaresque d’un film réunissant Jennifer Lopez, Ice-Cube et un serpent géant. Un métrage horrifique devenant drôle malgré lui à chaque minute qui passait. Alors comment parvenir à en tirer aujourd’hui une œuvre moderne potable ? Il faut aimer les défis…

Critique Anaconda (2025) – le serpent qui se mord la queue© Sony Pictures

Griff (Paul Rudd) est un acteur raté incapable de garder un rôle de figurant à Los Angeles. Doug (Jack Black), lui, est un réalisateur inventif, coincé dans un petit boulot à faire des « films » de mariage. À l’occasion de l’anniversaire du second, Griff débarque avec un beau cadeau : il aurait mis la main sur les droits de leur film préféré quand ils étaient ados, Anaconda. Accompagnés du reste de l’ancienne bande, Kenny (Steve Zahn), un gars gentil souffrant d’addiction, et Claire (Thandiwe Newton), qui se trouve en plein divorce, les quatre compères s’envolent pour trois semaines en Amazonie pour y réaliser le film de leur rêve : le reboot… non, le remake… non, la suite spirituelle d’Anaconda. Sur place, ils vont pouvoir compter sur l’aide d’un dresseur de serpents (Selton Mello) et d’une mystérieuse capitaine de bateau, Ana (Daniela Melchior).

Tout partait pourtant si bien…

Dans le métier, lorsque nous ne sommes pas conviés à une projection presse ou qu’il n’y en aucune d’organisée, il est coutume de supposer que le projet sent bon des pieds. Surtout que les retours américains n’étaient pas fameux. Pourtant, les premiers moments d’Anaconda ont presque failli nous convaincre que le film pouvait tenir la route grâce à l’arme fatale de Gormican : la blague méta.

Critique Anaconda (2025) – le serpent qui se mord la queue© Sony Pictures

Loin de tomber dans le reboot bête et méchant d’une œuvre qui n’en mérite pas tant – Souviens-toi l’été dernier est déjà passé par là – cet Anaconda préfère miser sur le film dans le film en positionnant davantage son sujet autour de la propriété intellectuelle. Gormican s’amuse à se moquer d’Hollywood, notamment autour de termes qui ne veulent plus rien dire comme le reboot, le remake, la suite spirituelle… Rudd et Black incarnent deux passionnés qui veulent finalement juste faire des films pour être ensemble, leur The Anaconda (titre de leur propre film) n’étant qu’une métaphore de leur crise existentielle de la quarantaine.

De là l’intelligence d’avoir débauché ces deux comédiens dont le rôle semble si proche de ce qu’ils sont en réalité. Hormis l’échec de leurs vies respectives, Griff et Doug auraient pu s’appeler Paul et Jack, qu’on aurait ressenti la même sincérité dans la démarche. Pour Jack Black, il retrouve un peu de cette énergie qu’on lui avait connue dans Soyez-sympa, rembobinez, de Michel Gondry, qui reprenait déjà cette idée de remake amateur.

Critique Anaconda (2025) – le serpent qui se mord la queue© Sony Pictures

Et il y avait encore du potentiel à imaginer cette bande de ratés attachants réinventant les scènes galère après galère alors qu’un véritable serpent géant les menace. Tout n’est pas drôle, mais il y a un petit côté attendrissant de voir de simples passionnés se rêver d’Oscar et Doug d’être le « Jordan Peele blanc ». Oui, cet Anaconda part d’une belle idée en prenant à contrepied l’ensemble de ses contemporains. N’était-ce pas le mieux à faire ?

Une blague plus longue que le serpent

Il nous faut avouer un petit mensonge. Lorsque nous vous disions que le long-métrage démarrait sur de bons rails, ce n’est pas entièrement vrai. Car Anaconda ne commence pas dans le bureau de Doug ou sur le plateau de tournage de Griff, il démarre en Amazonie avec Ana, ses poursuivants et la première apparition du serpent. Une séquence en apparence anodine, révélatrice de l’arbre qui cache la forêt. Parce que si Un Talent en or massif avait du mal à tenir la longueur, Anaconda multiplie ce défaut exponentiellement.

Critique Anaconda (2025) – le serpent qui se mord la queue© Sony Pictures

Le concept originel derrière le scénario n’a absolument pas la capacité de se transformer en long-métrage. Dès lors, Gormican va étirer tout ce qu’il peut étirer. Tout ce qui entoure Daniela Melchior pourrait être effacé de la narration tant cette sous-intrigue ne se cache pas de n’être que du remplissage ennuyeux. Il est d’ailleurs amusant de voir son personnage apparaître et disparaître au sein d’un même lieu exigu, comme s’il n’existait pas réellement.

L’humour est lui-même mal dosé et on peut rire franchement d’une réplique (la définition de « sobre à Buffalo ») ou d’une situation burlesque que de passer dix minutes gênantes sur une histoire d’urine ou lorsqu’il faut coller un phacochère sur Black. L’idée est bonne, mais la mise en place fait tout pour grappiller des minutes. Le mot d’ordre est « gagner du temps ». Alors on va demander à Black de jouer le même personnage qu’il incarne film après film (Jumanji, Minecraft…) et à Thandiwe Newton de… de rien, puisque son rôle n’a aucun autre développement que « femme divorcée ».


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Vous remarquerez qu’on n’a pas encore parlé de la dimension horreur de cette comédie. Car oui, contrairement à son modèle horrifique se retrouvant drôle malgré lui, Anaconda 2025 est une presque parodie avec un peu d’action et un peu de séquences de genre. Sauf que les tons se marient extrêmement mal ici. Le film veut faire rire quand il faut faire peur, fait peur quand il veut faire rire et cela provoque surtout d’innombrables incohérences entre les scènes. Dès que le métrage démontre d’un peu de potentiel, son manque de maîtrise lui supprime toute personnalité, le transformant en mauvaise comédie jamais horrifique. Dans ce sous-genre, revoyez plutôt Tucker et Dale fightent le mal, La Cabane dans les Bois ou, dans le style hommage, Tonnerre sous les Tropiques.

Que dire de plus sur Anaconda ? Que le serpent lui-même, tout en numérique moche, est tellement mal filmé et mis en valeur qu’il semble présent uniquement pour valider le titre du long-métrage ? Qu’on n’a aucun véritable rapport à l’original, réduit à un « bon souvenir » sans qu’on ne sache vraiment lequel ? Ou encore que la meilleure scène caméo du film aurait pu être une excellente surprise si elle n’avait pas été dévoilée par les bandes-annonces ? Ana-CON-da.

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